(Alexandre Girod, le CR, en gris clair, Julien Vergne, le DA, en gris moins clair)

Bonjour, quels ont été vos parcours étudiant/pro ?

Alexandre : Après une école de commerce, je débarque à l’ESP (l’école supérieure de publicité). Là, je rencontre un mec sympa, Julien Vergne. Ensemble, on se bricole un dossier et on part arpenter Paris à la recherche d’un stage. On atterrit à Boulogne Billancourt chez CLM BBDO pendant trois mois. Puis, on enchaîne avec un stage chez Publicis Conseil. On fait la rencontre de Florent Imbert et Emmanuel Lallevé. Ils nous embauchent. Folie totale. Puis, pendant quatre ans et demi, on travaille sous la houlette des nombreux et différents directeurs de création (Olivier Altmann, Véronique Sels, Frédéric Royer…). Jusqu’au jour où le téléphone sonne.

Enfin c’était plutôt sur Messenger. Benjamin Le-Breton et Arnaud Assouline, fraîchement nommés directeurs de création, nous proposent de rejoindre BETC. Re-folie totale. Et ça fait maintenant quatre ans qu’on bosse sur différents sujets avec plein de directeurs de création (Benjamin/Arnaud, Stéphane Xiberras, Jerôme Galinha, Olivier Aumard/Aurélie Scalabre, Eric Astorgue, Stephan Schwarz et il fut un temps David Soussan/Marie-Eve Schoettl)

Julien : Je suis d’accord avec Alex sur ce résumé, assez juste dans l’ensemble. Je profite de cette tribune ouverte pour révéler au corps enseignant de l’ESP que je n’ai pas fait de stage en deuxième année. En effet, j’avais trouvé préférable de signer une convention chez un ami qui avait une boîte de prod. En réalité, j’avais pris la carte Gaumont illimité. J’ai donc feint d’aller en stage mais au lieu de ça, j’allais au cinéma. Sur les Champs, Gaumont Marignan. 2 films/aprem, et ce sur un an.

Netflix n’existait pas pour info.

Jean-Claude Romand, l’adversaire, mais en version soft.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?

4 ans et demi chez Publicis Conseil et 4 ans et demi chez BETC. Du coup si on est bon ça fait 9 ans.

As-tu hésité à faire de la pub, tu aurais fait quoi à la place ?

Julien : Je n’ai pas hésité, je ne vais pas faire le couplet du mec arrivé là par hasard et par défaut. Non vraiment la pub me passionnait, et me passionne encore. Dire que je n’ai rien envisagé d’autre est faux, j’aurais adoré être pilote de ligne. « PNC aux portes, armement des toboggans, vérification de la porte opposée ». Mais avec un Bac Littéraire…je partais de loin. Du coup, je compense avec des simulateurs de vol (X-plane 11 pour être précis).

Alexandre : C’est marrant moi je voulais être pilote mais d’avion de chasse. Mais ma capacité d’autodestruction face à un exercice de mathématique m’a très vite fait comprendre que la vie me réservait une autre destinée.

Tu es ‘fan’ de quoi ?

Alexandre : Je suis un fanatique d’Arsenal et d’ornithologie. Dans les deux cas, la situation est très inquiétante.

Julien : Évidemment je suis fan de mes deux filles et de ma femme.

J’ai aussi une passion sans limite pour le cinéma. Les séries, ça m’emmerde un peu (True detective saison 1, est un long film d’une dizaine d’heure, le débat est clos). Je suis particulièrement fan des films de série B, de série Z des années 80-90-2000. Une esthétique que l’on ne trouve nulle part ailleurs, une prise de risque à chaque plan (souvent très peu payante la prise de risque mais bon), des scénarios plus fous les uns que les autres et surtout une propension à devenir culte avec le temps qui me fascine.

Bref, si Lou Ferrigno, ou Mike Abbott ça vous parle contactez-moi. Des solutions existent. 

J’aime beaucoup dessiner également… Même si bon depuis 5 ans j’ai des contraintes clients un peu reloues. Des « mandatory » comme on dit dans le jargon. J’ai travaillé dur pour arriver à dessiner assez rapidement toute la famille de Peppa Pig, puis ça a été Pyjamasks, Mickey, les Minions, et là on est sur Pat Patrouille. Et je peux vous dire que je galère avec « Ryder » actuellement.

Parlez-nous de 2-3 choses que vous avez faites :

Très jeunes, on a “samplé” les Daft Punk avec des cartes de vœux musicales. Top 10 Trend Topic sur Twitter. En vrai, hein. Pas avec l’aide d’une agence média.

Plus tard, on a retourné une canette d’Orangina. Enfin, 45 millions pour être exact.

Un peu plus tard, on a diffusé la parole sainte avec une intelligence artificielle.

A un moment, on s’est pris pour des enquêteurs de l’internet.

On a aussi fait parler Louis XIV.

On a fait baisser la productivité des entreprises françaises .

On a dévoilé le maillot du Red Star dans Google Street View.

A Noël, on a fait parler nos cœurs de daron.

Et en parlant de cœur, on a couvert ceux des supporters du Red Star.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ?

Julien : Oui, c’est important de garder une petite cour de récréation en dehors du travail, enfin avec deux enfants, on est plutôt sur une « courette ».

Un truc sans contraintes, sans « deadline », sans « ah comme ça ? moi je le voyais plutôt beige…c’est un peu hors strat mais pourquoi pas… ».

Avec ma femme, on travaille sur un petit livre illustré pour enfants, et je commence à dresser un plan de financement pour lancer une marque de fringues. 

Alexandre : Cela fait maintenant trois ans que je participe au développement d’une marque de lunette créée par deux amis https://www.instagram.com/lunettes_alf/

Je caresse le doux rêve que mes parts valent un jour des millions.

Quel est ton meilleur / pire souvenir ? 

Alexandre : Je ne sais pas si c’est le “meilleur souvenir” mais on a vécu une expérience qui fut sans aucun doute déterminante dans notre parcours. Il y a sept ans, on a participé au programme Creative Liaisons des LIA (London International Awards). En gros, tu pars à Las Vegas et tu assistes à des conférences de méga gros DC (Mark Tutssel, Nick Law…) et aussi aux délibérations des jurys du festival.

Mais surtout, tu rencontres soixante jeunes créatifs venus des quatre coins du monde. Tu es confronté au haut-niveau. C’est stimulant. On a gardé contact avec certains et aujourd’hui encore c’est motivant de voir les boulots qu’ils peuvent sortir chez AKQA Sao Polo, BBDO New York, ou bien chez Clemenger.

Meilleur souvenir : « Ahhhhhh c’est vous le pot de départ où des flèches enflammées volaient dans les airs et où des mecs à poil ont fait du ventriglisse dans les couloirs de Publicis ? »

Pire souvenir : La facture de la moquette du couloir du 5eme.

Et pourquoi pas travailler à l’étranger ?

On est très tentés. Notamment pour le fait de se confronter à une autre manière de fonctionner. On a envie de connaître d’autres méthodes, d’autres approches. De sortir du logiciel franco-français.

C’est qui votre génération ? les gens qui avancent en même temps que vous.

Julien : On a croisé plein de créatifs certains de notre génération, d’autre bien plus vieux, d’autres bien plus jeunes. Pour autant chaque team évolue différemment, chacune à son rythme. Je pense que notre génération est assez ambitieuse. On ne se contente plus du petit film sympa qui fait marrer les copains dans les autres agences.

Maintenant on est à la recherche de la grosse opé ambitieuse, dont les gens parlent, celle qui traverse l’atlantique pour se retrouver sur un plateau TV américain. Parallèlement, notre génération compte aussi pas mal de gens qui ont baissé les bras. C’est dommage, mais c’est la preuve que le métier de créatif est un marathon. Des hauts, des bas, des réussites et des regrets.

Alexandre : Parfois, je trouve que nous sommes une génération un peu schizophrène. Et je me mets dedans. On mange bio, on porte des Veja, on s’indigne de la pollution et du capitalisme mais on semble oublier que l’on travaille dans une agence de publicité. On manque parfois d’honnêteté intellectuelle. Je ne sais pas si dans les générations précédentes, on entendait dans les couloirs d’une agence “ Ah je ne veux pas bosser pour telle marque car elle n’est pas en adéquation avec mes valeurs”.

Et j’ai le sentiment que les festivals sont dans la continuité de cette schizophrénie. Dans une catégorie, on récompense une campagne qui empêche la forêt amazonienne de devenir un champ de soja pour nourrir des bêtes à viande et dans une autre catégorie on récompense une campagne qui encourage les gens à consommer des burgers à foison. Alors peut-être que c’est ça notre génération, on veut changer le monde mais en gardant nos petits plaisirs.

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques (avec les refs stp) ? 

Parallel Lines Philipps

MONTEITH’S CRUSHED CIDER : SORRY ABOUT THE TWIGS, FOLKS

VW Polo: Protection

The E.V.A Initiative

A A A A A A A A Auto Repair : FedEx

The Talk P&G

The Replacer : Call of duty Black ops 2

Tasmanian Beer

Neymarless

Les verres Amora.

http://www.gameblog.fr/blogs/mikadotwix/p_87795_l-objet-ultime-des-annees-80-19-le-verre-amora

Non ce n’est pas une blague. La moutarde c’est un produit que les enfants n’aiment pas. Puis, tout d’un coup tous les enfants ont demandé à leurs parents d’en acheter. Juste pour avoir le verre Spiderman qui va bien ! En plus, la moutarde c’est un produit que tu mets des plombes à finir. Mais là, tu as un gosse qui fait tout pour que tu finisses le pot le plus rapidement possible. C’est brillant et tordu.

Et comme si de rien n’était, les gens accumulent ton produit dans leur armoire pour faire plaisir à leurs enfants. En plus c’est sustainable car au lieu de jeter du plastique, tu collectionnes du verre. Et tu as même des gens qui les revendent des fortunes sur eBay. T’imagines dans un case aujourd’hui. Ça ferait un Grand-Prix.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ou en dehors, des gens qui t’inspirent ?

Julien : Tous ceux qui pratiquent la création avec humilité, respect, passion, talent.

Ils se reconnaîtront.

Il y a évidemment des rencontres qui changent beaucoup de choses dans une carrière. La première rencontre, la plus importante, c’est Florent Imbert & Emmanuel Lallevé. Ils nous ont fait confiance très vite. Un CDI après trois mois de stage, ça n’arrive pas si souvent, et rencontrer deux gars comme ça non plus. On a beaucoup appris grâce à eux, on s’est bien marrés dans leur bureau qui était juste à côté de celui de Tramo-Rosier.

Tramoni-Rosier, deuxième rencontre importante. Des fous ? Des génies ? Peut-être les deux ? On a eu la chance de passer 4 ans et demi à les côtoyer, à discuter avec eux dans leur bureau ; ils possèdent un stock quasi inépuisable d’anecdotes sur le monde de la publicité…toutes plus hilarantes les unes que les autres. C’est un véritable spectacle au quotidien et nous étions en carré Or. Il y a même un post-it à notre effigie dans leur bureau. Quel honneur.

Autre rencontre déterminante : Benjamin Le-Breton et Arnaud Assouline. Elle fut en deux temps. Tout d’abord, une première fois à l’ESP où ils venaient donner des cours mais surtout nous apprendre l’exigence nécessaire pour bien faire ce travail. Et quelques années plus tard, quand ils nous ont fait venir chez BETC.

Avec eux, il n’y a aucune limite. Il n’y a pas de “C’est impossible !”.  Non tu tentes. Tu te débrouilles. Tu remues ciel et terre pour y arriver, mais ça va le faire. Et au final des trucs compliqués sur le papier, comme AiMEN ou la voix de Louis XIV, finissent par sortir.

Et bien sûr, il y a Stéphane X. Mais on n’a pas besoin de redire ce que tout le monde sait.

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?

Alexandre : Quand on a commencé c’était encore très print et film au niveau des attentes et des briefs. On va dire que les choses ont quelque peu évolué même si beaucoup de sujets commencent par “Ils veulent leur Like A Girl ” et finissent avec un bon petit trente secondes des familles.

Sinon, j’ai l’impression que les agences arrivaient à briller davantage sur leurs gros comptes. Aujourd’hui, tu sens que les agences luttent plus qu’avant. Alors elles se retournent vers des petites marques plus malléables, plus facile dans le processus ou bien vers les ONG.

Julien : J’ai l’impression que notre génération était attirée par « l’histoire de la publicité » les grands noms, les grandes campagnes, les grandes agences. Aujourd’hui quand on reçoit des stagiaires, ou des étudiants, on se rend compte que très peu connaissent ne serait-ce que Bill Bernbach ou Dan Wieden… Alors ce n’est pas indispensable mais c’est quand même pas mal de connaître ses classiques avant de commencer le métier.

Un conseil pour réussir dans ce métier ?

Alexandre : C’est tarte à la crème mais il faut de la détermination. Avoir envie c’est fondamental. Avec du travail, le reste ça s’apprend. Surtout, et c’est mon second conseil, quand on est bien entouré et accompagné. C’est important de bien choisir son agence, les personnes avec qui tu vas travailler. On peut avoir de très bonnes idées mais s’il n’y a personne en face pour y croire et surtout les porter ça devient plus compliqué.

Julien :  Faites vos projets en silence, la réussite se chargera du bruit.