seb partika - Sébastien Partika

Bonjour Sébastien, tu es DC chez Wieden+Kennedy, quel a été ton parcours ?

Après le BAC, j’ai intégré une MANAA, Mise à Niveau d’Arts Appliqués (contre l’avis de tous) et quelques années plus tard je suis sorti diplômé de l’école des Gobelins. J’ai ensuite commencé ma carrière en tant que graphiste-designer avant de vouer ma vie à sauver le monde une pub à la fois.
Je suis passé par :
– Boy Meets Girl
– Buzzman
– BETC
– Sid Lee (Amsterdam)
J’habite à Amsterdam depuis 5 ans où je travaille chez Wieden+Kennedy en tant que Directeur de Création.
Hasard ou coïncidence, comme tu peux le voir mon parcours s’est plutôt fait dans des agences/réseaux indépendant(e)s. 

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Ça fait 13 ans.

As-tu hésité à faire de la pub, tu aurais fait quoi à la place ?

Ce qui me plaît, c’est de raconter des histoires. Dans l’idéal j’aurai préféré faire une carrière auteur-réalisateur mais il y a 15 ans c’était très différent, on n’avait pas les outils d’aujourd’hui qui permettent de faire un film quasiment seul (un 5D, Adobe Premiere et c’est plié).

Le monde du cinéma français était très impénétrable, réservé en bonne partie au fils-de et aux FÉMIStes. Du coup, je me suis tourné vers la pub qui avait l’avantage d’être un métier rémunéré (après 3 ans de stage à 500 francs par mois) et qui me permettrait aussi de raconter des petites histoires.
Et puis, un projet après l’autre je me suis rendu compte des possibilités offertes par la pub et de la diversité des gens qu’on pouvait y côtoyer.
Au cours de ma carrière j’ai été amené à collaborer avec des réalisateurs célèbres mais aussi des fashion designers, un grand chef, des joueurs de foot, des scientifiques de l’ESA,… Chaque jour est différent, il n y’a pas beaucoup de métiers qui permettent ça.

Tu travailles avec qui et sur quoi ?
Impossible de faire cette interview sans citer mon alter ego DC : Édouard Olhagaray.
On travaille ensemble depuis plus de 10 ans au cours desquels on a développé un super pouvoir qui permet de lire les pensées de l’autre.
C’est assez bénéfique pour le taf, moins pour la vie privée.

Ensemble on a -entre autre- travaillé sur des campagnes pour Axe, Orange, Air France, Canal+, AIDS, Nike, Facebook…

C’est cool de bosser à Amsterdam ?
Ça me prend 3 minutes tous les matins pour aller au taf à vélo. Tout est à distance de quelques coups de pédales, en quelques heures on peut aller checker un edit, passer du temps au studio son, aller acheter du PQ et être de retour à l’heure pour faire une review de création.

Je ne suis jamais coincé dans les embouteillages, jamais serré dans une rame de métro et jamais en retard. Mais je ne fais pas que bosser à Dam, j’y vis aussi et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est cool (au sens relax du terme).
Pour ce qui est « du cool”, je garde un œil sur d’autres capitales.

Tu vois quoi comme différence dans les process, dans l’ambiance avec Paris ?

Les agences ont un mode de fonctionnement plus horizontal, c’est génial car les bonnes idées peuvent surgir de partout. Le revers de la médaille c’est qu’on peine parfois à prendre des décisions.
Le rythme est aussi très différent : Le boulot est fait pendant les heures de travail et j’ai l’impression que les gens font moins de présentéisme (qu’en France), ça favorise l’efficacité.

Il y a une trentaine de nationalités différentes représentées à l’agence donc forcément ça ouvre l’esprit.

La Wieden fait partie des agences les plus réputées au monde, de l’intérieur ça donne quoi ?
En 2017, W+K est Global Agency of The Year, ça sonne comme un gros mastodonte mais en fait c’est un réseau indépendant où la créativité reste le principal moteur et ce qui se fait à l’intérieur se voit à l’extérieur..

Il y a beaucoup de français dans la pub à Amsterdam ?
Il y a une petite communauté de pubards français à Dam. Essentiellement répartie entre 180, 72 and Sunny et W+K (on doit être une petite quinzaine).

Les salaires/niveaux de vie sont les même qu’à Paris ?
Avoir l’opportunité de travailler dans une des agences réputées pour avoir les ‘fees’ les plus élevés au monde fait forcément la différence quand on en vient à parler salaire.
Sans compter qu’à Paris les gens s’achètent des gourbis à 10000€ du m2, alors qu’ici tu peux avoir presque le double de la surface en bon état pour le même prix…

Malheureusement je ne pense pas que les juniors jouissent des mêmes avantages financiers que les seniors mais leur motivation est évidemment ailleurs. Avoir la chance de pouvoir commencer à travailler à l’étranger dans des agences globales est inestimable pour qui veut faire carrière.

Le coût de la vie à Amsterdam est sensiblement le même que celui de Paris.
C’est une capitale donc tout reste assez cher…

Parle nous de 2-3 choses que tu as faites :
On a été parmi les premiers à créer des expériences digitales sur le marché français.
Avant que les smartphones n’existent, on a développé un jeu mobile/Pc pour Orange TV.

On a co-écrit un spin-off interactif pour la série Les Borgia de Tom Fontana.

Et un mini biopic 😉 de Blaise Matuidi pour Nike.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des passions ?
Ma passion, c’est ma petite fille.
Elle va bientôt avoir 4 ans et j’essaie de passer autant de temps que possible avec elle.
On se marre comme des baleines.

À côté, je reviens à mon ambition première. J’essaie de passer moins de temps à mater des films/séries et en consacrer plus à l’écriture de scripts que j’aimerai un jour pouvoir réaliser. Mais j’ai un petit problème avec la discipline, donc ça prend du temps 🙂

Dans ton métier quel est ton meilleur et pire souvenir ?
La meilleure chose qui me soit arrivée ça a été de me faire virer d’une agence en 2005 et d’être prêt à accepter n’importe quel boulot après. C’est à ce moment que j’ai rencontré Georges Mohammed-Chérif qui voulait créer sa petite agence et cherchait un DA pour l’aider. C’était le plan le plus roots du monde, on a commencé chez lui sur la table basse du salon, on travaillait dur mais putain qu’est-ce qu’on s’est marré.
J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour ce qu’il a réussi à créer.

Les souvenirs pourris, je les oublie vite, sinon on ne peut pas avancer dans ce métier.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Si on parle d’un truc à l’échelle globale je dirais que ce qui m’hallucine le plus c’est le potentiel illimité de la connerie humaine, mais si on se réfère juste à l’industrie de la com, je dirais que ce qui m’hallucine c’est le potentiel illimité de la connerie humaine.

Un regret ?
On s’en reparlera quand je serai sur mon lit de mort.

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ?
Carlton Draught – It’s a big ad.

Queensland Tourism – Best job in the world.

Nike – Write the future.

 

Blackcurrant Tango.
Meet Graham.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? ou en dehors des gens qui t’inspirent ?

Les gens comme David Droga qui arrivent continuellement à renouveler le genre m’impressionnent beaucoup. Toutefois, je me sens plus inspiré par un visionnaire comme Elon Musk, la sensibilité de Xavier Dolan ou l’humour de mes potes (certains d’entre eux, pas tous).

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?
J’ai commencé ma carrière à une époque charnière où des DA me parlaient des fonts qu’ils avaient choisi dans le catalogue Letraset pendant que j’attendais 45 minutes que Photoshop ouvre un fichier.
La technologie s’améliorant, tout s’est accéléré pour le meilleur et le pis. Avec le temps que des mecs passaient à faire un print, aujourd’hui tu peux faire une campagne entière. Mais parfois on se précipite un peu trop et on oublie de prendre le temps de réfléchir.

Le milieu publicitaire va évoluer de quelle manière ?
C’est assez étonnant la faculté qu’a cette industrie à donner tort aux oracles. À chaque fois qu’on pense comprendre dans quelle direction ça va, il y a un mec qui débarque et qui chamboule tout. Peut-être que finalement ça va s’améliorer 🙂

Tu peux envoyer un mail au Seb de 20 ans, tu lui dis quoi ?
« Dans 20 ans Gregory Ferembach va te poser des questions sur ta carrière de créa, surtout ne lui dis pas que tu ne portes pas de slip pendant l’interview. »

Tu peux envoyer un mail au Seb de 60 ans, tu lui dis quoi ?
« Yo. J’espère que tu utilises toujours le mail hotmail.fr créé en 97 et que tu ne portes pas de Rolex. »

Un conseil pour les stagiaires ?
Étonnez-moi.

Autres portraits