cqlc julia lena - Léna Monceau & Julia Deshayes

Bonjour Léna&Julia, vous êtes en team chez TBWA, quel a été votre parcours jusqu’ici ?

Léna : J’ai passé un bac économique à Auxerre. Sans transition, j’ai fait une année aux Beaux Arts de Dijon, une MANAA et un BTS com visuelle à l’école Duperré, un DSAA design et stratégie de com à Estienne. Et enfin une petite année à l’université Paris Descartes pour y faire de la sémiologie (en me disant que ça pourrait toujours servir).

J’ai mis les pieds en agence de pub pour mon stage de fin d’étude. Là, c’est Mélanie Pennec qui m’a fait faire le tour du propriétaire. Elle m’a présenté Mathieu Vinciguerra et Olivier Dermaux qui allaient devenir mes papas de la pub. Et évidemment, ils m’ont tout appris.

Julia : Au lycée j’ai passé un bac Art Appliqués à Nancy , j’y ai découvert le design, l’histoire de l’art et la colle en bombe. Puis à 18 ans j’ai quitté ma province pour entrer à l’École Estienne, pendant 4 ans j’y ai découvert le graphisme, l’édition, la pub et Léna.

Et comme en 2011, on disait le « digital c’est génial », j’ai fait un master 2 multimédia interactif à la Sorbonne, j’y ai découvert les balises HTML, les bases de données SQL et l’envie de faire de la créa plutôt.

C’est pourquoi j’ai voulu rejoindre Léna chez Publicis et j’ai finalement rejoint Patrice Lucet et Philippe Boucheron qui partaient chez CLM BBDO. J’ai été leur assistante pendant 2 ans et demi, ça a été vraiment formateur d’assister un team aussi talentueux (je sais qu’ils vont lire ces lignes).

En plus de bosser pour nos teams respectifs avec une discipline et un asservissement sans égal, on savait qu’on voulait bosser ensemble, alors même séparées dans deux agences, on se retrouvait le soir et on travaillait notre doss’.

On s’est finalement retrouvées chez Fred & Farid, où on a commencé à faire nos armes en tant que team. Nous y sommes restée presque 2 ans avant de partir chez TBWA où nous sommes depuis plus d’un an.

Depuis combien d’années travaillez-vous dans le milieu de la publicité ?

Du coup ça fait environ 6 ans.

Avez-vous hésité à faire de la pub, vous auriez fait quoi à la place ?

Léna : Pas vraiment hésité mais ça a été comme un gros entonnoir mon arrivée dans la pub. Après mon bac ES, j’avais une vague envie d’études d’arts. Puis j’ai compris que j’avais une vague envie de design d’espace. À Duperré, j’ai pu m’essayer à plusieurs disciplines et c’est vrai que j’ai eu plus d’affinités avec la com qu’avec le reste et le design d’espace en particulier.

Et puis en com, il y avait graphisme, édition ET pub. La pub c’était un peu le parent pauvre de la section, ça faisait rêver personne. On passait 3h de cours à chercher des idées sans avoir le droit de se parler. C’était drastique mais ça me faisait marrer. J’ai décidé que ce serait la pub plutôt que le reste.

Julia : En entrant au lycée, j’avais deux passions, le dessin et l’astrophysique, et comme j’avais pas envie de m’enfermer dans une voie très spécifique telle qu’un bac Scientifique, j’ai choisi une section très généraliste : la STI Arts appliqués.
Après j’ai été pris dans le même entonnoir que Léna.

Vous travaillez avec qui et sur quoi ?

Chez TBWA, on travaille avec Ben Marchal et Faustin Claverie sur tous les budgets de l’agence : SNCF, McDo, Castorama, Burn’s&Smiles, magasins U, PMU…
On a même fait un peu de luxe avec Chloé.

Parlez nous de 2-3 choses que vous avez faites : 
Il y a le film Halloween pour l’association Burns & Smiles qui accompagne les grands brûlés et lutte contre leur isolement. Ce n’était pas un sujet léger et c’était notre premier brief en arrivant chez TBWA. On avait peur que l’idée soit difficile à accepter pour les membres de l’association mais ils ont fait confiance à l’agence et on a avancé avec eux.
Le tournage était assez dingue.
On est parti à Liège le soir d’Halloween en équipe très réduite avec un réalisateur incroyable, Nicolas Galoux et on a tourné toute la nuit. Ce qui était intriguant c’est qu’on était en train de vivre l’histoire de cet homme en direct. On voyait les gens le regarder, s’interroger sur lui, puis lui taper dans l’épaule, lui sourire. C’était une atmosphère particulière, on était à la frontière entre la fiction et le reportage.
On en garde un très bon souvenir.

Sinon récemment il y a eu la campagne McDonald’s. L’enjeu était de faire des films food différemment, en racontant des histoires touchantes autour de produits iconiques de chez McDo. C’est Martin Werner qui les a réalisé.

https://youtu.be/n0TyR2eWuBs

Et puis il y a notre premier film, qu’on a fait avec un super réal Benjamin Parent.
On en est fières parce que nos familles ont enfin pu voir à la télé ce qu’on faisait.
Et puis les dialogues ont été repris/détournés alors forcément ça nous touche quand les gens s’approprie notre travail. La consécration avec notre film détourné par les guignols

Vous faites quelque chose en parallèle de votre métier, des projets, des passions ?

Léna : J’essaye d’écrire des trucs. Des mini séries ou des moins mini séries. Pour l’un comme pour l’autre, ce n’est pas du tout la même écriture qu’en pub, ça me force à changer mes automatismes, c’est bien.
Et je fais du sport aussi.
Je milite pour la (ré)insertion du badminton dans le club des sports stylés.

Julia : Avec des copains on fait de la sérigraphie, des petits projets qui nous amusent.
Ça me fait un peu remettre les mains dans la peinture, ça fait du bien de produire des images différemment.
www.noussommesbobbywatson.com

bobby - Léna Monceau & Julia Deshayes

Sinon je milite pour la (ré)insertion de la Lorraine dans le club des régions stylées.


Dans votre métier quel est votre meilleur et pire souvenir ?

Notre meilleur souvenir c’est quand on a su qu’on était prise en team chez FF.
Ça faisait des mois qu’on bossait pour ça et des années qu’on en rêvait depuis l’école en fait.Quand Ben Marchal et Olivier Lefebvre nous ont dit que c’était bon, on était trop heureuses.

Et pour le pire souvenir, même si maintenant on en rit, c’est quand, en pleine charrette depuis deux jours sans dormir, on se retrouve dans l’appart d’un motion designer avec ses deux énormes chiens. Le motion designer nous annonce qu’il ne peut pas finir le projet parce qu’un de ses chiens vient de faire une crise cardiaque, qu’il en PLS dans le salon, et qu’il va sûrement mourir. Il était trop mal, nous aussi.
Finalement, on a réussi a finir le projet tant bien que mal.
L’histoire ne dit pas si le chien s’en est sorti.

Le truc qui vous a fait le plus halluciner ?

Quand on a pris la business class en avion pour la première fois. En vrai, c’est ouf.

On a aussi pas mal halluciné quand on s’est réveillées un matin en tournage à Marseille et que le DC nous a dit qu’on ne finirait pas le tournage parce qu’on avait un lion à aller chercher le soir-même à Cannes.

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ?

On re-regarde régulièrement celle là :

Le crétin sublimé :


Une private joke de publicitaire mais bon :
Campagne Pass the Heinz

13 heinz mad men ads all.nocrop.w710.h2147483647.2x - Léna Monceau & Julia Deshayes

Les pubs qui nous ont donné envie d’en faire :

the economist trainee - Léna Monceau & Julia Deshayes

 

oui fm nirvana small 26387 - Léna Monceau & Julia Deshayes
courtney big - Léna Monceau & Julia Deshayes

0SncfTransilienBaches01 - Léna Monceau & Julia Deshayes

Et on est fan de :

Vous voyez quoi comme changement entre vos débuts et maintenant ?

On a commencé en faisant des prints et aujourd’hui, on essaye d’écrire un film en réalité virtuelle.
Avec nos études, on pensait avoir des acquis et en fait on se rend compte qu’on doit réapprendre tout le temps. C’est assez excitant.
Les formats, les diverses technologies ont complètement changé la façon de faire du storytelling. Même si au centre il y a toujours l’idée, ce qui est rassurant, on a des milliers de façon de l’écrire.

Si vous commenciez la pub aujourd’hui, vous iriez ou ?

Ce n’est pas tant une question de pays qu’une question d’agence et de culture d’agence.
Où que tu sois dans le monde, c’est l’agence dans laquelle tu es qui importe.
C’est ce qu’elle fait de la création, ce qu’elle donne aux créatifs comme espace, ce en quoi elle croit.
Sinon, une agence au soleil.

Vous avez toutes 2 été assistante DA, il vaut mieux passer par cette case ou direct postuler en team ?

Sortant d’une école d’art, on trouve que de passer par l’assistanat c’est vraiment formateur. C’est comme un tremplin. Ça te fait acquérir tout ce que tu dois savoir pour bosser en team.

Tu es dans une posture où tu es acteur, parce que tu maquettes, tu es hyper sollicité, tu dois être flexible, apprendre vite etc… Et en même temps tu es en observation : tu vois comment le team que tu assistes prend les sujets, comment il présente les idées, comment ils interagissent avec les commerciaux, les autres créas, le planning.

Ils sont comme des parrains qui te mettent dans le bain. Après nous deux, on a assisté un seul team, donc on a crée une relation particulière avec eux, qui nous permettait d’être toujours très impliquées dans chaque projet. Et plus ça allait, plus ils nous responsabilisaient. Et surtout on a eu la chance que nos teams respectifs nous poussent à sortir de notre rôle d’assistant, qu’on évolue.

Ils nous disaient, assistant c’est bien mais pas plus de 2 ans, alors on les a écoutés.

Vous faites quoi pour changer le monde ? pour améliorer la planète.

Quand on nous briefe, on nous donne l’impression que notre campagne va changer le quotidien des français pour un monde meilleur. Heureusement, on n’a pas cette prétention.
Mais on a quand même conscience que notre travail va être vu par des milliers de gens et qu’on a un (petit) rôle à jouer.
Déjà en faisant très attention à ne pas véhiculer des clichés sexistes, racistes ou homophobes, ça passe par l’écriture, par le casting. etc.

Et puis sinon, pour les grandes idées qui changent le monde, on s’est toujours dit que ce genre de campagnes était incroyable mais que bien souvent elles ne dépassaient pas Cannes et le petit cercle des publicitaires.
Après y’a des trucs qui nous font croire que c’est possible https://www.youtube.com/watch?v=KzMx-hATKwQcomme Fearless Girl, Dove ou Les fruits et légumes moches. On ne sait pas si on en est capable mais ça nous tient à cœur d’essayer.

Et puisqu’on ne compte pas que sur la pub pour changer le monde, Julia ne se déplace qu’en vélo (presque 30km/jour, oui Boulogne c’est loin) et Léna ne prend jamais la voiture (ça n’a rien à voir avec le fait qu’elle n’ait pas son permis)

C’est quoi votre rythme en tant que team, la répartition des tâches ?

On vient toutes les deux d’un parcours « artistique » mais Léna a toujours été plus attirée par la rédaction, c’est d’ailleurs dans cette optique qu’elle a fait un détour par la case Sémiologie. Mais en vrai on est assez ambidextres : on réfléchit ensemble, on écrit à quatre mains et on maquette en chanson.

C’est assez cool d’être interchangeables. Après on a toutes les deux des petites spécialités et suivant les sujets, on sait qui fera quoi.

2 filles dans la pub en team c’est assez rare (mais pas unique), vous voyez une différence de traitement avec les teams de garçons de votre génération ?

En arrivant en stage ou en tant qu’assistante, on a bien vu qu’il manquait des femmes à la créa, on sortait d’école d’art où il y avait 28 filles pour 2 mecs dans nos classes et dès qu’on bascule dans la vraie vie, les rapports sont complètement inversés.
Mais au delà de ça, on ne s’est jamais sentie freinées parce qu’on était un team de filles, ni même traitées différemment.

C’est un truc auquel on tient : on est un team créa avant d’être un team de « meuf ».

Peut-être la seule chose qu’on regrette c’est vrai qu’on n’a pas vraiment de grand modèle historique féminin dans la création publicitaire (à part Peggy dans Madmen 😉 )

Que diriez-vous à quelqu’un qui veut percer dans le milieu publicitaire ?

La pub c’est quand même un gros sport d’équipe.
Que ce soit avec ton team ou avec le reste de l’agence, tu ne bosses jamais seul.
Alors il faut trouver la bonne combinaison de personnes avec qui travailler.
Le bon mix.

D’un point de vue plus perso, on pense qu’il faut aussi savoir être souple.
Être convaincu et savoir se remettre en question.
Être sérieux et savoir raconter des conneries.
Être tatillon mais savoir lâcher de temps en temps.

Et puis classiquement, il faut être prêt à travailler, recommencer, travailler, recommencer et ainsi de suite sans se décourager.
Et normalement, si on a le bon mix dans la bonne agence, ça passe tout seul.

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