Bonjour Jorge, tu es DA/DC chez Young&Rubicam, quel a été ton parcours ?
J’ai commencé par l’école Estienne (promo 1986) puis j’ai fait 3 ans d’assistanat dans l’agence Alice (vers 23 ans). J’assistais Philippe Saglio, j’ai bossé entre autre sur le lancement de SAAB en France. Alice était à l’époque une agence très formatrice pour les DA mais créativement, c’était pas fou.

Puis j’ai été engagé comme assistant junior chez BDDP par Antoine Barthuel, j’ai fait là-bas mes premiers pas avec Éric Helias, on est resté 14 ans chez BDDP (ex TBWA) avec un petit passage vers 1998 chez BDDP & fils puis TBWA avec Erik Vervroegen qui nous a fait revenir pendant 2 ans. Chez BDDP, j’ai croisé beaucoup de DC différents, Marie Catherine Dupuy, Jean Pierre Barbou, Jean-Claude Jouy  puis Erik Vervroegen, des façons de bosser très différentes.

On est parti chez Publicis Conseil engagés par Fohr et Bartuel puis on a retrouvé Olivier Altmann avec lequel on a travaillé pendant 3 ans. Plus récemment on a été engagés comme DC chez Young & Rubicam.
On est arrivé a la Young avec d’autres amis avec lesquels on a créé un collectif de direction de création qu’on a appelé « les Six » ( Robin de Lestrade, Gulhem Arnal, Bruno Delhomme, Laurent Bodson, Eric Hélias et moi ).

Depuis 2006 je suis DC à la Young.

Tu fais partie de quelle génération de créatifs ?
J’ai grandi avec Damien Bellon, Olivier Altmann. J’ai croisé Rémi Babinet chez BDDP qui à l’époque était en team avec Philippe Pollet-Villard.

Avec quel rédacteur as-tu travaillé au cours de ta carrière ?
Toute ma carrière je l’ai faite avec Eric Hélias.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Ça va faire 24 ans.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des passions ?
Tout tourne autour de la typo, je n’en ai jamais créé, mais ça me passionne, la typo sous toute ses formes.
Je peux aussi bien m’extasier sur un helvetica que sur un tag, ça m’obsède je photographie plein de trucs des morceaux d’affiches des autocollants etc.
Je dessine, des carnets de voyage, librement.

Parles nous de deux trois choses que tu as faites en pub :
Les premières campagnes Playstation, l’affiche avec Lara Croft en crucifix (le premier Yellow Pencil gagné par la France vers 1999). Playstation : l’accouchement (Grand Prix a Cannes en catégorie Presse)
La campagne des vétérans, shootée par Marc Gouby. Club Med évidemment. Plus récemment les différentes campagnes Surfrider.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Les débuts chez TBWA c’était génial, c’était à un moment ou l’agence faisait des trucs bien sur tout les budgets, à l’époque il y avait cette envie de faire partout à un bon niveau, les deux ans avec Erik Vervroegen pour un DA c’était exceptionnel, ça demandait beaucoup de boulot mais passionnant, il avait vraiment une vision des choses, il donnait envie. Ce qu’il te promettait, tu l’atteignais, il y avait une telle production.
Toute la campagne Club Med des portraits dans les paysages, 6 mois de boulot dans les plus beaux endroits du monde. Ca marque.

Et le pire ?
Je n’ai pas de pire souvenir, mais les grosses sessions de boulots avec Vervroegen il fallait les tenir.
Plus récemment que ça devient moins marrant, le déclin du print l’arrivé du digital même si ça m’intéresse ça me touche moins.
Puis on commence à mettre plus de temps à présenter les boulots (avec les « case study ») plutôt qu’à faire les dits boulots. L’enrobage devient trop chronophage à mon goût.

Si tes enfants veulent faire de la pub, tu leur dis quoi ?
Je m’ amuse vraiment à faire ce métier mais je les pousserais plutôt à essayer de travailler pour des choses plus pérennes. Mon père était graphiste, j’ai été marqué par le dessin et la mise en page. Quelqu‘un qui a la chance de savoir mettre en forme ses idées mérite de produire des choses qui restent. Si mes enfants étaient attirés par la création, je les pousserais vers l’animation ou l’architecture plutôt que la pub.

Tu changerais quoi si tu pouvais recommencer ta carrière
Quand je vois comment la pub tourne, j’aurais peut être pris une voie à mi carrière, dans l’univers de la 3D, l’Animation ou le Graphisme,
on voit dans ces domaines des choses super intéressantes.

Si tu commences à bosser dans la pub ton stage tu le fais ou ?
A New York chez Droga5 ou peut-être en Chine un pays qui est un monde à lui tout seul. En France, BETC, DDB ou Leg.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Club Med ça m’a marqué, on était sans client, c’était fluide, on est parti à 3 avec le photographe et son assistant pendant 4 mois. En revenant on finit même par se poser des questions sur le but de ce métier.

Quelle sont les pubs qui t’ont le plus marquées ?
Vers la fin des année 90 il y a vraiment eu un tournant avec cette mode des annonces purement visuelles. L’annonce pour la Mercedes SLK est assez exemplaire. WaterStone avec sa campagne  » The power of books « , Club 18-30 avec ses visuels de groupe à la plage ou à la piscine qui tournent à la grosse partouze.


J’adore aussi la campagne pour l’armée anglaise « Be the best » en noir et blanc ou la campagne GM shootée par Nadav Kander pour la première voiture électrique.

En film il y a ce très beau spot en noir et blanc pour la Polo ( Jonathan Glazer ) qui vante les mérites d’une petite voiture.
Le film de John West sur l’ours, toujours aussi marrant.
La série de film « The Hire » de BMW (qui a en gros crée la catégorie Cyber à Cannes). Exceptionnelle.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
Dans l’absolu il y en a plein. Je rêverais bosser avec Shepard Fairey ( Obey )
ou Jonathan Glazer ( je ne sais même plus s’il fait encore de la pub…)

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
J’espère qu’on va revenir a des choses avec plus de fond, des campagnes qui parlent de façon plus mature aux consos.
Le tout digital me gave un peu; les  QrCode, activations et autres réseaux sociaux nous poussent à faire des campagnes qui tournent à l’usine a gaz et nous déconnectent de ce qui nous entoure. Je ne sais pas comment tout va évoluer, mais je pense qu’un peu plus de fraîcheur et d’instinct ferait du bien à notre métier.