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Bonjour Gabrielle, quel a été ton parcours pro/tes études ?
J’ai eu le parcours classique de l’adolescente parisienne paumée qui n’a pas eu un parcours classique. Après avoir suivi des études scientifiques au lycée, je me suis inscrite en fac de philosophie pour suivre ma meilleure amie, un peu par dépit. C’était ça ou éco-gestion à Assas.

Elle a lâché au bout de 6 mois pour une école d’art, j’y suis restée 3 ans. Les trois années les plus passionnantes de ma scolarité. J’ai arrêté parce que je ne voulais pas VRAIMENT faire de la philo, (pour gagner ma vie je veux dire…) mais je pense que j’y retournerai un jour, quand j’aurai ma carte vermeille.

Après la licence, je me suis envolée pour New York. Là-bas, j’ai été successivement serveuse clandestine, business student dans une école de mode, stagiaire chez Vogue et bloggeuse. En trois ans, j’ai successivement voulu être styliste, chanteuse, agent de photographe, poète et enfin « pubarde ».

Pendant mon dernier semestre d’études là-bas, j’ai suivi un cours de « copywriting » c’est là que je me suis prise de passion pour la conception. J’avais enfin trouvé, je pouvais rentrer à Paris.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Ça va faire 5 ans.

Tu as hésité à faire de la pub ?
Comme expliqué plus haut, j’étais un peu perdue. J’ai cherché pendant longtemps ma voie. Ma grande sœur savait dessiner avant de savoir parler, mon grand frère a commencé à programmer à l’âge de 6 ans et moi…moi, je faisais le clown. Quand je l’ai trouvé, cette satanée vocation, non, je n’ai franchement pas hésité.
Je l’ai attrapée, je me suis agrippée à ses cheveux et… bon, je vais arrêter la métaphore ici.

Tu travailles avec qui et sur quoi ?
Je ne suis pas (publicitairement) mariée et ne l’ai jamais été. C’est peut-être un tord, parce qu’on est plus vulnérable seul. Mais le revers a sa médaille. Ça m’a aussi permise de travailler avec des gens très différents. D’apprendre de plein de sources hétéroclites.
A l’agence, je travaille surtout sur du film. C’est devenu mon média principal. Je ne m’en plains pas, mais parfois je regrette de ne pas pratiquer plus le digital.Je suis surtout sur des campagnes « d’image », c’est ce qui me plaît le plus. Construire des marques.

Parles nous de deux trois choses que tu as faites :
Je peux te raconter comment avec la talentueuse Léa Rissling, nous avons envahi les rues de Paris avec des images psychédéliques pour le lancement de la nouvelle signature de Séphora « where beauty beats ».

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Il y a ensuite eu le film Lacoste, « the Big Leap ». Le jour où j’ai eu la chance de travailler avec Damien Bellon sur une compétition Damard, les anges veillaient sur moi. On a bossé sur quelques sujets après ça et puis il m’a proposé de l’aider sur les prints Lacoste, on nous a ensuite parlé d’un possible budget pour faire un film… on a tout donné !

J’ai proposé ce script à Damien pour les Young Directors Award, il en assurait la direction de création. Nos esprits tordus se sont rencontrés. J’aime particulièrement ce film, je regrette qu’il n’ait pas eu plus de succès…

Et enfin notre dernier film pour Petit Bateau, la Mini Factory qui fabrique des habits « kidproof», brillamment réalisé par Patrick Daughters :

Et pour le reste, je t’invite à aller sur mon behance :
https://www.behance.net/gabrielleattia

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ?
J’écris de la Popésie.
http://popesie.fr/
C’est de la poésie dans sa forme la plus classique qui parle de sujets de Pop-culture : La MILF, le twerk, Facebook, le selfie…Ça m’éclate et dans la vie, si on ne s’éclate pas, on meurt.
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Je suis également en train de monter un nouveau concept de biscuit avec deux associées. C’est extrêmement excitant pour moi de me lancer dans l’entreprenariat. C’est un peu comme rentrer dans la cour des grands, mais sans grand frère pour me protéger.

J’ai besoin de garder une activité en dehors de la publicité, ça m’équilibre beaucoup. La vie créative en agence n’est jamais linéaire. Il y a des périodes galvanisantes et des périodes plus creuses, qui poussent à la remise en question et au doute. Le créatif est un petit être fragile qui n’a pas souvent confiance en lui. Mes projets perso m’aident à tenir le cap.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ? et le pire ?
Mon meilleur souvenir était à Cannes, en 2014. J’étais en promenade matinale dans les rues de la ville. Je cherchais un maillot de bain, parce qu’Air France avait perdu ma valise.

Quelques heures plus tôt, alors que j’étais ivre, Jérome Denis, le producteur de Wanda sur notre film Lacoste, m’avait annoncé qu’on avait remporté l’argent en film. J’avais évidemment fondu en larmes dans ses bras. Mais je me souviens surtout du sentiment que j’ai ressenti ce matin là, en décuvant, dans la rue. J’étais HEUREUSE. Ça arrive rarement dans une vie de se sentir aussi bien.

Je ne me rappelle pas de mon pire souvenir. Mon cerveau a pris l’habitude d’occulter le négatif. Ça fait de moi quelqu’un de très positif…avec plein de tocs.

Le truc qui t’as fait le plus halluciner ? que tu ne pensais pas faire un jour ?

Le tournage du film Lacoste. C’était vraiment quelque chose. Notamment la scène du saut. Paul Hamy suspendu à des câbles tirés par 12 mecs, pour s’élancer d’un morceau de toit reconstitué dans un studio gigantesque tapi de papier vert. On avait demandé au réal (aka Seb Edwards) si on pouvait rester sagement derrière lui. Damien et moi admirions le spectacle comme deux gosses.
Le behind the scene me donne encore des frissons.

Quelles sont les pubs qui t’ont le plus marquées :

Je suis une inconditionnelle de Glazer :
Guiness surfer, ma préférée.

Le casting, la musique, la VO, les chevaux, j’en chiale.

Ce film incroyable qu’il a fait pour Cadbury, qui n’est jamais allé jusqu’aux antennes. Un Denis Lavant, élégant et effrayant. Une mise en scène poétique et diabolique.

Le dernier Glazer, (je suis une fan, j’avais prévenu) qu’il a réalisé pour l’habillage de channel 4. Une splendeur.

http://www.campaignlive.co.uk/article/channel-4-brand-refresh-4creative-dblg/1366422

Les films surréalistes de Guillaume Rebbot et Alex Saad, pour Schneider Electric.
Complétement barrés et rocambolesques. Une vraie leçon d’écriture, je trouve.

Il y a des modèles de créatifs dans la publicité ? des gens qui t’inspirent ?

Travailler avec un monsieur comme Damien Bellon est extrêmement inspirant, comme tu peux l’imaginer. Regarder travailler un mec de sa trempe c’est une leçon quotidienne.

Il m’a appris à être exigeante envers moi-même, perfectionniste dans mon travail et je trouve que c’est dans cette quête d’excellence que notre métier a vraiment du panache.

et en dehors de la pub ?
Il y a une femme que j’admire particulièrement : Diana Vreeland. Dans les années 50-60, c’est elle qui a fait les grandes heures du Harper’s Bazaar puis du Vogue. C’était une grande visionnaire. Elle a notamment lancé Richard Avedon, David Bailey et fait connaître Irving Penn au grand public. Lauren Bacall et Jacky Kennedy sont devenues des icônes, grâce à elle. Les Etats-Unis ont découvert Les Stones et les Beatles à travers ses pages. Les éditoriaux de cette époque étaient tellement plus créatifs que tout ce que tu peux voir aujourd’hui. Sa vision était sans limite. Elle disait qu’elle voulait faire rêver les lectrices, les faire voyager, « The eye has to travel ». Elle ne pensait pas aux gens de la mode mais à la ménagère qui allait ouvrir son magazine. C’était à elle qu’elle s’adressait. De la même façon, je pense que nous ne devrions pas faire de la publicité pour les pubards.

Nous créons du divertissement et c’est ce qu’il y a de plus passionnant dans ce métier : on a la chance de pouvoir toucher des gens (beaucoup de gens), de les faire voyager à travers des objets intelligents, beaux, sensibles, parfois drôles…

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?
Avant, les clients visaient les 100 000 vues sur Youtube, maintenant avec la globalisation, ils en veulent 100 millions.Il y a tellement d’émetteurs et tellement de contenus que ça devient de plus en plus difficile pour une marque de se faire entendre, mais malgré cette réalité, elles rêvent toutes d’être une Kardashian.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
J’espère qu’en étant habitué à être sollicité par autant de contenus, le public deviendra de plus en plus exigeant envers ses émetteurs. Ainsi, logiquement, les clients le deviendront eux aussi et la création sera enfin à son plus haut niveau, on top of the game ! Si tout se passe bien et selon ma logique, on sera tous heureux en 2025.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais où ?
Je ne connais qu’elle… donc je vais dire BETC. Il y a plein d’autres agences qui donnent envie (Ogilvy, Marcel, Sid Lee notamment) mais je trouve que BETC est une merveilleuse agence où commencer. Ils m’ont très vite laissé ma chance. J’ai pu bosser sur des beaux sujets assez rapidement, endosser des responsabilités et je pense que la meilleure façon d’apprendre à un bébé à nager, c’est de le fouttre à l’eau

Que dirais-tu à un team de stagiaire qui veut percer dans le milieu publicitaire ?
De saisir toutes les opportunités qui se présentent à eux. De se donner à fond sur tous les sujets, même les plus barbants. C’est sur ces petits sujets chiants qu’on a le plus de chance de se faire repérer, de sortir du lot, en arrivant à faire quelque chose de surprenant, différent. Je leur dirai aussi qu’il faut se rapprocher d’un Directeur de Création, d’un mentor. Parce qu’au final, on n’y arrive pas sans l’aide des plus grands.

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