barbara paloc 2 600x210 - Barbara Paloc

Bonjour Barbara tu es la DA de ubi bene, quel a été ton parcours ?
Après mon bac S, j’ai commencé à emboîter quelques humérus dans des cavités glénoïdes piriformes, à la fac de Bordeaux.
J’ai vite compris que les études de médecine allaient être assez peu riantes, alors j’ai décidé de changer de cap.
J’avais toujours dessiné, je suis donc « montée à Paris » pour faire le tour des écoles d’art. J’ai finalement choisi celle qui me paraissait la plus sérieuse, l’ESAG/Penninghen. Cinq ans en Arts Graphiques, avec des profs comme Étienne Robial, Michel Bouvet ou Paolo Roversi. Top !

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la communication ?
J’ai commencé juste après mon diplôme, dans une agence où j’avais postulé parce qu’elle était directe sur ma ligne de métro (Je n’y connaissais rien et ça m’avait semblé être un super bon critère de sélection…).
Ça fait donc 16 ans.

C’était laquelle ? il s’est passé quoi entre Penninghen et ubi Bene ?
Après cette première expérience chez Grey (à l’époque Callegari Berville Grey), j’ai enchainé chez Leo Burnett et FCB, jusqu’à atterrir chez DDB où j’ai passé 9 ans.
Je travaille chez ubi bene depuis 2 ans et demi.

C’est quoi comme type d’agence Ubi bene ?
C’est une agence spécialisée dans l’évènement, ce qui (chez ubi bene en tous cas) revient à trouver des idées, comme le fait une agence de pub, pour les traduire ensuite en événement. Sachant qu’on cherche toujours à voir grand, voire très grand.
C’est aussi une agence indépendante, et dont la taille me permet de connaître le prénom de tous ceux qui y bossent, ce qui me va super bien.

Pas de reste d’une école d’art comme un passe temps d’illustrateur ou de peinture sur soie ?
Je n’ai plus vraiment le temps, mais je dessine presque tous les jours au taf en crobardant mes idées.
Et avec ma fille, à qui je dessine des chats gris obèses et qui apprend à colorier sans trop dépasser.

Et si tu sortais de l’école maintenant, tu irais ou ?
Pas facile, cette question… Je ne suis d’ailleurs pas sûre que j’irai en agence de pub.
Mais si c’était le cas, j’essaierai sans doute une agence créative et pas trop grosse. J’aime bien Rosapark pour ce que Jeff Sacco et Gilles Fichteberg en ont fait. Ou Sid Lee.

Mais surtout, j’essaierai de rencontrer un maximum de gens, en agence ou ailleurs, pour me faire une idée de ce que j’ai vraiment envie de faire.

As-tu hésité à faire de la pub au début, tu aurais fait quoi à la place ?
Au tout départ, je voulais donc faire un truc comme médecin-chercheur. Mais ça voulait dire Bac+16, alors bon…
Ensuite, à Penninghen, je n’ai pas du tout été formée à la publicité mais au graphisme sous toutes ses formes : Affiche, peinture, photo, illustration, typo…
Alors quand Callegari Berville Grey m’a proposé de faire de la pub en CDI, c’était à la fois un moyen de rassurer mes parents (qui me voyaient déjà faire des caricatures Place du Tertre) et de continuer à faire un peu de tout.

Tu travailles sur quels budgets chez Ubi ?
Je travaille sur tous les budgets d’ubi bene : adidas, Netflix, Ikea, Fox, Perrier etc, et sur les compètes.
Et comme les clients viennent chercher chez nous « l’idée qui va faire parler », ça donne le plus souvent des briefs intéressants.

Parle nous de 2-3 choses que tu as faites :
Chez DDB, une annonce Play-Doh faite avec que dalle mais qui a bien marché :

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Chez ubi bene, le « Compte à rebours blanc », des sabliers de cocaïne sur les Champs-Elysées pour le retour de Narcos sur Netflix :
Je me demande encore comment c’est passé !

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Et bien sûr, la piste d’athlétisme sur la Seine pour les Journées Olympiques : Toute l’agence sur le pont pendant des mois pour 48h d’événement, mais quel événement.

 

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets, des passions ?
Je lis compulsivement tout ce qui me passe sous la main, d’une bio de Marin Karmitz à un roman sur Mengele en passant par l’intégrale de Petit Ours Brun.
Et pour la première fois de ma vie, j’essaie de garder un œil sur L’Equipe ou So Foot car chez ubi bene, le sport est comme Dieu : Il est partout, tout le temps.
Quoi que tu fasses et où que tu te planques, y a zéro chance d’y échapper.

Quel est ton meilleur et pire souvenir ? Le truc qui t’as fait le plus halluciner ?
Mon meilleur souvenir reste encore Penninghen avec les cours de photo de Paolo Roversi : L’impression que mes yeux s’ouvraient. Ce mec a été formidable.
Sinon, depuis que je bosse, ce qui m’a souvent surpris c’est que quand les intervenants se multiplient, souvent les intelligences se divisent.

Un regret sur ton parcours, un truc que tu ferais différemment si possible ?
Si je pouvais revenir en arrière, je ferais bien gaffe à choisir où et auprès de qui travailler pour avancer au mieux.
Je commencerais par aller voir Gabriel Gaultier chez LEG en 2002, ou Anne de Maupeou chez CLM, par exemple.

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ?
Mon premier souvenir d’une pub qui m’a fait grosse impression date du millénaire dernier avec ce film De Bernard Naville et France Bizot. Je l’avais trouvé à la fois beau et intelligent.

Ce film Xbox des Goldstein, pour sa réalisation docu absurde :

Cette campagne Diamond Shreddies, qui me fait encore marrer quand je la vois.

« Write the Future » de Nike, c’est tellement gros, ça claque tellement, c’est imparable :

Et puis récemment, « Fearless Girl », parce qu’évidemment le sujet me touche :

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? ou en dehors des gens qui t’inspirent ?
Les gens qui m’inspirent et me font rêver se trouvent plutôt du côté des artistes contemporains : Ce sont eux qui inventent des trucs. J’aime le côté obsessionnel d’un Xavier Veilhan, (il faut voir le docu « Le Pavillon de Xavier Veilhan ») ou d’un Charles Fréger.
Je suis aussi admirative du parcours de Kamel Mennour, parti de rien pour monter l’une des galeries les plus visibles aujourd’hui. Sinon et en vrac, je suis fan de Stefan Sagmeister, Billy Wilder, Chris Ware, Bertrand Bonello, Bastien Vivès, Jean Giono…

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?
Je porte des baskets. Ce qui est indiscutablement le signe que je vieillis.

A ton avis le milieu publicitaire va évoluer de quelle manière ?
J’imagine qu’il va continuer sur sa lancée, avec d’un côté ceux qui bossent pour être fiers de ce qu’ils sortent, et de l’autre ceux qui s’en foutent un peu et se disent «Sortons un truc qui ne mange pas de pain. On va se rattraper grâce au plan media, ou grâce à ce youtubeur / instagrameur qui va faire le taf à notre place.»

Mais ce que j’aimerais, c’est qu’il devienne plus représentatif du monde qui l’entoure : Plus de mixité sociale, plus de femmes à des postes intéressants…
On est encore très loin de la parité et de l’égalité des salaires dont nous parle la plupart des agences, non?

Tu peux envoyer un mail à la Barbara de 20 ans, tu lui dis quoi ? et à celle de 60 ?
D’après ce que j’ai entendu dire, ça créerait un paradoxe temporel dont l’issue engendrerait une réaction en chaîne qui pourrait déchirer le tissu même du continuum espace-temps.
Alors, je préfère pas.

Un conseil pour ceux qui veulent réussir ?
Commence avec les bonnes personnes, choisis les bien.
Et puis bosse. Mais ça n’est pas bien original…

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