deschamps 2 1024x358 - Julien Deschamps

Bonjour Julien, tu es chez BETC, quel a été ton parcours ?

En 2005, après mon BAC, j’ai fait un DUT Infocom au Havre, ma ville natale. C’est là que j’ai rencontré Jordan Lemarchand. On a passé notre diplôme ensemble puis il a fait Sup de Pub et moi Sup de Création. En 2009, on s’est retrouvé avec l’envie de faire notre stage en team. Jordan connaissait Arnaud Assouline et Benjamin Lebreton, on les a rencontrés et ils nous ont fait entrer chez BETC. On voulait vraiment être embauché alors on bossait comme des dingues. On venait à l’agence à 8h00 et, comme on était en colloc’, on travaillait aussi le soir…

C’est un bon souvenir ? tu recommandes ou regrettes un peu ?

C’est à la fois un bon et un mauvais souvenir. Il y avait des moments difficiles, mais la pub nous faisait vibrer totalement et on sentait qu’on était en train de réussir quelque chose d’extraordinaire… Se faire embaucher dans une des plus belles agence de Paris, c’était vraiment extraordinaire pour nous.

Donc vous avez été embauchés ?

Oui à l’issue de notre stage, on a été embauché. Stéphane Xiberras et Olivier Apers – dont on a très vite rejoint l’équipe – nous ont tout de suite fait confiance. Ils nous ont confié des sujets importants. Grâce à Decathlon, Canalsat, Canal+, Ibis, 13e rue et Syfy, on a remporté pas mal de prix en 2013/2014. Suite à ça, on a décidé de faire un tour chez Publicis. On sortait pas mal de campagnes sur Yoplait, Nescafé, Orange, des films France 5, mais Olivier Apers m’a proposé de revenir chez BETC pour devenir directeur de création associé et continuer la conception-rédaction en senior. Avec Jordan ça faisait 8 ans qu’on travaillait ensemble, on avait des envies différentes, la proposition d’Olivier m’intéressait, le projet de BETC Pantin me plaisait, j’ai accepté. Aujourd’hui je suis de retour chez BETC depuis 2 ans environ.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?

Bientôt 10 ans.

Sur quels budgets ? 

Aujourd’hui je suis DC associé sur Sixt, Novartis, la Grande Cause du Quinquennat pour l’Égalité entre les Femmes et les Hommes et je vais bientôt prendre d’autres budgets. J’ai aussi eu la chance de faire deux ans sur la Grande Braderie de la Mode Aides.  

En tant que concepteur-rédacteur, ça change beaucoup. Depuis mon retour chez BETC, j’ai sorti des choses sur Loto, Bouygues Telecom, Peugeot… Et là je suis en train de finaliser une campagne pour le Palais de Tokyo.

Peux-tu citer 5 trucs que tu kiffs ?

Ma famille. Pour moi c’est central. 

Mon métier. Être créatif c’est être payé pour avoir des idées, valorisé pour sa créativité, on attend de toi que tu essaies, que tu explores, que tu inventes. Même si c’est très cadré, même si c’est pour faire passer un message commercial, c’est une chance extrêmement rare.

Les sports de combat. J’ai fait beaucoup de judo étant jeune. J’ai boxé en Thaïlande avec mon frère, essayé d’autres disciplines et aujourd’hui je fais de la boxe anglaise.

La musique. C’est l’accès super simple à tous types d’émotions. Tu peux mélanger ça avec ta vie, donner une autre couleur à l’instant ou carrément t’en servir comme d’une impulsion créatrice. Une grande part de ma créativité vient de la musique. Au travail quand le mood d’un morceau m’inspire, je peux l’écouter en boucle des heures et le flow de l’écriture suit tout seul.

L’Art contemporain. Et plus largement toute forme d’art qui ne s’inscrit pas dans un courant trop normé, où l’idée et la créativité prônent sur la technique. Chaque fois que j’y suis confronté, je suis fasciné de voir que des gens ont cette liberté-là, celle d’avoir des idées sans autre fin et de pouvoir en vivre.

Ça change quoi la paternité chez les créas d’agence ? Tu te lèves plus tôt ?

Je me suis toujours levé tôt. C’est là que je débloque les problèmes, que je trouve les idées. Le reste de la journée j’écris, je mets en forme, je déroule mes présentations.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ?

J’ai des petit projets, des objectifs de vie qui n’ont pas grand-chose à voir avec la publicité. Par exemple, ma femme est franco-marocaine et, c’est une résolution pour 2019, je vais apprendre l’arabe marocain pour pouvoir parler cette langue avec mon fils et ma belle-famille.

Sinon, dans le domaine créatif, j’écris des histoires pour mon fils. Je m’inspire de toutes ses bêtises et j’en fais de petits livres juste pour lui.

Parle-nous des choses que tu as faites/produites en agence :

Grande cause du quinquennat pour l’égalité entre les femmes et les hommes 

Avec Julien Schmitt (DA), on a vraiment mis les mains dans la strat’ et toute notre énergie dans la compét’… Je suis vraiment très attaché à ce sujet.

• Print Canal+

En général, même avec une bonne idée, Jordan et moi on était toujours un peu sceptique. Cette campagne c’est une des rares où on a tout de suite senti qu’on tenait quelque chose.  

• Loto 

J’aime bien ce genre d’idées très simples.

• Ultimate Sleep

À la base le sujet c’était de raconter qu’Ibis mettait en vente son matelas. On avait une ligne qui disait « Now the best place to sleep is everywhere ». On devait répéter la performance dans différents endroits, dans différentes conditions, notamment sur une plate-forme pétrolière au milieu d’une tempête.

• Sixt

Deux versions d’une même campagne à sept ans d’écart. Ça a été un vrai plaisir de bosser avec Mathias Pardo sur la version 2019. Lui réal, moi créatif, on a fait nos premiers films de pub ensemble.

• France 5 – Travail au noir

• Les sagas TV Canalsat  

On a fait une vingtaine de films sur le sujet avec Jordan. On s’est bien marré.  

• France 5 – Violences Conjugales

Moins marrant.

Quel est ton meilleur et pire souvenir ? 

Je n’ai pas de pire ou de meilleur souvenir, mais j’ai en tête pas mal de moments marquants : un tournage Orange à Sidney ; une bagarre avec Jordan entre deux échangeurs d’autoroute ; un survol du Mont Roraima en hélicoptère pour Ibis Ultimate Sleep ; une séance de tir au 9 mm à la Courneuve entre deux prises d’un 13e rue ; la fois où on s’est perdu en mer avec toute l’équipe d’un film Canalsat ; ce moment où j’ai vu la pluie de merguez apocalyptique que j’avais écrite devenir réalité ; un tournage sur une île déserte ; un beauty shot Nescafé au pied du pic d’Orizaba au Mexique ; la rencontre avec 100 français de 1 à 100 ans qui m’ont raconté ce qui les rendait heureux ; la traversée de l’Amazonie en car… Et puis plein de super projets, de bons moments, de paysages et de lumières magnifiques.

Si tu pouvais changer quelque chose dans ton parcours ce serait quoi ?

Il y aurait bien des choses à changer, mais j’aime bien ma vie aujourd’hui… Je suis de la génération Retour vers le Futur, j’aurais trop peur que changer un petit quelque chose ne bouleverse toute mon existence.

Tu n’as travaillés que dans 2 agences (les 2 plus grosses) ça ne te titilles pas de voir ce que ça donne dans une petite ?

Je me sens bien chez BETC. Il y a une grande diversité de budgets et, comme tout n’est pas trop cloisonné, tu peux toucher à tout. Et je trouve que, dans le travail au quotidien, on ne sent pas trop la grosse machine. C’est possible d’avoir une relation assez directe avec ses patrons et ses clients, d’avoir prise sur les décisions et le destin de ses idées.

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ?

• Le film Égoïste de Channel. C’est une toute autre époque, mais ça a marqué mon enfance. Ce petit making of (en allemand) montre assez bien le côté décadent du truc :

• Redbull Stratos, c’est vraiment énorme : 

• La saga Buenos Aires Independant Film festival, et notamment ce film :

Tu as des modèles de créatifs dans/en dehors de la publicité ?

J’aime bien ce que j’ai pu entrevoir de la philosophie de Philippe Michel, la vision de Jean-Marie Dru et surtout celle Bill Bernbach, toujours tout à fait d’actualité.

Et, en dehors de la publicité, sans parler de modèles, je suis assez fasciné par les personnages qui sont en friction permanente avec la réalité et la normalité. Mike Tyson par exemple. Ce mec était un très grand boxeur, très intelligent, mais il était aussi complètement barjot. Le meilleur auteur de fiction n’aurait pas pu imaginer la moitié de ce que ce type a fait de sa vie. Pour moi les gens comme lui sont à leur manière des génies créatifs, des artistes de la vie.

Quels sont les créatifs qui ont eu une influence positive sur ton parcours ?

Hervé Pommier, directeur iconique de Sup de Création, mon premier DC en quelques sortes. Arnaud Marullaz, DA chez Grenade & Sparks aujourd’hui, avec qui j’ai fait mon premier stage chez JWT. Eric Delva un DC passionné avec qui j’ai eu la chance de travailler chez RMG Connect, qui m’a transmis sa passion débordante pour la pub et qui m’a donné la confiance pour m’y lancer à corps perdu (repose en paix). Mikael Jeanne et Alexandre Drouillard qui m’ont fait profiter de leur expérience avec beaucoup de patience et de bienveillance. Benjamin Lebreton et Arnaud Assouline qui m’ont fait entrer chez BETC et dont j’ai toujours admiré la qualité des idées. Benjamin Marchal et Olivier Lefebvre, que je n’ai pas eu la chance de croiser directement, mais qui, à travers tout ce qu’ils ont appris à Jordan, m’ont transmis une certaine idée de la pub et une méthode de travail. Vincent Malone, le roi de la radio, qui m’a appris la plus grosse partie de ce que je sais de l’écriture publicitaire aujourd’hui. Michèle Cohen, qui a toujours posé sur moi un regard bienveillant. Olivier Apers et Stéphane Xiberras, qui m’ont fait confiance sur des sujets importants alors que j’avais à peine 21 ans. Et évidemment Jordan Lemarchand, mon DA pendant 8 ans, un ami avec qui je partage la plupart de mes meilleures campagnes et de mes meilleurs souvenirs de pub.    

La pub va évoluer dans quelle direction d’après toi ?

J’imagine qu’un jour grâce à des implants cérébraux on pourra télécharger un rêve sponsorisé par Coca-Cola. Ou qu’on pourra stocker tous ses souvenirs sur une extension digitale de son cerveau moyennant des placements produits. Tu auras les mêmes souvenirs de toi petit, mais au lieu de boire du Benco tu boira du Choco 3000. D’ici là j’espère que je serai à la retraite.

Tu peux envoyer un mail au toi de 60 ans, tu lui dis quoi ?

À la vitesse où les choses vont, je ne pense pas que je consulterai encore mes mails, on s’enverra directement des pensées. Du coup ma pensée serait : Salut Julien, j’espère que c’est pas trop le bordel, qu’on s’en est sorti au niveau du climat. Si c’est le cas embrasse tes petits-enfants.

Un conseil pour réussir/avancer dans ce métier ?

Bosse aussi fort que tu veux réussir.

Ça veut dire quoi bosser fort en 2019 ?

C’est la même histoire à n’importe quelle époque j’imagine : y aller à fond tout en réajustant constamment sa trajectoire en fonction de ce qu’on apprend, des choses qu’on réussit, des erreurs qu’on commet.