Bonjour, quel a été ton parcours étudiant/pro ?

Je suis née aux Philippines, où j’ai passé 14 ans avant de débarquer au collège dans le 17e à Paris. Après un Bac Scientifique au lycée international, je suis allée à l’ENSAAMA Olivier de Serres où j’étais en Communication Visuelle. Après ça, je suis allée aux Gobelins pour me spécialiser dans le digital. Je suis rentrée à Euro RSCG 4D à l’ancienne, et peu de temps après nous avons rejoint BETC dans le 10e où j’étais DA. (Où je t’ai croisé ! J’aimais beaucoup les liens du lundi !!!)

Après je suis allée à DDB à Toronto, et je suis devenue DC à AKQA à New York. Puis j’ai fait du free à 72andSunny pendant que je démarrais 2 projets persos/business/“side hustles” comme on dit, qui ont changé mon parcours de vie. Pour finalement rejoindre une startup dont je suis obsédée. Cette startup s’appelle Fishbowl, et c’est une plateforme  pour que les professionnels de la même industrie puissent avoir des conversations sur le taf de manière semi-anonyme. Je dirige la marque et la communauté.

Pourquoi avoir quitté la France/Betc, était-ce difficile, le regrettes-tu ?

J’ai quitté mon premier pays, les Philippines, à 14 ans, et je me suis jamais dit que la France, c’était pour la vie. J’ai grandi dans des milieux internationaux où au contraire, rester dans un pays longtemps est quelque-chose d’anormal. Et il se trouve qu’au bout de 14 ans France, c’est là que je me suis dit, stop, je suis 50/50 française et philippine de sang, il faut que je sois 50/50 de lieu de vie. Je ne peux pas être 60/40. C’est le moment de partir, à 28 ans. Mon côté matheux premier degré. Ha. 

Non, je suis très heureuse d’être partie. La France c’est un pays tellement génial. J’adore les français et ils me manquent, la bouffe me manque… Mais, c’est la première fois que je vis dans un pays qui est mon choix, pas imposé par mes parents. Vivre ici m’a vraiment aidé à construire ma propre identité et à me libérer de mes racines. J’avais toujours l’impression de ne pas être assez française, de ne pas être assez philippine… et ici, à New York, je suis pour la première fois “assez”. Tout le monde vient de partout, tout le monde a une belle histoire d’immigration et de recherche d’aventure. Et pour la première fois de ma vie, je me sens normale.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?

14 ans ! Mais depuis quelques mois, je suis passée côté “client”. On dit toujours ça ? Côté marque, startup ?

As-tu hésité à faire de la pub, tu aurais fait quoi à la place ?

Alors figure-toi que j’ai grandi avec mon père qui était DC dans la pub (la meuf qui n’a aucune personnalité). Il était dans une filiale de McCann aux Philippines, et je me souviens ses amis me demander, “Tu veux être comme ton papa plus tard ?” Et j’étais là, “Ah non, une vie où je dois être en réunion tout le temps à me vendre , non merci” (l’introvertie de base). Bon et finalement ça a bien décrit ma vie de DC 😓

Aux Gobelins, j’ai eu l’occasion de choisir entre faire un stage en alternance dans une boîte de design, et d’aller dans la pub. Et sur le coup, j’étais vachement plus attirée par le design. Tu te souviens à l’époque on voulait tous faire des pochettes de CD et des affiches de théâtre, et devenir Geneviève Gauckler et David Foldvari ? Lol.

Mais les emplois du temps se sont mal goupillés, alors je suis allée dans la pub. Et ça m’a plu ! Mais je me suis toujours sentie un peu “à côté”. J’ai toujours voulu faire du digital. Quand j’étais petite, je voulais faire de la programmation informatique. J’ai toujours aimé les trucs geeks et underground, et parfois l’arrogance de l’esprit pubard télé me faisait me sentir à côté de la plaque. 

Tu es ‘fan’ de quoi ? (hors pub), music, série, sport…

Ah Gregory j’étais fan de tellement de trucs avant ! J’ai enchaîné les obsessions. Gamine, tarée des jeux d’aventure sur PC, de peinture à l’huile, de hip hop, de gymnastique (je faisais de la compète). Collège-lycée, tarée des chats sur internet (ICQ), du code HTML, de volley, de rock et de la techno. En école d’art, obsédée de la drum’n’bass et de la hard-tech (lol), transitionné à la minimale, ensuite j’ai eu une phase full contact (famille de la boxe Thai)… tout ça a l’air bien cool et fun mais depuis qq années, j’ai démarré des projets persos (deux !) qui me prennent TOUT mon temps, en plus d’essayer de maintenir une vie sociale, et d’avoir un mari. Tout ça pour dire que je suis devenue une trentenaire chiante qui n’est fan de plus rien à part du boulot, d’un bon dîner avec du vin rouge pour oublier le boulot.

Tu as travaillé sur quels budgets, avec qui, dans quels pays ?  

A BETC j’ai bossé sur Evian, Orange, Air France, L’Oréal, Kenzo. C’était mes 7 super premières années. Des sites FLASH quoi ! Mes DC étaient Lauren Nuyen et Christophe Clapier.

A DDB à Toronto, j’ai bossé sur McDo et “Canadian Tire”, genre le LeRoy Merlin canadien. Mon DC était Louis-Philippe Tremblay qui avait fait plein de trucs connus digitaux internationaux, et après c’était moi la DC parce qu’il est parti au bout d’un an. Il m’a appris tellement de trucs ! J’ai eu de la chance d’avoir des super mentors.

A AKQA à New York, j’ai bossé sur Starbucks, Nike, et Verizon (genre Orange). J’avais la chance d’être avec l’ancien Global Chief Creative Officer d’AKQA Rei Inamoto, qui à ce jour demeure un mentor. 

Parles nous de 2-3 choses que tu as faites :

Verizon “Inspire her mind”, chez AKQA. Une campagne pour montrer l’absence des femmes dans le STEM (science, technologie, ingénierie, maths), avant la folie féministe dans la pub (c’était en 2014). C’était à la base un brief pour faire un mini site, et les clients avaient tellement kiffé l’idée qu’on en a fait un film télé et chopé du business à l’agence tradi. C’est ce brief qui m’a lancé sur la voie féministe activiste. Comme quoi, la pub…

Starbucks “Roastery & Tasting Room” chez AKQA aussi. 
(cliquez sur le lien pour découvrir tout le projet)

Pour le lancement du plus grand Starbucks du monde, ils avaient fait une sorte de “Charlie et la chocolaterie” du café à Seattle. On a crée plusieurs expériences mobiles démarrées à différents points du magasin. C’était cool de mixer le réel et le virtuel.

McDonald’s “140 characters of fame” (cliquez sur le lien pour découvrir tout le projet)

Une campagne UGC où on créait 1 film par jour pendant 12 jours d’après un concours de tweets qui mettait en scène la bouffe McDo dans des short films farfelus. 

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ?

Secret Code
(cliquez sur le lien pour découvrir tout le projet)

Pour aider les femmes à se projeter dans des carrières dans la technologie où il y a un manque énorme de diversité, j’ai décidé d’avoir un impact en amont. Les études montrent que les stéréotypes affectent les aspirations des enfants avant l’âge de 6 ans. Alors des collègues et moi avons crée Secret Code, un livre personnalisable où les filles se voient comme des héroïnes en technologie. Ça a gagné le premier prix par la Fondation Girlboss (récompensant le premier de mille projets d’entrepreneurs). J’ai gagné une place dans un accélérateur de startup par la fondation Rent The Runway, dont les fondatrices sont les femmes qui ont levé le plus de fonds d’investissement aux États-Unis. Et j’ai signé avec l’agent de talents WME, qui représente Oprah entre autres ! Je suis vraiment dans le fond du panier des talents ceci dit, mais c’est quand même hyper validant, surtout que ma carrière pub n’a pas été mauvaise du tout, mais pas folle dingue non plus.

Where Are The Boss Ladies
(cliquez sur le lien pour découvrir tout le projet)

J’ai crée la plus grande base de données de femmes exécutives dans la pub (avec un focus sur les USA). Nous avons plus de 1000 femmes dans la base et notre objectif c’est de donner aux femmes accès à des rôle models pour qui elle peuvent bosser, et de leur faire comprendre que oui elles sont là, et oui c’est possible de monter. Nous sommes aussi une communauté qui se rencontre tous les mois pour discuter de ce qui nous affecte. Pour l’instant, on appelle ça « Psy, rosé et networking ». La traduction passe pas du tout en français, lol !
(NDLR : ça a eu un énorme succès)

Quel est ton meilleur et pire souvenir ? 

Meilleur :

  • Pro : Les copains à BETC. C’était un peu la colo. Aller au taf et voir les copains tous les jours, que j’aimais tant, avec un boss (Laurent Nuyen) qui me donnait confiance en moi. Les pots à BETC. C’est comme ça que j’ai rencontré mon mari aussi, M. Damien Lecocq. 

Pire : 

  • Pro : Voir une amie prendre le crédit de mon boulot devant toute l’agence. 

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ? 

Les pubs qui changent les perceptions et les mœurs de manière quasi-permanente. Par exemple les Fruits et Légumes Moches ont donné un nouveau regard aux déchets alimentaires. LikeAGirl a donné un nouveau souffle à une expression toxique. Des pubs qui ne sont pas des effets de mode mais ont un but au-delà de la vente d’un produit simple, et marquent les esprits.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ?

Mince, je me rends compte que je n’ai plus vraiment de modèle. Maintenant que je suis sortie du circuit classique “DC de publicité”, j’ai un rôle un peu unique qui je crois n’existe pas ailleurs. Je suis Brand and Community Director à Fishbowl.  C’est comme si j’étais directrice de création de marque, du contenu et de la communauté en ligne, tout en faisant du relationnel avec des organismes et la presse. Je connais personne qui fait vraiment ça, donc je n’ai plus personne à émuler.

Mais sinon Mercedes Era a marqué mes esprits déjà toute jeune. Je me souviens l’avoir vue la première fois en train de faire un speech à l’agence. Elle était tellement vraie et forte. Son micro ne marchait pas. Elle parlait dedans, puis à moment dit un truc genre “Ah super, depuis tout à l’heure je parle toute seule comme une conne et personne me dit rien”. C’était la première fois qu’elle se présentait. Bon, je suis pas sure à 100% qu’elle ait dit le mot “conne” mais elle était franche et avait de l’auto dérision. J’ai adoré. Depuis, ça m’a donné confiance en mon propre style de communication direct et détendu.

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?

Cela fait 8 ans que je suis partie de France (6 ans a New York et 2 ans à Toronto avant). Avant ça, j’étais 7 ans à BETC Paris, en gros. Beaucoup de changements ! Aux USA, je me sens libre d’être ce que je veux, sans le regard ou le jugement de l’autre. C’est une culture hyper positive, qui t’encourage à apprendre de tes erreurs. Et tout ça te donne des ailes.

Par exemple, j’ai été DC plus tôt que je pensais, et ça me faisait un peu flipper. Mon boss m’a promu au bout de 3 mois au Canada. Je bossais avec des mecs plus vieux que moi qui voulaient cette promotion, dans un pays que je ne connaissais pas bien et dans une langue dans laquelle je n’avais pas énormément d’expérience. Et tout le monde était super respectueux, patient et gentil avec moi. Et je ne pense vraiment pas que ça cassait du sucre derrière mon dos. Je ne sais pas si ça ne se serait passé comme ça en France. On se foutait vite de la gueule de quelqu’un derrière leur dos quand il faisait un pas de travers. Pas ici. Du coup, ça libère et tu oses faire des trucs qui sortent des sentiers battus. Au pire, tu te croûtes et tout le monde est là “C’est pas grave ! On fera mieux la prochaine fois !” Bien sûr, ce pays n’est pas sans défaut, mais cet aspect-là rend l’esprit libre.

Tu peux envoyer un mail au toi de 60 ans, tu lui dis quoi ?  

Arrête de bosser et de penser au prochain objectif, calme toi et profite de M. Lecocq !

Un conseil pour réussir dans ce métier ?

Le business, c’est les relations. Sois pas relou, aies de l’empathie, aide les autres. Sois le bouffée d’air frais dans la journée de quelqu’un. On passe 8-10h par jour ensemble, la moitié de notre vie éveillée, et les gens qu’on a envie de promouvoir ou de mettre sur des bons projets, c’est le gens qui sont pas seulement bons, mais des gens qui sont cools. T’as plutôt envie d’aider un ami ou quelqu’un qui se la raconte, ou qui fait la gueule ? Le taf, c’est aussi gérer les projets qui partent en couilles. Si t’es la personne qui fait passer une belle demi-heure à quelqu’un qui est stressé, cette personne s’en souviendra. Et c’est comme ça que les opportunités s’ouvrent.

. plus d’infos sur : maralecocq.com/

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