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Bonjour Yann, tu es photographe, quel a été ton parcours ?
J’ai fait mes études à Bordeaux, finalisés par une filière « marketing commercial et communication ».
J’ai poursuivi cette voie en créant une petite entreprise d’import-export avec les pays de l’Est.
Sur le terrain, je me suis très tôt rendu compte que ce choix était un non-choix.

Je suis alors venu à Paris dans l’idée d’être photographe et me suis proposé comme stagiaire au studio Astre, une opportunité dans un milieu plus arty, en parallèle à ma sensibilité développée dans la musique et une affinité d’adolescent pour l’image.
Je suis resté 4 ans chez Astre.
Là, j’ai acquis les bases techniques indispensables à toutes idées de réalisations.
J’ai rencontré et assisté de très grands photographes de mode comme Avedon, Michael Thompson, Paolo Roversi, Mondino, Duane Michals…et d’autres moins connus.
J’ai apprécié leur façon de construire leur image, leur approche professionnelle, ce fut une période inouïe et enrichissante.

Par la suite, je suis devenu le collaborateur de Vincent Dixon durant 3 ans, un tournant pour moi, car j’ai découvert à ses cotés le monde de la publicité et de l’image conceptuelle.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la photo ?
J’ai commencé en 1995, soit 18 ans.

Tu as de la famille des contacts proches qui travaillaient dans ce milieu avant d’y entrer ?
La photographie n’était pas liée à mon cercle familial ni même relationnel.
J’ai commencé par faire une petite exposition à Paris qui m‘a permis de rencontrer des personnes travaillant dans le milieu de la photo de mode. J’étais déjà plus attiré par les portraits ou la mise en scène que par cet univers, et il y eu de très belles rencontres, ce fut une très bonne école

Tu as hésité à faire de la photo ? Qu’est ce qui t’a donné envie d’en faire ?
J’ai forcément réfléchi avant de me lancer dans l’aventure… mais le challenge, l’enthousiasme, le besoin de faire des images était plus fort.
Je sortais aussi d’une période professionnelle aléatoire et n’avais pas d’apriori, j’étais plutôt confiant finalement.
Un ensemble de choses m’a motivé, vivre de et vivre sa passion fait rêver, même si on n’imagine pas à posteriori tout le travail que cela implique.

Des images ou des photographes qui m’ont marqué également, mais aussi une volonté de montrer certaines choses à ma manière, selon ma propre vision, d’exister différemment dans le regard des autres.

Tu travailles avec qui et sur quoi ?
Je travaille majoritairement pour des agences de publicité et des directeurs artistiques. J’ai aussi des projets personnels qui naissent au gré de mes rencontres.
J’apprécie le travail en duo, pour le partage des idées, les complicités, les énergies, cela apporte davantage de dépassement de soi.

Les dernières sorties en date, une photo de voiture décalée pour VW avec David Derouet/DDB,  une campagne pour Manutan avec Gael Roda , des blagounettes que l’on se fait au travail, et quelque chose d’assez nouveau pour moi, des vidéos pour une agence Américaine, pas encore sorties mais l’expérience à été réussie et très plaisante.

Parles nous de ton travail personnel, de tes séries :
À l’initiative d’un de mes amis, j’ai passé trois ans à shooter des portraits de jeunes hommes du Pays Bigouden en Bretagne. Ça été une (re)découverte du pays de mes origines familiales et un écho à l’American Ouest de Richard Avedon qui m’a fait tant rêver.
Il a parcouru l’ouest des États Unis avec son studio itinérant et je me retrouvais, dans un autre contexte et plus modestement, comme lui, avec ma chambre et mon Blad à parcourir ce pays à la recherche de tronches. Un pur bonheur, une belle aventure humaine et photographique.

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Plus récemment et pour un temps, j’ai eu envie de revenir à une photographie de l’instant.
Seul, avec un boîtier et dans des conditions de reportage, j’ai fait des portraits de Roms vivant aux portes de Paris. Mon idée était de mettre en valeur l’humain et pas la misère, même si elle était forcément sous-jacente. L’association avec laquelle j’ai travaillé m’avait dit : « Sur une échelle de considération, il y a l’homme, le chien, le rom, on aimerait juste que le roms remontent au dessus du chien »

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Tout cela est bien sur à l’opposé de la pub, et le contraste est fort. Le matin dans des baraques fait de bric et de broc où tout manque et le soir à un vernissage, verre de champagne en open bar.
Ça peut être violent mais la magie de la photo permet de découvrir des univers et de transcender l’un et l’autre.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des centres d’intérêts ?
Je voyage et profite selon les opportunités de mon goût pour le kite surf, la course, ou la plongée, en fait j’ai la passion de la nouveauté. Mais mes centres d’intérêts immédiats sont avant tout liés à la photo.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ? Et le pire ? Ce que tu ne pensais pas faire un jour ?
La réaction des gens sur ma première exposition importante “Bigoudens” a été très forte. C’était dans un lieu magnifique, un ancien fort militaire planté sur une falaise. Les cimaises, sous d’immenses voûtes, venaient s’inscrire dans l’architecture dépouillée. Les portraits et les paysages habitaient ce lieu unique.
Les émotions que j’avais voulu faire passer dans les photos étaient ressenties par le public.

Je ne pensais pas photographier un jour un zombie sur des toilettes, monter sur des glacières empilées sur un pick-up sur une plage de corse parce que la nacelle est perdue dans le maquis…

Quelle sont les photos qui t’ont le plus marquées ? que tu aurais aimé faire ?
Les portraits d’Avedon sont très forts, j’ai eu la chance de travailler avec lui et de voir comment il préparait ses photos et dirigeait les personnes.
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Gregory Crewdson m’interpelle avec ses mises en scènes, les équipes, les moyens pour réaliser ses photos dignes d’un long métrage.

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J’aime les photos de Joel Sternfeld, Sarah Moon ….

Joel Sternfeld

Sarah :

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Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?
Beaucoup de choses, le numérique, la 3D, internet, il y a eu une petite révolution depuis que j’ai commencé, mais la base ne change pas, une bonne image reste une bonne image.

Que dirais-tu à un jeune qui veut percer dans le milieu de la photo ?
Il n’y a pas vraiment de secret, il faut bosser, garder à l’esprit que c’est toi qui fait la photo, avec ton œil, ta sensibilité, ton tempérament, ton expérience ; proposer un langage pictural, douter, l’appareil est qu’ un élément du puzzle.
Ne pas vouloir être trop pressé non plus, c’est un métier d’expérience, chaque étape est enrichissante.

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Pour plus de Yann : http://www.yannlepape.com/

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