parachutes

Bonjour Parachutes (Nicolas, Yann et Thibault), quel a été ton parcours pro/ tes études ?

Tous : On s’est rencontrés en 2009 à l’ESAG-Penninghen, école d’arts graphiques à Paris. On a eu un petit cours de vidéo et à partir de ce moment on s’est débrouillés pour faire de la vidéo dès qu’on le pouvait dans nos projets ; ça nous a amenés à travailler ensemble d’abord pour les projets d’école. Puis en les mettant sur internet on a eu nos premières commandes commerciales, qu’on a aussi abordées ensemble. On a assez naturellement décidé de monter notre studio après l’école.

http://parachutes.tv/

Capture d’écran 2016-03-12 à 10.06.12

Depuis combien d’années travailles-tu  ? 

—> Nicolas : On a commencé à travailler ensemble en 2009 sur nos projets d’étudiants, et environ 2 ans plus tard sur des commandes.

Tu as hésité a faire ce métier ? 

—> Yann : En commençant des études de graphisme on ne s’attendait pas à finir réalisateurs. On a tous aimé étudier la composition, la couleur, la typo… mais je pense que si on s’est spécialisés en vidéo c’est parce qu’on voyait un réel intérêt à ajouter une dimension temporelle et sonore à ce qu’on apprenait. Et comme en plus du graphisme on aime tous le cinéma et la musique ça nous permet de conjuguer nos passions.


Tu travailles avec qui et sur quoi ? 

—> Thibault : On ne peut pas vraiment dire qu’on a une typologie de clients ou de projet. Le premier critère de choix est en général le brief.

On privilégie avant tout l’idée. Nous n’avons pas de préférence pour le médium ou les annonceurs.

Après soyons honnête c’est encore mieux si on peut collaborer avec de belles marques ou de bons artistes.

En ce moment nous menons trois projets de concert, qui sont assez représentatifs de ce que nous sommes.  Je travaille pour Prada avec le studio Lenthal, Yann finalise le montage d’un film pour Mercedes, tandis que Nicolas à l’aide d’un animateur freelance (Romain Gauthier) réalise un film en motion pour Soylent, une start up américaine.

SOYLENT

Parles nous de deux trois choses que tu as faites : 

—> Yann : L’année dernière on a réalisé un clip pour le groupe de musique Maestro (label Tigersushi). On y voit un quadragénaire feuilleter son vieux yearbook de lycée et replonger dans ses souvenirs ; les photos de ses anciens camarades s’animent pour exaucer ses fantasmes vengeurs. Comme souvent dans le clip, le budget était super serré… On a réuni plus de 100 personnes parmi nos potes et ceux du label pour les prendre en photo en costume, dans un studio de fortune aménagé dans un coin de notre bureau. Puis on a passé un bon mois et demi à les traiter, les animer et les intégrer dans le yearbook… C’était une bonne opportunité pour nous de mêler de l’anim à du tournage.

Sinon on vient de terminer un film d’animation, tout de chrome et d’or, pour des bijoux Louis Vuitton. C’est un abécédaire kitscho-art-déco-rétrofuturiste sur une chanson d’Amanda Lear. C’était un sacré challenge technique parce qu’on voulait animer des reflets métalliques sur toutes les surfaces, là encore avec très peu de moyens.

https://vimeo.com/149152514

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ? 

—> Nicolas : Non, pour le moment c’est plus que du plein temps !

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ? et le pire ?

—> Thibault :

Le meilleur, c’est probablement le tournage d’un film pour Mercedes à Los Angeles il y a quelques mois. Un matin on a reçu un mail de l’agence berlinoise et un mois plus tard on était là bas. C’était quelque chose d’assez inattendu et d’extrêmement intense mais c’était une expérience mémorable. C’était la première fois que nous tournions un film avec une équipe aussi importante, c’était très impressionnant.  Nous avons passé 4 jours là bas. On a beaucoup travaillé mais on a quand même eu le temps de se balader un peu.

Je ne sais pas si il y a un pire souvenir en particulier ou simplement des moments qui quoiqu’il arrive sont horribles dans ce métier. Je pense en particulier aux périodes très chargées qui nous obligent parfois un mois durant à travailler tous les soirs jusqu’à une heure avancée de la nuit et à revenir le week-end. Dans ces cas là il faut avoir un moral d’acier.

Le truc qui t’as fait le plus halluciner ? que tu ne pensais pas faire un jour ? 

—> Nicolas : Au même titre que Thibault, si on m’avait prévenu il y a 10 ans, alors que j’étais dans ma Bretagne natale, que j’allais écrire et tourner un film pour Mercedes à Los Angeles, je ne sais pas si j’y aurais cru.

Quelles sont les travaux extérieurs qui t’ont le plus marquées ?

—> Thibault : Nous sommes tous les 3 assez attentifs au travail de Vania Heymann. Il touche un peu à tout en terme de réalisation et le résultat est toujours très réussi.  Autrement Il y a chez nous des références qui reviennent souvent. Je pense en particulier aux manifestes lifestyle comme le film Puma « After Hours Athlete », à la série « Inside Chanel », au travail de Saul Bass, ou encore aux films de Kubrick.  Dernièrement nous avons tous les trois beaucoup apprécié VICTORIA, un long-métrage réalisé par Sebastien Schipper. Je le recommande à tous ceux qui ne l’ont pas encore vu.

tu as des modèles  ? des gens qui t’inspirent ? 

—> Yann : On a une grande fascination pour des réalisateurs comme Kubrick ou plus récemment Fincher ou Iñarritu qui, à les écouter, ne connaissent pas le compromis. Ils ont forgé leur carrière et leur légende si proprement qu’on leur passe tous leurs caprices.

On adore aussi le ton et la façon d’aborder les sujets qu’ont Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park. Ils ne s’engagent jamais dans un sens mais font le tour du sujet sous tous ses aspects, souvent en se moquant de tous les points de vue. En général on essaie aussi d’être objectifs autant que possible et de ne pas trop laisser transparaître notre avis dans nos boulots.

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ? 

—> Nicolas : On a eu de la chance, on a commencé la vidéo via le motion-design et l’animation typographique au tout début, au moment où c’était super nouveau dans la communication, il y a eu beaucoup de demande. Aujourd’hui, ça s’est pas mal démocratisé et ça n’étonne plus grand monde. Ça nous a confirmé que c’était un média assez impitoyable où les gens se désintéressent très vite s’ils n’accrochent pas direct, et qu’il faut sans cesse innover.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ? 

—> Yann : Dans la pub j’ai l’impression que les réals pitchent de plus en plus en amont sur la créa. La frontière est parfois un peu floue entre l’agence et le réalisateur, et on bosse souvent très tôt main dans la main avec les créas d’agence. Il y a même des boîtes de prod qui revendiquent cette façon de travailler et essaient d’impliquer leurs réals dans la créa le plus tôt possible. Nous ça nous va très bien parce qu’on privilégie plutôt le concept à la façon de réaliser, donc ça nous permet de nous impliquer plus dessus !

Si tu commençais ce metier aujourd’hui, tu irais ou ? 

—> Thibault : Si je commençais ce métier je pense que j’essaierai par tous les moyens de travailler en freelance, c’est le meilleur moyen de multiplier les expériences, et d’apprendre des choses différentes à chaque fois. Sinon j’aimerais assister un réalisateur polyvalent, genre Edouard Salier, François Rousselet, Alex Courtès…

Que dirais-tu a un jeune qui veut percer dans le milieu  ? 

—> Tous : Un truc à toujours garder en tête c’est de ne pas négliger les projets perso, de garder un bon équilibre avec les projets commerciaux. Ça peut être un peu dur à tenir, surtout au début, mais développer une identité au travers de projets personnels a beaucoup plus de chances d’être un bon tremplin que d’enchaîner des commandes commerciales sur lesquelles on n’a moins de marge de manœuvre.

Autre conseil, c’est de penser un minimum à long terme, et donc de ne pas se laisser aller à la solution « facile » de faire le truc à la mode, qui cartonne dans l’immédiat. Ça peut paraître évident, mais chercher à innover. La plupart de ce qu’on voit aujourd’hui sera démodé dans 1 an parce que ça ne fait que s’inscrire dans les codes graphiques du moment. En revanche, une idée forte restera forte dans 10, 20 ans, même si l’esthétique pour la mettre en œuvre est devenue désuète. Les modes passent tellement vite que la bande d’un réal peut être obsolète en 2 ans s’il s’inscrit trop dans les codes en vogue.