Bonjour, Alexandre tu es rédac chez Betc, tu es passé par quoi pour en arriver là aujourd’hui ?
Tout d’abord j’ai eu une scolarité de provincial grenoblois exemplaire jusqu’en 2nde C (math) où j’ai découvert le flipper, le Spoutnick (lait + coca), les filles et l’échec.
Du coup, re-seconde, mais avec plus de pratique que de théorie. « Ça te remettra les pieds sur terre », m’a dit mon père. Bon ben banco pour une seconde seconde. Elle sera T.
J’y ai fait des maths, de l’usinage de pièces, de la robotique pneumatique, et connu les débuts de l’informatique de poche. Cette année là, je me baladais tellement dans toutes les matières (vu que je refaisais le même programme que l’année précédente) que je suis passé en première E. Et hop, Bac E mais avec 6 en math.
Du coup impossible d’intégrer une classe prépa quelconque, donc DUT de commerce.
C’est là que j’ai découvert que je voulais être « concepteur-rédacteur » et pas chef de rayon chez Gentil-Cathiard (grosse marque d’hypermarché, maintenant décédée)

Tu as de la famille des contacts proches qui travaillaient dans ce milieu avant d’y entrer ?
Non. Je suis monté à Paris une première fois parce que j’avais réussi à décrocher une entrevue pour un stage avec Daniel Robert de chez Robert & Partners. Une sorte de Jacques Seguéla en pas pareil. A Grenoble ils étaient comme des oufs que j’ai pu avoir ce rencard. Cela-dit en passant j’ai pas eu de stage.
On dit aussi que quand Daniel Robert reçoit du monde en fin de journée, il se met dos au soleil qui se couche pour que ça lui fasse une auréole qui le transforme en Saint Jemelaraconte. Mais j’avoue qu’à l’époque j’ai pas fais gaffe.

Alors donc, premier stage chez EcomUnivas grâce à Christophe Corsand. Ensuite la grosse galère: 8 mois de stages! Et premier engagement chez Ogilvy & Mather. Claude Drouillat a aimé mon dossier et l’a montré à Bernard Bureau, qui me reçoit dans la foulée. S’ensuit une grosse négo. Bureau me propose 8000! Je ne bronche pas. Il me dit « tu ne veux pas négocier? ». Là, je luis dis « 8000 nets ». Il réfléchit et me dit « non, brut ». OK. (au fait, c’était des francs, hein…)
J’y reste 2 mois, tandis que d’autres y sont encore et y font des belles choses.
Et puis FCB de la bonne époque, et puis Saatchi & Saatchi, et puis Devarrieuxvillaret, et puis Lintas, et puis DDB, et puis Springer & Jacoby, et puis BETC.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la publicité ?
Vu que j’ai rencontré Daniel Robert, ça doit faire énormément de temps en fait.

Tu travailles avec qui et sur quoi chez Betc?
Avec des filles super, Elfie Pariente et Marie-Eve Schoettl, sur des budgets supers. Comme OXO de la française des jeux, mais le jeu était tellement compliqué, qu’il n’a pas marché. Donc en fait je ne travaille plus sur OXO. Par contre je travaille sur KWIXO, des films avec des meufs à poil. Et aussi Cuir center avec un phoque, un peu de Canal+, du Peugeot, du Monoprix, du Boursoramabanque, des prospections et je travaille aussi sur le fameux etc…

Parles nous de deux trois choses que tu as faites en pub dont tu es content?
En règle générale le moment où je suis le plus content c’est quand on trouve l’idée sur un sujet. Donc je suis content assez souvent. Après, il faut lutter pour rester content.

Sinon, un truc qui me revient, là comme ça, c’était chez Lintas, avec Christian Vouhé.
En marge du grand film Top Crunch, on a proposé une série de 6 petits films supplémentaires sur « les catastrophes de l’an 2000 chez toi ». On s’est marré de bout en bout de la chaine.

En fait les belles rencontres, c’est ça que j’adore dans ce que je fais.
Comme pour les derniers films Kwixo. J’étais en vacances quand j’apprend qu’on va tourner avec Peter Farrelly ». Un truc de dingue! Le père de Dumb et Dumber aime nos scripts!

J’y croyais pas jusqu’à la conf call où on s’est bien marré. Ensuite on reçoit la note d’intention, genre 4 pages qui se résument à « vous connaissez mes films, c’est pour ça que vous m’avez choisi. J’ai la meilleure équipe de tournage de Los Angeles, je vous promet qu’on va se marrer ». Les aléas de la vie ont fait qu’on a du arrêter net de travailler sur Kwixo. On n’a donc pas tourné avec Farrelly, mais de penser à faire les films avec lui « j’en suis content », pour reprendre les mots de ta question.
Une autre belle rencontre a été celle faite sur les films kwixo. Quand le projet est reparti Farrelly n’était plus dispo. Pas grave. On a choisit Vincent Lobelle. Une semaine de tournage en Espagne à se marrer TOUS LES JOURS matin midi et soir tard. Avec le client, Vincent, les comédiens, la prod!! Un montage ou le client nous dit: bon ben le 8 secondes on le passe en 10 et le 20 en 30. La version bonus de 3min30? Ok on la finalise. Ah, je vous ai pas dit, les gens chez nous adorent, alors on va aussi faire une version cinéma.
Une sorte de rêve, comme on n’en vit plus beaucoup.

Sinon, je chasse toujours mon lion.

Tu as hésité à faire de la pub ?
Pas un instant. C’était ça ou fort des mes techniques de commercialisation fraichement acquises, je devenais vendeur.
Certes pendant longtemps je ne savais pas vers quel avenir me tourner, mais quand je me suis dit que je voulais être créatif dans la pub, j’y suis allé à fond, donc j’ai pas eu le loisir de me poser plus de questions que ça. Alors bien sûr y’a des moments de grosse descente, de moments dépressifs, dans lesquels tu te dis que tu voudrais tout plaquer et que t’allais faire… heu… t’allais faire… merde… qu’est-ce que t’allais pouvoir bien faire? Et là le moral revient, et tu retournes à l’agence.
Par contre en tant que vendeur, je pense que j’aurais très vite voulu entamer une autre carrière. Genre créatif dans la pub.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier ?
J’ai disons des centres d’intérêts variés. Je suis assez curieux de tout. Ça me permet de mettre du concret dans tous ces vains efforts que me font faire ce métier.
Par exemple, j’ai quelques Vespas que j’ai entièrement démontées et refaites.

Ça lave l’esprit. Sinon, j’ai pas mal d’appareils polaroid parce que je ne suis pas photographe. J’aime la magie de la photo instantanée. Même ratée.
Et aussi l’informatique de poche obsolète allant de 1976 à 1989. Surtout Sharp. Ça me vient de mon passage en seconde et première scientifique. Quel aboutissement ce SharpPC-1500, tout de même!
Mon graal? Le PC-1600. M’appelle pas pour un diner con, je suis pris jusqu’en 2056.
Et puis ma voiture.

Ah et dis donc, j’allais oublier, j’ai fait des T-shirts, et puis j’ai aussi fait un livre sur les nuages que les gens peuvent acheter, bien sûr.
C’est frais, c’est poétique, c’est hyper bien écrit, c’est drôle et puis ce n’est pas si cher que ça, en fait. A l’occasion, si un éditeur, un vrai, veut m’éditer, qu’il n’hésite pas.

Avec quel DA as-tu travaillé ?
Ma première AD fut Anna Golicz, chez FCB. Elle est maintenant artiste. Puis Pauline Guiraud pendant 5 ans. Vint ensuite Christian Vouhé avec qui je suis allé chez Devarrieuxvillaret. On est resté ensemble pendant 11 ans. Pas chez Devarrieux, faut pas déconner non plus.
Là, chez BETC je suis tout seul, si tu vois ce que je veux dire, toi lecteur directeur artistique…

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Il doit y’en avoir plein mais je ne me souviens pas d’un en particulier.
En général les émotions les plus fortes sont quand un DC t’appelle pour te dire que c’est OK t’es engagé. Y’a une montée d’adrénaline… Ou quand t’as le GO du client pour faire ton film.
Et puis comme je le disais plus haut, toutes les aventures humaines intéressantes. Comme bosser chez Springer & Jacoby à Hambourg. C’était le top de croiser les idées avec des DC et des créatifs étrangers.

Et le pire ?
Les mauvaises rencontres. J’en ai eu 2. Avec le même sale con.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Rien ne m’a fait « halluciner ». Quelques étonnements tout au plus.

Ce que tu pensais pas faire un jour ?
Faire une fausse pub pour l’envoyer à Cannes et gagner un Lion avec.
Pfffff… Ben non, je l’ai pas fait, puisque j’ai pas de Lion.

Quelle est, historiquement, la pub qui t’as le plus marqué ?
C’était à Cannes, quand les agences envoyaient les juniors. On n’avait pas internet sur le Mac SE de l’agence, alors les pubs qu’on voyait là-bas, c’était quelque chose!
(quoique la meuf de Pacific j’aimais bien, mais pour des raisons autres que professionnelles). Donc c’était un long traveling bien éclairé, bien chiant sur des pains et des brioches pendant qu’en voix off un crooner chantait une chanson mielleuse bien chiante…lorsque soudain cette voix off de crooner chante la bouche pleine! Le travelling continue sur de la brioche et du pain mordu. C’était pour du pain, je crois.

Et puis un film sur la pauvreté à New-york avec la chanson de liza minelli dessus. Trop bien.

Celle que tu aurais aimé faire ?
Qu’est-ce que tu veux que je te dise?
Toutes les pubs Volkswagen de Bernbach.
Toutes les annonces The economist.
Toutes les pubs levi’s.
Toutes les pubs skittles.
Toutes les pubs drôles et absurdes.
Tous les grands prix à Cannes sauf Wrangler.

Tu as des modèles de créas dans la publicité ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
Bill Bernbach. J’ai toujours avec moi le petit livre acquis chez DDB: Bill Bernbach said
Gary Larson.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
Je ne commencerais pas la pub.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Peu importe de quelle façon il évolue. Nous, on à l’idée. Et l’idée elle s’adapte. On ne travaillera peut-être plus en team tel qu’on le connaît, un DA avec un Rédac, mais on réunira les compétences nécessaires à la faire vivre cette idée. D’ailleurs on le fait déjà.
Ça c’est l’évolution côté créatif, mais côté client, il faut sacrément œuvrer pour lui faire acheter l’idée. J’ai l’impression qu’ils ont peur.
Mais hélas la peur n’enlève pas le danger. Elle enlève l’idée.

Et si tu pouvais recommencer, tu referais les même choix ?
A moins d’être prédisposé pour un truc en particulier, comme la peinture, la philosophie, le deal, les choix se font en fonction des rencontres. Donc tout dépend des rencontres que je referai et qui m’emmèneraient je ne sais où.