//Interview mis à jour en décembre 2017 //

Bonjour Jean-Christophe Royer, tu es DC/rédac, par quoi es-tu passé ?
Après des études assez bordéliques et moyennes, je monte à la capitale faire de la réclame. J’entre en tant qu’assistant AD dans une minuscule agence aujourd’hui disparue : Columbia.
Je me rends vite compte que la direction artistique n’est pas mon truc et je repars en stages pour faire rédac.
C’est Gabriel Gautier qui me donne ma vraie première chance en me prenant comme stagiaire chez DDB, avec comme DC Jean-Claude Jouis et Gilbert Scher. J’y rencontre mon premier AD, Christophe Caubel (avec lequel je vais travailler près de huit ans).
Quelques années plus tard, Gilbert Scher et Christophe Lafarge sont appelés par Jacques Séguéla pour monter une agence autour du budget Citroën. Christophe et moi les suivons dans cette improbable aventure. (Citroën, Air France, Visual, Eurosport…)

Puis, je retrouve Gabriel qui, venant de prendre la direction de création de Y&R, me demande de le rejoindre. (Bouygues, Quick, Technikart, Décathlon, Eurostar…)
Après un bref retour chez Scher/Lafarge (qui entretemps est devenue Enjoy), je retrouve Gabriel chez Leg. (Eurostar, SFR…)
Puis, en 2007, j’arrive chez BETC Paris. (Canal, Peugeot, Décathlon, Ricard, Unicef…)

En 2017, Buzzman en tant que DC (Burger King, Ikea…)

En 2018, je me consacre à l’écriture du scénario d’un biopic sur la vie de Georges Marchais de juin 1973 à Mars 1977.

Tu as eu une formation de D.A. ? Il s’est passé quoi pour changer d’orientation.
Je n’ai pas eu de formation de DA à proprement parler, juste l’expérience des stages. C’est très vieux, bien avant la PAO. On bossait « à la mano », sur des blocs de layout, avec des photocopies de photocopies, du lettraset (les anciens comprendront). Je crois que je n’avais pas la patience et la hargne qu’il faut pour être AD. Je suis donc passé à la rédaction.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Depuis 1991.

Tu peux citer quelques DA avec qui tu as bossé ?
Mon premier vrai AD était Christophe Caubel (Scher/Lafarge), avec qui j’ai bossé 8 ans, il y a eu ensuite Bruno N’guyen (Y&R), Hervé Lopez (Y&R), Stéphane Richard (Leg.) Puis Éric Astorgue (BETC).(perso, je mets AD, Art Director, ça claque plus, non ?)

Quelles sont les campagnes que tu as faites qui t’ont marquées :
Sans conteste « L’ours » pour Canal plus. Hormis les nombreuses récompenses que ce film a obtenues, de la conception au tournage, tout a été dingue.

Et aussi ma première presse quot’ pour Volkswagen chez DDB (la tache d’huile), le truc qui fait que ton DC se dit que ces petits mecs ne sont pas complètement nazes.

« La charge », en slow motion à l’occasion de la sortie de Games of Thrones :

Et aussi en tant que DC (avec Souen le Van en créa) « Le rendez-vous » pour Ikea :

Tu as participé à « l’Impossible Brief » (devenu le projet BloodRelation) comment cela s’est il passé ?
En 2009, à Cannes, Saatchi&Saatchi Tel-Aviv a lancé « The impossible brief » : un appel aux créatifs du monde entier pour trouver une idée pour promouvoir la paix entre Israël et la Palestine. L’idée m’a plu. J’ai réfléchi et proposé un truc… Voilà : http://bloodrelations.org

Tu te vois où dans 10 ans ? En train de faire quoi ?
Dans 10 ans, j’aurai… Question suivante.

Et si tu pouvais recommencer, tu referais les même choix ?
Si je devais recommencer aujourd’hui, je changerais tout.
Si je devais recommencer il y a 20 ans, je ne changerais rien.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier de Rédac’ ?
Je m’évertue à maintenir un semblant de niveau à la guitare en bossant le plus régulièrement possible.
Il m’est aussi arrivé d’écrire des conneries qui ont été publiées. (Prises de choux).

Quel est ton meilleur souvenir ?
Les débuts de l’agence Scher/Lafarge, il y a fort longtemps. Bosser comme des dingues, dans le bureau de Séguéla parce qu’on n’avait pas encore de locaux, avec des dingues.

Et le pire ?
La fin de cette même agence (humanseven).

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Les champignons. Et le fait qu’on puisse mettre autant d’énergie pour pondre une accroche de 5 mots ou un film de 30 secondes.

Quelle est, historiquement, la pub qui t’as le plus marqué ?
Un vieux film contre l’alcoolisme dans lequel un père envoyait péter son fils qui lui demandait de l’aide pour monter une maquette d’avion. Ne demandez pas pourquoi, j’étais tout petit.

Celle que tu aurais aimé faire ?
Le film John West de l’ours. Non pas que je sois obsédé par les ursidés, mais c’est une des rares pubs qui m’aie vraiment fait rire quand je l’ai vue pour la première fois. Et une vieille pub pour les homeless New-Yorkais (New York, New York) car c’est une des rares pubs qui m’ait fait monter les larmes.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais où ?
Si je commençais la pub aujourd’hui, je ne sais pas si je commencerais la pub. Je veux dire par là, qu’en tant que rédac, ce qui m’intéresse dans la pub est de raconter des histoires courtes, écrire des accroches cons, malines… Quand j’ai commencé, la pub était un vrai terrain de jeu pour des mecs comme moi. C’était rapide, accessible, pas normé. Maintenant, avec les internets, il y a tellement de moyens de raconter des histoires, que la pub n’est peut-être plus l’endroit le meilleur pour le faire.

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant et tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Mal, si personne ne fait gaffe.
On nage dans une pataugeoire de bons sentiments, les marques nous disent comment nous comporter, ce qui est bien, ce qui est mal… Il n’y a plus aucun filtre. Les annonceurs et leurs agences n’ont plus aucun recul, aucun second degré sur ce qu’ils font : Il faut être gentils les uns avec les autres, manger des légumes, distribuer du coca aux gens tristes pour qu’ils soient heureux… C’est l’apogée du mou, ça dégouline.
Les premières victimes en sont les créatifs qui, croyant inventer des choses dingues et innovantes, ne font que mettre de l’essence dans la machine qui rend con.

Heureusement, il en reste encore quelques uns qui tentent des trucs (Patrice Dumas, Tristan Audard et Louis Daltroff, l’ami Romain Pergeaux, pour ne citer que ceux que je connais un peu, désolé pour ceux que j’ai oubliés mais il y en a d’autres) des gars qui n’ont pas peur de se vautrer.

Eux, ils font gaffe.

Un conseil pour les stagiaires ?
Avant de « choisir » une agence pour faire votre stage, choisissez quelqu’un, un créatif que vous respectez, dont le boulot vous inspire, et qui sera à même de vous faire avancer. Je n’aime pas ce mot, mais, essayez de vous rapprocher de quelqu’un qui sera votre « mentor ». Et puis le bullshit habituel : Bossez, proposez des trucs, ne comptez pas vos heures… Mais bon, ça marche aussi pour la boucherie-charcuterie ou l’immobilier.

6 ans ont passé (2011-2017) depuis la première version de cette interview sur ce site, qu’est-ce qui a changé ?
Je trouve que, plus ça va, plus on demande aux créatifs de faire un boulot qui n’a rien de créatif. On leur demande de faire des case studies (vous savez, le truc qui explique aux jurés des festivals pourquoi on fait de la pub), de trouver des opés promo… Les créatifs passent maintenant plus de temps à faire le boulot des commerciaux, voire des annonceurs, que de prendre le temps de trouver la bonne formulation pour une accroche, le bon storytelling pour un film, de chercher le bon réal… Amis créatifs, redevenez ce que vous êtes.
Allez, des bisous.
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