Bonjour Claire, tu es directrice artistique free-lance quel a été ton parcours ?
Eh bien depuis toute petite, je suis assez précoce. On m’a fait sauter ma deuxième maternelle car je savais coller des gommettes avant les autres. En CM2, j’arrivais à faire des multiplications à 4 chiffres de tête. À partir de là, tout est allé très vite : j’ai envie de vous dire que ça a été un parcours classique en 3 étapes : 1) Math sup-math spé 2) Major de sortie de Polytechnique à 16 ans et demi. On m’a proposé plusieurs jobs intéressants à ce moment là mais j’ai tout envoyé balader pour faire de la pub.
Plus sérieusement : après une prépa d’art et une école de pub et de communication visuelle, j’ai décroché un stage chez BETC durant lequel j’ai bossé sur par mal de trucs. 6 mois plus tard, on m’a proposé de m’embaucher en échange d’un léger parachutage du côté du luxe où les gens manquaient tandis que le boulot, non. J’ai donc planché pendant 5 ans et demi sur Vuitton, Cacharel, Armani, Carte Noire etc. Cela ne m’a pas déplu, mais j’étais un peu inquiète de finir « cataloguée » sur du luxe sans l’avoir vraiment choisi. Finalement, je ne suis pas mécontente de cette formation qui a été plutôt intéressante, surtout pour une AD : j’ai été élevée aux belles images, aux mise en pages épurées, j’ai découvert plein de photographes et de réalisateurs (le tout, pendant que mes petits camarades se bouffaient du St Môret ou du Justin Bridou). Je considère donc m’en être pas si mal sorti.

Aujourd’hui, je fais plein d’autres choses, et même quand je travaille sur d’autres marques moins « haut de gamme », le fait d’avoir été en partie formée au luxe permet de faire n’importe quoi derrière. Jusqu’à présent, ça a plutôt été un plus. La seule chose que je regrette, c’est de ne pas faire autant de pubs drôles que je le voudrais, parce que j’aime bien rigouler, hu.
Ah ! Si des jeunes me lisent, j’ai un message important à leur faire passer : les études ne servent à rien dans ce milieu. Accepter de coucher avec Suchet peut vous faire gagner 4 ans.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la publicité ?
8 aôns.

Tu as hésité a faire de la pub ? Qu’est ce qui t’as donné envie d’en faire ?

J’ai toujours voulu faire ce métier. Pour moi, la publicité est une sorte de carrefour de tout ce qui me passionne : la musique, le cinéma, la photographie, l’art, la littérature… C’est sûr qu’en tant que créas, il peut parfois nous arriver d’être frustrés, mais globalement, je trouve notre métier varié et plein de surprises. Et contrairement aux idées reçues, je trouve ce milieu très chouettre. Je veux dire par là qu’en c’qui m’s’agit, j’y ai (presque) toujours rencontré des gens géniaux. Intéressants, drôles, humains et assez équilibrés (pour des pubards, s’entend). Brefle, des gens bien. Certains sont devenus des amis pour la vie. Il faut dire que chez BETC, je suis plutôt bien tombée, l’ambiance est caliente.
Une autre chose assez chouette dans notre métier, même si cela se raréfie un peu, ce sont les opportunités de voyages. Johannesburg/Los Angeles/Buenos Aires/Saint Ouen…oup’s !

Tu travailles avec qui et sur quoi maintenant ?
Mes derniers free furent divers et variés : une nouvelle campagne Ibis pour BETC, la nouvelle charte graphique de RFM, la nouvelle campagne de Pierre & Vacances (qui sortira en janvier prochain crois-je), les prints de Fip, une magnifique campagne pour Franck Provost (nan je déconne, mais le client la trouve magnifique), le développement d’une nouvelle marque de cosmétiques San Franciscaine, plusieurs logos et quelques projets d’édition.

J’ai quitté BETC il y a un an et demi et me suis mise en free pour voir un peu autre chose, rencontrer d’autres gens. Je me plais énormément en free et le boulot ne manque pas, même si parfois, l’ambiance agence me manque un poil. Je serais ravie de réintégrer une agence mais contrairement à certains confrères qui vivent très mal l’insécurité liée au métier de free-lance, je ne ne cherche pas à tout prix à me caser n’importe où. Ça dépendra des rencontres et des projets que l’on me propose.

Tu fais partie de quelle génération de créatif, avec qui as tu grandi publicitairement ?
Je suis de la génération :
De Gérald Schmitt qui boit son pipi tous les jours parce que « c’est bon pour la santé »
De Patrice Dumas et de sa levée de coude reconnue dans le monde entier
D’ Annonciade Martinetti qui fait pipi de la wodka dans la poubelle de Xibé, bourrée, à 5 dum’
De Pierre Riess et Romain Guillon qui louchent sur le booty de Sylvie feu-Charon
De eeeeuuuh…, comment eeeuuuuuh, Anne-Saucisse Tauleigne
Des teufs intercosmiques de Fabrice Brovelli et son mec Christophe Caurret (alias E.T)
De la Bande Du Karaoké Chinois de Belleville (Ludovic Labayrade, Antoine Lenoble, David Soussan, Elodie Andurand, Stéphane Xiberras, Patrice Dumas, Géraldine Hincelin, Caroline Mangaud, Raphaël Halin, Benjamin Sanial, Lauren Weber et Sophie Cavazza)
De Rémi Babinet, Florence Bellisson, Agnès Cavard et Valérie Chie-au-ski
De Luc Rouzier vous savez celui qui n’a que 2 boules sur 3 de poilues (enfin, il parait) de Sandrine Estrade Boulet-Bill et j’en oublie…
Bref : de la génération que on a tellement plus de pognon que pour notre dernier séminaire de créatifs à Arles, on nous a fait dormir dans des tentes tchétchènes (d’Afflelou). Photo à l’appui.

Parles nous de deux trois choses que tu as faites en pub qui t’ont marquées
P’tain, j’espère que je passe pas juste derrière Aerts et Dumas, parce que ma réponse va potentiellement être pourrite… Mmmmmm…(réflexion).
Si ! Un de mes premiers et super souvenirs, c’est quand, en arrivant chez BETC, j’ai bossé sur les valises géantes Louis Vuitton sur les Champs. En bonne fan de Takashi Murakami (l’artiste plasticien qui est à l’origine de cette œuvre – et d’origine créole, comme son nom l’indique).

Et puis, indubitablement, mon best souvenir ever est la mise en place avec Stéphane Xiberras de C.A.I (Creative Artificial Intelligency) : un logiciel dans lequel vous rentrez le nom de votre marque, votre brief et votre cible, et qui vous pond des 4×3 tout seul avec lui-même. Je crois que l’idée avait déjà été effleurée auparavant, mais nous avons travaillés dessus comme des dingues pendant un an, nous l’avons poussée jusqu’au bout et les résultats de la machine vont d’hilarants (de connerie) à complètement flippants (de potentialitûde), tant ils ressemblent à tout ce qu’on peut voir dans le métro ou dans les magazines. L’objectif de Stéphane était de créer le buzz en dénonçant le déclin de la créativité dans les campagnes actuelles. Le message (qui s’adressait principalement aux annonceurs) était : « Vous ne pensez plus qu’à vendre en laissant de côté la créativité ?

Eh bien, si vous voulez de la merde, achetez un logiciel tel que celui-ci et cessez de payer des agences si vous n’avez pas besoin de nous. Si vous nous payez cher, c’est justement pour que vous nous laissiez être créatifs : c’est comme ça que vous vous démarquerez ». Sauf qu’on s’est un peu auto-faits-flipper parce qu’on a tellement bien bossé que parfois, les résultats de la machine n’étaient pas si mal que ça, genre à la limite d’un prix au Club des AD. La boulette. CAI a été hyper bien accueilli dans plusieurs festivals de pub et avoir travaillé dessus n’a été que joie et bonheur. Un troisième souvenir – qui m’a beaucoup émue, c’est quand Xibé a pété par inadvertaônce devant le client, en réunion Canal +. Pour le reste, j’espère bien que the best is yet to come!

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des centres d’intérêts ?
En perpendiculaire de mon métier, je collectionne les coléoptères, je fais du double-poney et je joue tous les dimanches au jokari avec mon père (ie : Bruno Delhomme). Je vais beaucoup au cinoche, me fais pas mal d’expos, j’adore la musique ; j’essaie d’être un peu à la page de ce qui se fait de nouveau, de manière générale. J’adore peindre (je peux me faire des phases où j’y passe des week-ends entiers), et – vous allez m’môquer, mais j’adore le bricolage ! À base de faut vraiment pas me lâcher dans un Leroy-Merlin.

J’aimerais bien aussi me mettre à écrire mais je le fais pas parce que je sais pas par où commencer et quoi raconter, mais c’est con ; faudrait vraiment que je me pousse un peu au train à ce niveau-là. J’écrirais bien des trucs drôles avec des gens drôles parce que moi mon truc, c’est les dialogues. Donc si tu me lis, que tu es drôle et que toi aussi tu veux écrire à plusieurs, tu peux me contacter en tapant « YOUHOU ! » au 8 22 22 (0,35€TTC hors coût d’envoi du sms). Je fais aussi de la chute libre dès que j’en ai l’occasion (et quand mon banquier veut bien m’épargner $). Sinon, suite à ma liaison avec Jacques Jolly en septembre 2006 : j’adooore cuisiner, c’est un de mes passe-taôn favoris. D’ailleurs, ça se vouaille à mon cul, mais m’en fous : LE GRAS, C’EST LA VIE !

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Quand on a scotché une crevette sous le bureau de Sylvain Marchand pendant la canicule de 2003.

et le pire ?
Quand on a scotché une crevette sous le bureau de Sylvain Marchand pendant la canicule de 2003. (C’était mon voisin).

le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Le pet’ de White Window coupé à je-sais-pas-quoi que Xibé m’a fait fumer à Amsterdam. Moi qui ne fume pas du tout, j’ai trop bad-tripé. J’ai dormi dans le couloir de mon hôtel ***** parce que j’arrivais plus à retrouver ma piaule et j’étais persuadée de me faire attaquer par des bonobos nains, c’était horrib’.

Quelle sont les pubs qui t’ont le plus marquées ? que tu aurais aimé faire ?
Le pub qui m’a le plus marqué (mais c’est pas vraiment un pub, c’est plus un bar), c’est le PSM, en face de bétèque.
Les pubs que j’aurais voulu faire, y’en a pas mal, mais celles qui me viennent à l’esprit là- maintenant-tout-de-suite, ce sont celles-là :

Tu as des modèles de créatifs ? des gens qui t’inspirent ?
Oui : Patrice Dumas, JC Royer, Eric Astorgue et Annick Simon ex aequo !

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
A New-York ou à Londres.

Tu vois quoi comme changement depuis tes débuts ?
Le truc le plus flagrant, c’est la réduction drastique des moyens, à tous les niveaux. On a plus de sous pour rien, et par conséquent, plus de temps pour rien non plus. On nous demande de faire les mêmes choses qu’avant avec des enveloppes budgétaires réduites de moitié. S’il est vrai que ce métier exerce sur nous une certaine pression, celle-ci s’est transformée : avant, il s’agissait d’être créatifs et tout le temps au top ; maintenant on frôle le zona pour réussir à tenir des délais improbables et répondre à des exigences complètement utopiques. Dans certains cas, être contraint au système D peut nous pousser à nous dépasser et à explorer des choses nouvelles, mais la plupart du temps, cette espèce d’hypocrisie finit par tendre tout le monde, et je trouve ça un peu dommage. Perso, la pression, je préfère la boire !

Une autre chose de plus en plus courante et qui me choque de plus en plus, c’est la façon dont plus personne ne prend de risques. Que les annonceurs (sûrement à cause des restrictions financières que j’ai évoquées ci-dessus) soit de moins en moins exigent sur la création et se mettent de moins en moins en danger n’est pas vraiment nouveau. Ce qui me surprend en revanche, c’est de voir certains DC lâcher l’affaire. De plus en plus j’entends dire : « Oh la la, ce que c’est beau ! C’est génial, c’est original, quel boulot…oui mais non, ça va pas leur plaire/c’est pas leur genre, je connais le mec/ne prenons pas le risque de les embrouiller, présentons la piste la plus classique, c’est plus sûr (…) ».
J’avoue que ça me désespère un peu. Je ne doute pas qu’il y a tout un tas de raisons politiques derrière tout ça, mais si les DC ne jouent plus leur rôles et ne se battent pas, autant traiter directement avec le commerce. Si même à la création, on « n’essaie » plus, si on ne s’évertue pas à relever le niveau, je me demande dans quelle mesure on ne va pas s’enfoncer dans les méandres d’un truc que plus personne ne va maîtriser.

Mais il n’y a pas que du négatif. L’essor d’internet est pour nous, créatifs, un nouveau terrain de jeu génial encore à demi-exploré, je pense. Non seulement il permet une large visibilité, mais en plus, ça a été pour nous une vraie nouvelle liberté.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Digitalm’s – digitalm’s – digitalm’s.

Bonus :
Retrouvez la fausse interview parodique de Bruno Delhomme par Claire Maoui (sponsorisée par Bescherelle Ta Mère) sur « C’est Kiki les Créas » :
http://www.getmaoui.com/ckikilescreas.html