Bonjour Paul, tu es DA chez DDB quel a été ton parcours ?
J’ai passé mon Bac éco à montpellier et commencé mes études dans la pub là bas. À bac +2 je suis parti à Londres faire une année de césure où j’ai fait tout un tas de boulots qui n’avaient aucun sens mais je suis tombé amoureux de la ville et j’ai bien failli ne jamais revenir! Finalement, retour a paris pour finir mes études et premier stage chez CLM où j’ai rencontré Alexis Benoit qui est devenu mon redac slash pote slash deuxième meuf. Après 3 années chez CLM, on a bougé ensemble chez DDB il y a de ça un peu plus d’un an maintenant.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la publicité ?
Ca va faire 5 ans.

Tu as hésité à faire de la pub ? Qu’est ce qui t’a donné envie d’en faire ?
Je ratais jamais un culture pub quand j’étais môme (adsoftheworld n’existait pas à cette époque bénie) et c’est les boulots étrangers, les films ricains, anglais, argentins qui m’ont donné envie de faire pareil. Je voyait ça avec mes yeux de pré-ado : des mecs qui font des blagues, décident de laquelle est la plus drôle et font le film qui passe ensuite directement à la télé. Le pire, c’est que ça devait pas être si éloigné de ça a l’époque dans certaines agences.

Tu travailles avec qui et sur quoi chez DDB ?
Je travaille avec Alexis et Alexandre Hervé et jusqu’ici sur L’Équipe, Tropicana, McDo, Winamax, Brandt, Mini et sur des compets quand ça se présente.

Parles nous de deux trois choses que tu as faites en pub qui t’ont marquées
Sans parler de boulots précis ce qui a changé ces deux dernières années c’est l’envie de faire des trucs un peu en marge de la pub classique. J’adore faire du print et du film et ça reste deux catégories dans lesquelles il y a encore plein de belles choses a faire mais j’ai le sentiment qu’une brèche s’est ouverte vers d’autres médias (et pas forcement le web d’ailleurs). Aujourd’hui pour trouver les boulots les plus fous/novateurs/intéressants il faut aller voir du côté du direct, du design ou de la promotion. Une campagne comme Support Scent de Clemenger bbdo représente bien ce qui me motive aujourd’hui dans la pub : régler un vrai problème avec une solution novatrice et juste qui va puiser dans des domaines autres que de la pub.

Alka Setzer, c’est une campagne sur laquelle on s’est vraiment éclatés, autant au niveau de la conception que de l’exécution, sur les illustr. Ca nous a crédibilisé et permis de passer à un autre stade, d’accéder à d’autres briefs etc. Ceci dit, ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est plus résoudre des problématiques de marques sur des grosses campagnes. À Alex et moi de faire en sorte de ne pas devenir « le team qui a fait Alka Seltzer y’a 5 ans ».

On a la chance dans ce métier de pouvoir avoir accès à des mecs vraiment doués dans leur domaine. Que ce soit Bart Timmer sur Winamax ou Dimitri Daniloff sur Snickers, c’etait passionnant de bosser avec des mecs qui partent de ton rough ou script et apportent leur vision, le supplément d’âme pour lequel tu es allé les chercher.
Dans le cas de Bart Timmer on voulait un vrai réal de comédie vu que tout le ressort du film tient sur des petits détails comme la démarche de l’homme préhistorique ou l’expression du mec au BBQ a la fin. Et ça tombait plutôt bien avec Bart parce qu’il rêvait depuis longtemps de faire une comédie qui utilise les codes du film d’action. Le tournage aux Canaries avait un petit quelque chose de Lost in La Mancha vu que : une caméra nous a lâché (il faut dire qu’on la propulsait sur un cable a 60 km/h avec deux techniciens comme seuls « amortisseurs »), la pluie était incessante, un garde-forêt sociopathe nous suivait partout pour s’assurer qu’on ne froissait pas les feuilles sur lesquelles on marchait, et la machine a fumée ne fonctionnait qu’une fois les caméras rangée! J’ai été agréablement surpris par la rigueur de Bart sur des sets « d’action » – surtout qu’on filmait des plateaux vide vu que les animaux étés rajoutés en post-prod ce qui demande une énorme capacité de projection.

Quant à Dimitri sur Snickers j’admire sa patience et sa détermination (et celle du retoucheur d’ailleurs) puisque seuls les animaux sur le visuel proviennent de banque d’image. On a shooté tout le reste en studio et à Meribel en très peu de temps.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier ?
Un peu d’illustration et de photo. Je viens de finir une série qui s’appelle Para-Graphed : l’intégralité des dialogues d’un film organisés en paragraphes qui forment un élément clé du film. C’est important de garder des trucs à côté pour décompresser et s’éclater même si je me suis vite rendu compte que bosser sans contraintes peut s’avérer bien plus difficile qu’il n’y parait!

Tu peux développer, tes illu / photos, c’est visible où ? Ça fait longtemps que tu fais ça ?
J’ai toujours fais du dessin, et quand mes parents mon offert un imac à 15 ans (le premier avec la coque de couleur, aaaah nostalgie…) j’ai plongé dans photoshop et appris laborieusement tout seul. Aujourd’hui ça me plaît toujours d’avoir les mains dedans mais je n’y passe pas assez de temps pour développer un truc vraiment intéressant. D’autant plus qu’il suffit de passer 5 minutes sur n’importe quel blog de graphisme pour prendre une bonne bouffée d’humilité!

La photo est venue plus tard quand j’ai acheté un canon AE1, un argentique des années 70 entièrement mécanique. Depuis je shoot aussi au numérique mais rien ne vaut l’attente fébrile du développement…

Les illus : http://paulkreitmann.tumblr.com/
Les photos : http://www.flickr.com/photos/paulkreitmann/

Manhattan :

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Pleins de très bons souvenirs en tournage. Quand la fatigue et le stress te font péter un câble, c’est en général le moment où tu te marres le plus. Mais le meilleur est sans conteste le soir de remise des prix des d&ad quand je suis descendu de scène avec un pencil et qu’une nana m’a dit : restez dans le coin, il y en a un deuxième qui vous attend. Ça fait drôle.

Et le pire ?
A chaque fois qu’une idée que j’affectionne particulièrement ne se réalise pas. C’est un métier aussi excitant que frustrant et il arrive qu’un cutter vous donne d’autres envies que de découper des boards.

Quelle sont les pub qui t’ont le plus marquées
Il y’en a tellement… Skittles « Touch », « Tap Project » (pour le coté avant-gardiste), Tide « Stain » (pour la barre de rire a chaque fois que je vois le spot), the Independant « Don’t » (pour l’écriture), Gatorade Replay. Dans 5 minutes je vais me rendre compte que j’en ai oublié une complètement ultime…

http://www.youtube.com/user/droga5ny#p/u/13/RyjTg4w-J7A

Celle que tu aurais aimé faire ?
Gatorade Replay pour la force de l’idée et l’ampleur de l’exécution.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
En terme de direction artistique : Mark Reddy, Head Of Art chez BBH que j’ai eu la chance de rencontrer. Ca fait plaisir de voir des gens qui sont capables de passer une semaine sur un packshot!
En terme de publicité d’une manière générale : Droga pour les idées et le ton. C’est nouveau. C’est bien. Et c’est drôle.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
Probablement chez Droga. Mais il faudrait que je fasse de la sculpture sur compote de pomme ou que j’ai réglé le problème de la faim dans le monde dans un exposé en sixième. Les mecs qui bossent là-bas ont tous des profils assez exceptionnels.

Tu vois quoi comme changement depuis tes débuts ? Et tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Le déclin du Print. L’explosion du web. La multiplication des catégories à Cannes. La dévaluation des Lions. Les bonnes idées émergeront toujours.