(Pierre à gauche, Guilhem à droite)

Bonjour Guilhem et Pierre, vous êtes en team chez Buzzman, quels ont été vos parcours étudiants/pros ?

Guilhem : Je n’avais jamais entendu parler de publicité avant mes 22 ans. J’ai fait un Bac S en espérant devenir paléontologue. Le problème c’est que j’ai passé ma terminale à envoyer des emotisons sur MSN, à jouer à Counter Strike et à télécharger du mp3 sur eMule. Tant pis pour la paléontologie, j’ai intégré les Beaux-Arts. Pendant trois ans, j’ai pu tout essayer : peinture, sculpture, gravure… C’est là que j’ai pris conscience qu’il fallait un vrai boulot pour vivre.

Du coup je me suis tourné vers ce que j’appelais la « communication », parce que je ne connaissais que ça et que pour moi, ça se limitait à créer des flyers et des affiches (la crème de la crème étant les affiches pour Institubes ou Ed Banger). Pour faire comme So Me, j’ai rejoint l’ECV à Bordeaux. A cette époque, j’ai commencé à entrevoir l’existence d’un monde de la publicité. Pourtant, jusqu’en 3e année, j’étais persuadé de finir graphiste et de faire des étiquettes de vin dans le Médoc. Peu à peu, j’ai envisagé la possibilité d’être Directeur Artistique. Alors entre deux/trois petits boulots et un échange au Canada, j’ai obtenu un stage chez Dragon Rouge et l’année suivante chez BETC. Comme mon ancien team s’est présenté avant moi en tant que DA, j’ai été désigné CR d’office. Je n’y connaissais rien alors j’ai appris sur le tas, en me débrouillant. Et finalement j’ai adoré ça.

Pierre : Après mon bac ES j’ai passé deux années un peu chaotiques à Dijon et Lyon qui n’ont débouché sur rien. Et puis je suis tombé un peu par hasard sur un DUT orienté multimédia en Auvergne dans lequel on pouvait apprendre à coder des sites web, faire de la mise en page, de la vidéo… C’est là-bas que j’ai commencé à toucher à Photoshop et InDesign et ça m’a tout de suite plu. En deuxième année, je prends une option pub avec un prof assez motivant, M. Abramovici. Puis je continue dans cette voie avec une Licence Création Publicitaire à Nancy. L’enseignement était décevant mais j’ai pu rencontrer des personnes qui connaissaient un peu le fonctionnement des agences parisiennes.

Je finis par obtenir un stage d’assistant DA chez BDDP & Fils avec Aurore De Sousa. J’ai beaucoup progressé là-bas, auprès de DA très précis comme Aurore, Cerise Leclerc, Thomas Jouffrit, Arnaud Ibanez…
En partant, Aurore me laisse une liste de créas à appeler et de contacts en contacts je tombe sur Mickael Krikorian chez Buzzman. Il bloque sur 2-3 projets dans mon book et me propose un stage. En voyant les cernes de Victor (Sidoroff) la première fois, j’ai compris que ça allait être dur. Et ça l’a été. J’ai passé 6 mois à les assister. Avec eux j’ai beaucoup progressé en conception.

A la fin du stage, je commence à bosser avec Guilhem. Je me rappelle plus trop sur quoi mais j’avais sûrement besoin d’un coup de main en rédaction sur un bourbier de Mickael et Victor. Au final on s’entend plutôt bien et on commence à bosser ensemble sur quelques briefs. On se fait embaucher à la fin de notre stage pour remplacer Sonia Dos Santos et Julien Beuvry (partis chez DDB) auprès de Louis (Audard) et Tristan (Daltroff). Après une bonne année auprès d’eux, on finit par prendre notre indépendance.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?

Pierre : A peu près 7 ans maintenant dont 6 chez Buzzman.

Guilhem : Depuis bientôt 6 ans. J’ai rejoint Buzzman pour y faire mon stage de fin d’études. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Pierre. Georges nous a embauchés en team pour assister Louis et Tristan, qui resteront à jamais nos papas de la publicité.

As-tu hésité à faire de la pub, tu aurais fait quoi à la place ?

Pierre : Je n’ai jamais hésité car ça n’a jamais été une option, c’est arrivé un peu par hasard, petit à petit. Mais heureusement que c’est arrivé, je ne sais pas ce que j’aurais fait d’autre. Aujourd’hui j’aspire peut-être à faire plus de de design graphique, ça me titille un peu.

Guilhem :Je n’ai jamais vraiment su quoi faire. J’ai eu ma période archéologue, militaire, avocat, historien, paléontologue, peintre… Je crois que je suis toujours paumé. Si je devais choisir, j’aimerais vraiment me diriger vers les métiers de conservateur du patrimoine, de scénariste, notamment pour la bande-dessinée, ou d’écrivain.

Tu es ‘fan’ de quoi ? (hors pub : music, série, sport…)

Guilhem : J’ai un réel problème avec les bouquins. J’en achète de manière compulsive. J’aime énormément la littérature, les formes, les styles que certains auteurs déploient pour faire passer leurs histoires. Il y a aussi les bandes dessinées, dont je fais une consommation frénétique. J’ai été élevé là-dedans donc il m’est difficile de m’en passer. Idem pour l’Histoire ; c’est un truc de famille. Toutes les périodes me fascinent mais mon moment préféré reste le haut Moyen Âge. Je peux rester des heures à décortiquer les actes d’un colloque obscur sur les Croisades. J’aime toujours autant regarder « La caméra explore le temps », une émission où des épisodes historiques sont reconstitués en noir et blanc. C’est désuet à mort mais je m’y retrouve.

Pour moi, l’Histoire et l’Art sont imbriqués. Je vais souvent dans les musées, aux puces où j’achète des tas de vieilles reliques. J’aime aussi dénicher des vinyles de groupes un peu oubliés (vraiment une phrase de connard). Je m’énerve quand un morceau que j’appréciais pour sa désuétude est soudainement remis au goût du jour par un film ou une série. En terme de musique, je ratisse assez large, d’Alphonse Brown à Cororosie, mais j’ai une tendresse particulière pour les années 80 (New Wave, Funk, Rock, Chicago/Detroit House…).

Je ne sais pas si je suis « fan » de cinéma mais ce dernier a occupé une grande place dans mon développement. Très tôt, j’ai compilé les VHS, essayé de tourner des petits trucs. Jusqu’à l’option cinéma au lycée où l’on faisait des travellings sur des chariots de cantine…
Je suis un inconditionnel de Caméra Café et de Kaamelott. Dès que j’écris des dialogues, j’ai les leurs dans la tête. Je trouve que les « Les Visiteurs » est l’une des meilleures comédies jamais écrite. Et je me fiche qu’on se fiche de moi. Je me refais régulièrement l’intégrale de Scrubs et, comme pas mal de monde, j’ai été biberonné à Malcolm.

Depuis plus de 10 ans, je pratique la canne de combat. Ce n’est pas du free-fight en EPHAD, c’est une sorte d’escrime associée à la boxe française. C’est une petite fédération propice aux bouillonnements d’initiatives et pleine de gens adorables.
Hormis cela, je fais pas mal de course à pied, quelques semi-marathons de temps en temps.
Sinon, je voue une passion totale à ma région, l’Auvergne. Je dis bien l’Auvergne, pas l’Auvergne-Rhône-Alpes. Ah, et je pourrais tuer pour du Saint-Nectaire.

Pierre : J’adore la typographie sous toutes ses formes. Je respecte et j’envie beaucoup les personnes qui ont du talent pour cet art. J’aime aussi beaucoup l’illustration et j’ai une sorte de passion pour les affiches de concert. C’est un des rares formats « publicitaire » où des artistes ont une liberté totale aujourd’hui. Alors certes, elles ne servent quasiment plus à annoncer l’événement mais ça fait plaisir de voir cette tradition perdurer. Si ça intéresse des gens, il y a la librairie-galerie Louis Rozen dans le Ve spécialisée dans les arts visuels. C’est un sorte de caverne d’Ali Baba des affiches de concert psychédéliques des années 70. C’est tenu par une monsieur super intéressant, M. Schouflikir qui a toujours plein d’anecdotes à raconter concernant ses oeuvres. Je suis fan de ce monsieur. Si vous y allez, demandez à voir le sous-sol.


J’écoute aussi beaucoup de musique rock (inde, garage, psyche, surf rock…) et j’essaye de faire régulièrement des concerts.
Sinon je suis un peu le sport en général et j’essaye d’en faire régulièrement, ça fait du bien à la tête.

Tu as travaillé sur quels budgets, avec qui, dans quels pays ?  

Guilhem : Un seul pays, une seule agence, beaucoup de budgets. C’est l’avantage d’une boîte comme Buzzman qui est plus une frégate qu’un galion, qui peut manœuvrer rapidement, prendre le vent quand il le faut et attaquer sur plusieurs fronts en même temps. Je trouve ça très sain. Je pense qu’un créatif doit s’aérer l’esprit, passer d’un brief à l’autre. Cette agilité lui permet de garder de l’inspiration. Un projet en nourrit un autre. Si je devais lister les budgets qui ont compté pour moi, ce serait Burger King, Just Eat, Milka, Direct Assurance, IKEA et SOS Amitié.

Pierre : C’est vrai que les briefs sont souvent ouverts et les clients pas (trop) attitrés donc on a la possibilité de bosser sur beaucoup de sujets différents. J’ai beaucoup travaillé sur Canalplay et Burger King avec Mickaël et Victor au début, puis sur Meetic avec Tristan et Louis. Puis s’en est suivi, Ouibus, Milka, Huawei, EasyJet, Panzani et encore Burger King. On a aussi bossé sur IKEA avec Jean-Christophe Royer et sur pas mal de pitch et JustEat avec Souen le Van. On a aussi pu bosser avec Patrice Lucet et Philippe Boucheron, Benjamin Dessagne et Stéphane Santana, Quentin Kientz et Raphaël Dussud, Clément Séchet.

Mais au final aujourd’hui on bosse essentiellement en direct avec Georges.

Guilhem : Pour moi, la rencontre de Souen a été déterminante. Non seulement pour ma publicité mais dans ma façon de voir la vie en général.

Parles nous de 2-3 choses que tu as faites :

Pierre : C’est mon premier print sorti chez Buzzman, une bâche pour Burger King. A l’époque on répondait à des tweets dans certaines villes mais il fallait aussi des bâches « génériques » quand ce n’était pas possible. Je me rappelle que j’était trop fier parce que Georges l’avait partagée alors que je l’avais à peine rencontré.

Guilhem : La campagne « Ecoutez-vous » pour Burger King cette année. C’est un peu plus haut dans le discours que ce qu’on a pu faire auparavant. Tourner avec Rudi Rosenberg fut une expérience nouvelle. C’est quelqu’un qui soulève toujours la question que tu n’as pas soulevée, qui travaille dans la subtilité et le détail.

Guilhem : Les deux campagnes consécutives pour Just Eat : « Retour vers le présent » puis « Retour vers le passé ». On a rapidement noué une complicité avec Jean-Baptiste Saurel, un réalisateur brillant, plein d’idées, très dynamique — presque trop. Personnellement, j’ai pris un réel plaisir à catapulter un frigo pour défoncer des murs. J’aurais beaucoup aimé conclure le triptyque en réalisant un « Retour vers le futur » ; j’avais déjà le script en tête. Ce n’est pas grave, je laisse tout ça à Zemeckis.

Pierre : Etant un grand fan de la trilogie Retour Vers le Futur, c’était vraiment génial de pouvoir reprendre les codes de ces films et de s’en moquer un peu. Et les tournages avec Jean-Baptiste et Vincent Joncquez (notre comédien), ça reste vraiment de très bons souvenirs.

Guilhem : Le retour de la marmotte Milka. On a recréé plan par plan le film de 1998. C’était un peu une dédicace à notre enfance. Hervé de Crécy l’a réalisé. Son Oscar ne l’empêche pas d’être un mec d’une gentillesse à toute épreuve, qui garde son calme et sa volupté même après 22h de shoot en continu.

Pierre : Ce tournage pourrait vraiment rester dans les pires souvenirs. Heureusement qu’on avait une prod et un réal béton car tous les éléments paraissaient contre nous.

Pierre : La campagne print Panzani « On s’en fout ». Un sujet qui ne paraissait pas très sexy au départ mais avec lequel on a pu se faire plaisir que ça soit en rédaction ou en DA

Nous devons également mentionner notre campagne « A première vue » pour SOS Amitié. C’est l’une des rares fois où l’on a pu se mettre au service d’un projet caritatif, et ça nous a vraiment plu. Le fait que la campagne soit saluée nous a vraiment touché.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ?

Guilhem : J’ai toujours des dizaines de projets dans les cartons.
J’aimerais énormément apprendre à jouer d’un instrument mais je suis complètement nul en musique. Je suis moins mauvais en bricolage quand j’ai le temps de m’y atteler. Je bricole aussi sur d’autres chantiers : un recueil de contes auvergnats, quelques romans, une grosse critique d’art, une bande-dessinée, une pièce de théâtre, des nouvelles, des peintures… J’ai aussi l’idée d’un carnet de voyage collaboratif pour l’an prochain.

En parallèle de la publicité, je mène des études d’Histoire de l’Art. Quand je vais en amphi passer mes partiels, j’ai l’impression d’être jeune.
Mon plus gros projet est un roman historique que j’ai mis 4 ans à écrire. Je dois le soumettre aux éditeurs mais rien que ça, c’est un projet en soi. D’ailleurs, si un éditeur lit cet entretien et qu’il veut refaire la Révolution française avec moi, je l’attends.
Pour le moment je passe mon permis bateau, c’est déjà pas mal.

Pierre : J’ai quelques petits projets autour de la musique mais pas encore assez avancés pour pouvoir développer.

Quel est ton meilleur et pire souvenir  ? 

Guilhem : Je devais avoir environ 7 ans. C’était à un mariage. Je suis monté sur scène pour raconter une blague que j’avais entendu d’un adulte. Sauf que je ne m’en souvenais pas alors j’ai bafouillé un truc incompréhensible. Deux minutes de blanc ont suivi. Deux-cents personnes m’ont regardé en attendant une chute qui ne viendrait pas. Je suis redescendu de la scène dans la honte et le silence.
En ce qui concerne la pub, je me souviens d’avoir tourné sur une île déserte en Thaïlande, dans l’eau turquoise avec mon coup de soleil, mon chapeau et mon script… C’était incroyable.

Pierre : C’est vrai que la Thaïlande, c’était quelque chose. Et encore plus cool quand on t’annonce deux jours avant de rentrer que tu dois rester quelques jours de plus pour tourner du contenu pas prévu à la base.

Les pires souvenirs, sûrement les projets annulés ou les bonnes idées jamais sorties. Il y a aussi eu le jour où, après avoir bossé pendant des semaines comme non-stop sur le retour de la marmotte Milka, les commerciaux rentrent de présentation en nous disant que la piste n’a même pas été présentée et qu’ils allaient faire autre chose. On est devenus fous, Guilhem est parti se noyer dans la bière pendant que j’étais en PLS dans notre bureau. Au final c’était une blague de Georges qui avait vendu l’idée en 3 minutes. Pendant une heure c’était mon plus mauvais moment passé à l’agence.

C’est qui votre génération ? les gens qui avancent en même temps que vous.

Pierre : On a croisé pas mal de monde pendant ces 6 années chez Buzzman. On est très proches de Quentin Kientz, aujourd’hui chez CLM, Raphael Dussud, devenu réalisateur, Julie Greffier et Bastien Bouchard dont on regrette amèrement le départ chez Romance, Hanna Larue et Alice Lobel qui ont pris leur envol en tant qu’artistes. On est encore plus proches d’Antoine Moittié et Stephane List puisqu’ils partagent le bureau d’à côté. Pour les plus « anciens », on est très contents de la réussite de Clément Séchet chez Marcel qui nous a toujours soutenus et poussés chez Buzzman.
Et je n’oublie pas Rémi Dias Das Almas (Marcel) avec qui j’ai fait mon premier film TV en stage chez BDDP&Fils

Guilhem : Pour les plus jeunes, il y a Thibault Picot et Yvonnick Le Bruchec qui ont de belles idées. Nous suivons aussi le travail de Sonia Dos Santos et Julien Beuvry qui sont chez DDB mais que nous avons connus chez Buzzman. Et celui de Madani Bendjellal que j’ai rencontré chez BETC.
Sans oublier deux petits stagiaires qui démarrent juste mais ont l’air très prometteurs : Mickaël Krikorian et Victor Sidoroff.

Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ?

Pierre : Pas des classiques mais des pubs qui m’ont marqué pendant ma jeunesse, mes études… Il y a une pub en particulier qui m’a marqué quand j’étais gamin, c’est cette pub Mars avec le mec qui veut se faire moine parce qu’il s’est fait larguer. Et en arrivant devant le monastère il prend un mars et il repart. Je ne sais pas pourquoi elle m’a marqué plus qu’une autre, sûrement parce qu’elle était dans la coupure pub d’un dessin animé que j’avais enregistré, plus que pour la qualité du script.

Sinon comme beaucoup, The Bare and The Hare pour John Lewis, une des rares pubs que j’ai partagé à mes amis qui ne s’intéressent pas à la pub et dont le making of est aussi beau que le film.

La campagne « There will be haters » d’Adidas

Le film Nike « A little less hurt »

Le film viral Carlsberg + Mentos

La campagne « Thank you Mom » de P&G.

Bon ok, vous mettez une bonne musique sur des images de sportifs qui galèrent et je verse une larme.

Guilhem : J’adore le film Blackcurrant for Tango. La débauche de péripéties n’empêche pas un beau travail d’écriture. Les nombreuses imitations n’ont pas réussi à retrouver cet équilibre.

La campagne « Things Made in October » est une référence de comédie parfaitement maîtrisée. La cause cachée qui arrive en fin de film a été usée jusqu’à la corde mais, ici, c’est dosé à la perfection.

Dans le même style, toute la campagne Direct TV. C’est tellement bien écrit, tellement efficace, qu’il est difficile de ne pas y penser lors d’un brief.

Le film « Les mots » pour Orange. J’étais au lycée à l’époque où il passait à la télé ; je me souviens l’avoir trouvé très beau, plutôt raffiné entre deux spots TPS où des rennes en peluche chantaient.

Et puis : Ludovico Einaudi avant tout le monde.

Le film Under Armour avec Michael Phelps. L’exemple type de ce qu’on peut faire avec une belle musique et une belle ligne. Rien de plus. Enfin si, Michael Phelps.

La campagne XBOX « Life is short ». Pas besoin d’en dire plus.

« The Next Rembrandt ». Pour l’exploration de la pub hors de la pub et pour ma passion pour l’Art.

Le film « Rien » pour Volkswagen. Le film que j’aurais aimé écrire. Un peu de poésie dans ce monde de brutes.

Je dois citer les campagnes Orangina des années 90/2000, celles de Chabat. On essaie encore, de temps en temps, de faire passer quelque chose qui y ressemble mais c’est dur. Et toutes les campagnes prints de Leg et V à l’époque, de Gaultier, Bouchet et Dumas (de Play Doh à Canal). Plus les incontournables, toujours citées par les créas : The Economist, « Jordan 1 / Newton 0 » (Nike), même si je lui préfère « Yesterday you said tomorrow. » (Nike)

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ou en dehors, des gens qui t’inspirent ?

Guilhem : Pour être tout à fait honnête, je connais les publicités, pas les publicitaires. Il est difficile de citer des noms. Ce qui est sûr c’est que les personnes avec qui on bosse déteignent sur nous, et vice versa sans doute. Ma source d’inspiration la plus efficace, c’est mon environnement. J’aime regarder les gens, les choses, les décortiquer, les caricaturer.

Je pioche des influences chez mes écrivains favoris : Huysmans, Proust, Pierre Michon, Alexis Jenni. Leur façon d’envisager la littérature me sidère. Je pourrais ajouter Tesson, Eco, Gracq, Nimier, Rebatet, Mishima, Pratchett… Même si c’est assez ironique pour un mec qui travaille dans la pub, Philippe Muray reste une référence pour moi. J’ai également été très influencé par Jacques Pilhan, l’un des grands penseurs de la communication politique.

Je dois beaucoup à la BD et avant tout à Hergé. Son sens de l’intrigue, sa façon de glaner et de collationner les références restent inégalés. Puis il y a Juillard, Cothias, Taniguchi, Hub, Callède, Ayrolles et Guardino, Pedrosa, Nuby et Vallée, Maël et Kris et bien sûr les incontournables : Franquin, Jabobs, Goscinny, Uderzo, Moëbius, Otomo, Toriyama (tout l’esprit du Shônen Jump)… Convard est à citer pour son œuvre foisonnante. Et un petit coup d’œil à Glory Owl, une page Facebook avec quelques auteurs, lesquels ont rassemblé leurs strips acides dans plusieurs volumes papier.

La musique que j’écoute déteint aussi énormément sur moi. Elle va de Daho à Para One, en passant par Gainsbourg, Bashung, Feu!Chatterton, Daft Punk, l’intégralité de Nostalgie, de RTL2 (le son pop-rock), et un nombre infernal de BO. Chaque histoire, chaque script n’est rien d’autre que du rythme. Je n’écris jamais un script sans avoir dans les oreilles un morceau que j’ai choisi à l’avance parce qu’il reflète l’image que je veux donner au film.

Difficile de passer sur l’influence audiovisuelle. Kubrick pour son éclectisme sans faille. Il a fait de ses œuvres des canons. C’est un peu la même chose avec Spielberg. Ce qu’il a de plus pour lui, c’est d’avoir inventé l’imaginaire de tous les enfants du monde pendant 40 ans. Comment envisager notre inconscient collectif sans Indiana Jones, les Goonies, les Dents de la Mer, E.T.… ? Maintenant, c’est même carrément impossible de représenter un réalisateur sans une casquette sur la tête. Ensuite il y a Carpenter, Verhoeven, Forman, Ridley Scott, Abel Gance, Peter Jackson, Miyazaki, Jodorowsky (il faut absolument voir le documentaire sur son Dune inachevé).

Dernièrement, j’ai été très marqué par la beauté dans l’œuvre de Sorrentino. Et Call Me by your name m’a scotché. Je milite activement pour le retour de CHROMA de Karim Debbache. Très importante pour moi est aussi cette queue de comète des 30 glorieuses, des Guignols de l’Info, Les Nuls, Les Inconnus, le Splendid, des vannes pourries mais assumées, tout en ayant une exigence d’écriture. Difficile aussi d’échapper aux séries et sitcoms US. Ce n’est pas de la dentelle mais il y a un sens populaire qu’on ne peut pas négliger.

Je crois que je dois énormément à Alexandre Astier. Mon rêve aurait été de collaborer à son écriture. Plus récemment j’aime beaucoup Eric Judor. J’ai trouvé Platane très réussi et Problemos est pour moi le film plus sous-côté de ces dix dernières années.
J’essaye aussi de m’inspirer des peintres. L’ambiance que certains d’entre eux arrivent à donner, le grain, la texture, les attitudes, c’est toujours une mine d’or pour l’inspiration. Il n’y qu’à voir l’impact du Caravage sur le cinéma.
Je pourrais continuer des heures et je me fatigue moi-même. Donc je vais conclure : d’une manière générale, je puise dans des histoires ou les façons de les raconter. En ce moment, je regarde Kingdom et Castlevania — des coréens qui font des films d’époque avec des zombies et des américains qui font du manga à partir d’un jeu vidéo. Ça n’a rien à voir mais les styles narratifs sont tous deux, à leur manière, très bien façonnés.

Pierre : Des gens dont j’admire l’oeuvre dans un ordre totalement aléatoire : Dennis Villeneuve, Mucha, Wes Wilson et Bonnie McLean (malheureusement décédés à quelques semaines d’intervalle il y a peu), Herb Lubalin, Christopher Nolan, Cary Fukunaga, Malika Favre, Laura Lee (la bassiste, pas la youtubeuse), Bruce Timm (le créateur de Batman, la série animée), Lance Wyman, David Fincher, Cristobal Tapia de Veer (pour la BO de la série Utopia)…

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?

Guilhem : Une déformation professionnelle. Maintenant, je suis incapable de regarder un film, de lire une histoire ou d’écouter un morceau sereinement. Je suis toujours en train de chercher la couture, le raccord, de me demander si cette phrase est la bonne à tel endroit (ce qui est idiot parce que généralement je calque ma réflexion de petit publicitaire sur des créations colossales). Le plus gros cap a été d’avoir un bureau à nous. On a pu mettre notre musique et emmerder tout le monde. C’était super.

Pierre : Quand on est arrivés chez Buzzman, le futur c’était le digital et le social média. Alors qu’en fait notre présent (le fameux futur) c’est de faire des films et des prints, ce qu’on avait l’habitude d’appeler « la pub du passé ». Du coup je comprends plus rien.

Un conseil pour réussir dans ce métier ?

Pierre : Il faut insister, persévérer. Ne pas avoir peur d’y retourner quand on te dit que c’est nul. Il faut être super motivé, avoir envie, trop de stagiaires pensent qu’ils ont fait le plus dur en arrivant, alors que c’est là que ça commence. J’ai relu les mails échangés avec Mickaël il y a 6 ans pour le stage, je pense que je le relançais tous les 2 jours pendant 3 semaines. Et aujourd’hui, il ose me rabâcher que je suis chez Buzzman grâce à lui.
Mais ça, c’est seulement les jours où il est à l’agence, donc ça va.

Guilhem : Tout d’abord : mettre en favori le site Crisco de l’université de Caen. C’est le meilleur site de synonymes d’internet.
S’accrocher. Il est toujours difficile de voir une campagne annulée, une idée non retenue. La pub est un boulot où les frustrations sont à la hauteur des joies. Il faut persévérer, proposer toujours, ne pas compter ses heures.

S’aérer. Il faut se trouver un dérivatif. Non seulement pour ne pas finir comme un zombie à ne penser qu’à la pub. Mais aussi pour se nourrir d’influences nouvelles.
Etre curieux de tout. La culture générale est le nerf de la guerre. En publicité encore plus car il faut savoir concilier l’élitisme et le très grand public.
L’humilité. Ça semble un peu galvaudé dit comme ça, mais il y a des gens qui bossent la nuit, sauvent des vies, sont dans leur tracteur à 5h du matin. Nous on ne fait pratiquement que des blagues.
Et on est payé pour ça.
Donc du calme.

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