Bonjour Laurent quel a été ton parcours dans la publicité ?
Je suis passé par Sup de Pub où j’ai passé une des meilleures années de ma vie, j’ai enchaîné avec un stage chez CLM qui s’est merveilleusement bien passé. Je suis ensuite allez faire un tour à Londres chez DDB London avec Thierry Albert et Damien Bellon puis chez Fallon où j’ai pu voir voler a 11 centimètres du sol Juan Cabral au moment où il sortait Gorilla. Mais la vie à Londres malgré ses fantastiques conditions de travail m’a vite lassé, alors quand Gilles et Jeff m’ont proposé de rentrer pour de bon chez CLM à Paris, j’ai foncé.
Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Cela va faire quatre ans maintenant que je constate les dégâts. J’ai pu assister depuis mon arrivée en agence à un changement radical du métier. Il y a quatre ans, les projets se réalisaient beaucoup plus facilement, les clients étaient beaucoup moins flippés qu’aujourd’hui. Ce qui me fait peur au fond, c’est que j’ai l’impression de répéter mots pour mots ce que certains seniors me disaient déjà à l’époque…
Tu travailles sur quoi chez clm ?
L’avantage de Clm, c’est que les budgets n’appartiennent à personne. J’ai le souvenir d’avoir même pu bosser sur de gros films Pepsi en stage par exemple.
Parle-nous de deux trois choses que tu as faites en pub dont tu es content.
Hormis les quelques prints sortis ici et là pour Airwaves, Mercedes ou Total gaz qui font toujours plaisir, l’année dernière a été une année particulièrement bénéfique pour moi. Le petit film Crying Phone pour Mars fait avec trois bouts de ficelles fut vraiment un plaisir à produire. Ensuite, il y a eu Aviva, rentrer un gros budget et se le cogner de A à Z, c’est quelque chose, même si le résultat ne fût à la mesure de mes espérances, t’as le sentiment de rentrer de l’armée à la fin, ça forme quoi.. Et puis les films Pepsi Max, c’est un peu la traversée de l’Atlantique à la nage, après avoir aligné scripts sur scripts pendant trois ans, tu n’y crois plus et puis tu te retrouves un beau jour devant la salle mythique de l’Orpheum à L.A, privatisée pour le tournage avec des grues partout… Et puis quand tu voyages et que tu vois ton film passer partout, il faut avouer que c’est valorisant.
Tu as hésité à faire de la pub ?
Lors de ma dernière année lycéenne, après pas mal de visionnages de l’émission Culture pub juste avant le film de seins sur M6, j’étais fixé.
Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, une passion ?
Oui, je fais partie de ces enfants à qui on donnait du sirop petit contre l’hyperactivité. Comme je ne dors pas beaucoup, j’en profite pour faire pas mal de choses à côté, histoire d’épanouir certains côtés que la pub ne m’offre pas. Je suis un passionné de vêtements, je collectionne et je revends sur la boutique en ligne “à chiper à choper” que j’ai créée avec mon ami Hicham Ghazaoui qui est commercial chez CLM. J’ai créé aussi le blog “where is the cool” qui est une sorte de bureau de tendance que j’alimente régulièrement. J’écris pour les Inrockuptible une à deux fois par mois sur le sujet qui me plaît tant que ça concerne les tendances et la fringue…
Tu as de la famille, des contacts proches, qui travaillaient dans ce milieu
avant d’y entrer ?
Absolument pas. Je pense d’ailleurs qu’ils n’ont jamais vraiment compris ce que je faisais, mais il continuent à me proposer du sirop…
“A chiper à choper” ça a commencé comment, pourquoi, et ça évolué comment ?
Après avoir arpenté pour la millième fois les marchés et vide-greniers du dimanche avec Hicham, on s’est juste dit que c’était trop con de laisser passer une paire de Church’s bon marché juste parce qu’elle n’était pas à la bonne taille. Aujourd’hui, achiperachoper a beaucoup de spectateurs mais peu de clients alors disons que les bénefs payent l’essence et les tickets de métro pour se rendre sur place… c’est vraiment un truc qu’on fait par passion, c’est loin d’être sérieux.
Et “Where is the cool” ?
J’ai d’abord créé le blog boducon.blogspot.com dans lequel je faisais un papier tous les deux jours sur une tendance, un artiste, un vêtement etc… puis au bout d’un an, j’ai vite compris que ce genre de sujets « niche » n’intéressait pas vraiment les français et que les internautes étaient des mecs pressés qui s’accordaient difficilement deux minutes pour lire quelque chose. J’ai donc pensé à “where is the cool”, une espèce de bureau de tendance assez prétentieux qui par une image et une ligne au dessus t’explique ce qui est bien, ce qui le sera et ce qui ne l’est pas. Aujourd’hui c’est un blog au lectorat international qui est assez respecté dans la petite sphère des sites traitant de style, c’est d’ailleurs grâce à lui que les Inrocks m’ont repéré. Sinon depuis un an, un type m’a piqué le concept et acheté le .com pour en faire une espèce de plateforme radio podcast, boutique, tendance etc… bref tout ça pour dire qu’il y a des ordures partout et lui passer le bonjour.
Tu cherches à développer ce coté journalistique ? Au point de pouvoir en vivre ?
Non, le journalisme c’est juste pour la gloire, histoire de se faire un nom dans ce microcosme. Et puis ça doit rester un plaisir, aujourd’hui aux Inrocks, je choisis mes sujets et j’écris ce que je veux, tant que j’ai cette liberté tout va bien. Si je me retrouve à en vivre mais à devoir faire des articles sur des marques à la The Kooples ou Zadig&Voltaire, je deviendrais un de ces types malheureux qui déjeune seul sur les pelouses des parc avec un jambon beurre dans une main et une Badoit dans l’autre.
Pourquoi tu lances pas une marque de fringue ?
Je pense que je suis trop passionné par l’histoire d’un vêtement pour avoir l’envie d’en créer un nouveau. Je suis plus intéressé par le conseil en tendance que je commence à pratiquer petit à petit pour des marques petites ou grandes que par la création en elle-même… J’ai toujours pris un grand plaisir à me faire pourrir par les gens sur ce que je portais puis de les voir ensuite porter ses pièces deux ans plus tard. C’est le cas aujourd’hui par exemple avec ma chemise hawaïenne, alors si je montais ma propre marque ce serait la banque route illico, je serais obligé de sortir des trucs qui vont encore cartonner cet été, une énième paire de chaussures bateau, des chemises légères à carreaux et un genre de lunettes Wayfarer, mais bon je me retrouverais encore seul sur un parc avec mon jambon beurre et ma Badoit.
Ton premier stage chez clm tu l’as obtenu comment ?
Je l’ai obtenu de façon tout à fait classique, avec mon premier portfolio sous le bras et des annonces un peu limites à l’intérieur.
Tu penses que tu aurais fais quoi si tu n’étais pas parti vers la pub ?
Pas grand chose, créatif est le seul métier où tout le monde se fout complètement de ton parcours scolaire. Le mien à été catastrophique donc j’aurai sûrement fait des frites au Mc Do, mais pas pour longtemps car comme le précise la pub qui passe à la télé en ce moment, chez Mc Donald on bénéficie tous d’une super formation qui permet de devenir très vite directeur.
Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Peut-être lors de la remise des prix du club des AD au Lido, je suis monté sur scène et j’ai vu le bout de sein d’une des danseuses.
Et le pire ?
Juste après quand je me suis retourné, j’ai vu le menton de Beigbeder.
Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Le menton de Beigbeder.
Ce que tu pensais pas faire un jour ?
Voir ce putain de menton de si près.
Quelle est, historiquement, la pub qui t’a le plus marqué ?
J’en sais rien, y en a des tonnes mais au moment où tu apprends les premiers mécanismes etc, le boulot de DDB London pour Volkswagen me faisait rêver, « l’ange gardien », « singin’ in the rain updated » bref tous ces trucs très smart qu’on voit de moins en moins aujourd’hui…
Celle que tu aurais aimé faire ?
Gorilla de Cadburry, la claque. Le truc que tu refuses d’admettre quand tu le vois la première fois. Les règles sont brisées mais il met en même temps toute la profession d’accord dans les festivals qui ont plutôt l’habitude de primer du mainstream avec des trucs réchauffés. On a souvent cette impression que c’est toujours la crème de la crème qui juge mais au final, à part deux trois bons créatifs dans le lot, la plupart sont des gros monstres de la communication complètement dépassés. C’est pareil pour toutes formes de festival d’ailleurs.
Tu as des modèles de créas dans la publicité ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
Non je n’ai pas vraiment de modèles dans la pub, même s’il y a plein de trucs que je respecte beaucoup, le film GQ de DDB par exemple est une énorme tuerie dont je ne me lasse pas. Je me tiens au courant de loin, je ne pense pas que mater l’actualité publicitaire de façon obsessionnelle soit une bonne chose pour la création.
Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais où ?
Je ne sais pas, je crois que je me soucierais moins de son image qu’auparavant, j’essaierais surtout d’analyser les possibilités qui pourraient s’offrir à moi et le cadre de vie au sein de cette même agence.
Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Il suffit d’aller voir deux trois jeunes dans la rue n’importe où dans le monde et de leur demander quelle est leur pub préférée. J’ai eu la chance de pouvoir faire l’exercice et le résultat pourrait en faire flipper pas mal d’entre nous. Il y a un désintérêt total de la jeunesse envers la publicité et il me semble que l’avenir est dans le produit lui-même et moins dans ce qu’il y a autour. D’ailleurs s’il y a une marque qui existe aujourd’hui à leurs yeux, c’est Apple et font-ils de la pub ? Non, seulement des démos de produits incroyables. C’est ce qui explique la montée en puissance des blogs et autres prescripteurs, les jeunes leur font confiance à eux car ils ne sont plus dupes. La pub va donc à mon sens perdre petit à petit son travail d’influence pour se transformer en divertissement à part entière, une façon pour les marques de simplement pouvoir dire « j’existe ».
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1 comment
Neil says:
avr 14, 2012
Excellent, surtout la fin. Très ouvert et très lucide.