Bonjour Mathieu, tu es DA chez DDB quel a été ton parcours
J’ai voulu faire plaisir à mes parents en passant un bac scientifique, mais ça m’a trop gonflé. Alors je suis passé à l’économie, et puis ça m’a trop gonflé, mais j’ai eu le bac. Et puis, j’ai continué sans trop savoir, et j’ai passé un BTS en communication, et ça m’a un peu gonflé. Et puis j’ai opté pour Sup de Création, et ça m’a moins gonflé tout à coup. Après le diplôme, j’ai fait deux stages chez BDDP et DDB, et puis ça ne me gonflait plus du tout.
J’ai ensuite intégré Betc, agence fraîchement créée par Rémi Babinet et Éric Tong Cuong. C’est d’ailleurs là que j’ai travaillé pour la première fois avec Olivier Henry, avec qui je suis aujourd’hui en team. 4 ans de Bétek, et ensuite, ça m’a gonflé, alors j’ai fait Grey et Devarrieux, et je suis revenu chez Bétek pour 5 ans supplémentaires, parce que ça ne me gonflait plus. Et puis, ça m’a gonflé à nouveau.
Depuis, j’ai intégré DDB avec Akexandre Hervé, et j’y suis depuis 6 ans maintenant. Et ça ne me gonfle toujours pas, pour l’instant.

Pourquoi DDB ça ne te gonfle pas ?
Certainement parce qu’on me demande de bien faire mon taf, et que le niveau d’exigence est élevé, ce qui n’est pas le cas partout.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la publicité ?
Ça doit faire pas loin de 15 ans.

Tu as hésité a faire de la pub ? Qu’est ce qui t’as donné envie d’en faire ?
Un stage chez BDDP, et j’ai tout suite embrassé ce métier sans me poser de questions. Ça m’a paru évident. Et puis, les films de pub de mon enfance :

http://www.youtube.com/watch?v=OYecfV3ubP8

Darty et oui

et Yonger & Bresson (non je déconne).

Tu travailles avec qui et sur quoi maintenant ?
Je travaille depuis 5 ans avec Olivier Henry, et en ce moment sur des budgets comme Mini, Mc Do, l’équipe, la FFF,…

Entre olivier et olivier avec quels rédac as-tu travaillé ?
J’ai travaillé avec Malek Hamiti, Christophe Mouton, Jean-Gabriel Causse.

Parles nous de deux trois choses que tu as faites en pub :

Une campagne Bouygues, « le répertoire de Mathieu », après trois séries de tests, et 1 an de travail. On se regardait avec Olivier, et on n’arrêtait pas de se dire : “elle ne sortira pas, elle ne sortira pas“.
Le truc le plus marquant, c’est quand on a commencé à interroger les réalisateurs qui nous plaisaient. Là, petit miracle, ils ont tous répondu oui. Les Noam Muro, Dante Ariola, Frédéric Bond, Kuntz, j’en passe et des meilleurs. On nous avait même proposé les frères Cohen…
Tout ce beau monde voulait la faire cette campagne. On hallucinait.
On arrêtait enfin de nous renvoyer dans notre bureau en nous annonçant, « il n’est pas disponible , c’est une question de dates », ou « il a des problèmes de santé, tu sais les hémorroïdes, c’est douloureux », ou alors, « il va être papa, il prend du temps pour sa famille », ou « il est sur un long métrage, tu comprends » (une jolie façon de te dire que ton pauvre film de pub c’était peanuts, comme si on ne le savait pas déjà)…
Et puis, on l’a finalement sortie cette putain de campagne. Pas exactement comme on l’aurait souhaité. Mais, de toutes les façons, c’est jamais vraiment comme tu l’aurais souhaité.

Si tu pouvais recommencer « le répertoire de Mathieu » tu changerais quoi ?
La musique tout au long du film, le lieu, qui était plus ou moins imposé par le client. Ils ne voulaient pas d’un désert, d’un truc trop froid ou trop vide. Et le fait de décliner le film pour la vidéo, les sms, les mails,… Et comme on ne devait plus changer de lieu ensuite, ni de prénom, ça s’essoufflait trop vite et ça m’a gonflé très vite. Le prénom évidemment.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des centres d’intérêts ?
Je m’intéresse au Design, les meubles, l’Architecture, et la Photo. Mais tout cela sans mélanger le taf et le plaisir. Je fais de la photo, de l’illustration, et j’adore le design 50, 60. Je chine beaucoup sur des sites Hollandais ou Scandinaves.
Et puis, avec une mère prof d’arts plastiques qui m’a trainé dans tous les musées de France et d’ailleurs, j’ai toujours gardé cet amour de l’art, de l’image.
Je suis un dingue aussi de la photographie contemporaine américaine, avec des photographes comme Robert Frank, Jeff Wall (même s’il est canadien), Bill Owens ou encore Larry Fink. J’adore aussi la peinture avec par exemple Freud dont l’expo à Beaubourg m’a retourné par la grandeur des toiles, ces corps dénudés qui t’explosent la rétine.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ? et le pire ?
Le meilleur : Ma première annonce, en tant que créa, c’était pour les pages d’été du quotidien Le Monde. Je me suis retrouvé à commander un dessin de Blueberry qui faisait son entrée dans le monde en se rasant. Et là, le commercial me dit, tu viens avec moi, tu vas lui expliquer ce que tu veux pour le dessin. Là, dans ma tête, ça explosé. On va chez Jean Giraud alias Moebius, les humanoïdes associés, Métal Hurlant, enfin toute la bd que je lisait et qui me faisait rêver gamin. Et bim, me voilà chez lui à Château Rouge. Ce jour était vraiment particulier pour moi.

Bon, et puis j’en rajoute un de mes meilleurs souvenirs, c’est le lion à Cannes (« le répertoire »), pour le « ça c’est fait » et comme dit Olivier, la fête qui a suivi derrière.

Le pire : la campagne Bouygues Telecom ou les frasques de mère nature nous ont poussé dans des retranchements invraisemblables. Tournage en montagne, avec pluies, orages, camions renversés, figurants en grève, les repas qui n’arrivaient pas sur le set. Bref, une production (‘le répertoire de Mathieu’) qui a failli tourner au cauchemar, tournée avec Baker Smith, Thierry Arbogast en chef op (3 césars).
Il y a une anecdote racontée par Olivier aussi sur ce tournage. Assez dégueu.

Et pour finir, Berga, cette petite ville pyrénéenne où notre hôtel était localisé. Elle abritait pendant notre séjour la plus grande fête Catalane, la Patoune (rien que le nom déjà), fête classée chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco.
En bref, des milliers de catalans en pleine communion avec les cieux, l’alcool, la sueur et les esprits de la montagne. Pas fermé l’œil pendant plusieurs nuits. Il y a eu Lost in la Mancha, nous, on a eu « Lost in Berga.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ? que tu pensais pas faire un jour ?
Me retrouver au ministère de la culture pour une campagne Sida Info Service primée par des journalistes et remise en mains propres par le ministre. Cette campagne, qui, bien qu’interdite après diffusion par Disney, a été relayée par la plupart des mouvements Gays européens.
Fuck you Mickey.

Quelle sont les pub qui t’ont le plus marquées ? Que tu aurais aimé faire ?
Il y en a tellement. Beaucoup de pubs pour les bières (ça doit être la frustration de ne pas pouvoir en faire en France). Donc en vrac, du Guinness « Dreamer » de Glazer, ou du Stella par Zacharias. Ensuite du Fox Sport « Beware of things made in october » de Baker Smith, un playstation « double life » de bugen, et pour le romantisme, un sony balls et pour la route, un Levi’s Odyssey.

Tu as des modèles de créatifs ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
Bill Bernbach, parce que c’était un grand Madmen, et parce qu’il avait une vision de ce métier qui aujourd’hui, encore une des plus visionnaires et des plus intelligentes. On lui doit beaucoup, nous teams créatifs. Sinon, en plus actuel, David Droga et Juan Cabral.

Avec quel créas aimerais-tu travailler ? (réal photographe DC illustrateur…)
En photo, j’ai un gros faible pour Eugénio Recuenco en ce moment avec qui j’aimerais produire des images.
En réal, David Finsher, parce que quand il refait de la pub, c’est une tuerie

Et parce que c’est un grand grand grand réal.

Sinon, des mecs comme Spike Jonze, Gus Van Sant
Pour les directeurs de créations français, tous ceux qui voudraient nous proposer des free-lance. C’est la rentrée, et j’ai mon dernier tiers payant à lâcher.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
In England. Ils ont inventé la pub, et ils ont encore une longueur d’avance sur nous. Et quand ils produisent un film, il n’y a pas les conneries genre, trop dark, trop flippant, ou le fameux « ou la la mais vous êtes dingues »,…

Tu vois quoi comme changement depuis tes débuts ? Et tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
On a opéré au sein de DDB un virage digital. On arrête de cloisonner des métiers qui sont devenus des champs d’expressions incontournables pour nous créatifs. Tous ces métiers digitaux nous apportent une fraîcheur. On refait notre métier de créatif. Bon, c’est encore un peu le bordel, mais c’est super frais. Il n’y a qu’à voir les Lions à Cannes pour se rendre compte de cette mutation profonde.
Pour moi, les choses les plus intéressantes aujourd’hui se retrouvent dans les Cybers et Titanium. La place du Print par exemple à Cannes, c’est tout au fond, à droite après un petit couloir…

Tu fais partie de quel génération de créatifs ? Avec qui as tu grandi ?
Plutôt d’une génération qui devient de plus en plus Directeur de Création exemple, Olivier Apers, Alexandre Hervé,…
Sinon, j’ai grandi avec des bons comme Stéphane Xiberras, Patrice Dumas, Richard Zimmerman, et j’en oublie certainement. Désolé pour eux.

Si tu devais donner un conseil à un team de stagiaire pour percer dans le métier tu leur dirais quoi ?
Foutez le bordel. Montrez vous, sortez des rangs.
Tous les jeunes que je croise sont trop sages, trop propres, trop polis. On ne les remarque pas.