Bonjour David, tu es rédac chez Betc, quel a été ton parcours ?
J’ai commencé par des études classiques de créatif : Bac C, maîtrise d’économie à La Sorbonne et DESS de marketing… Ce qui m’a logiquement mené à mon premier vrai travail : chef de pub chez Publicis Conseil. L’idée de la pub m’est venue miraculeusement quand j’étais en fin de DESS et que je ne voulais pas devenir commercial chez Xerox, Carrefour ou vendeur de portes à vérins hydrauliques (véridique) comme mes petits camarades à mèches.

C’est Robert Singer, le copain d’une copine, qui m’a eu un entretien chez Publicis Conseil, j’avais 23 ans. Quand on m’a demandé si je postulais comme créatif ou commercial, je ne connaissais même pas la différence. J’ai répondu créatif, mais on m’a quand même collé de force au commerce, rapport à mes hauts diplômes ès mercantique. Bim. Lepetit, Heineken, Vittel, Harry’s.

Cinq années de worklists et de comptes-rendus non rendus, quelques éclairs stratégiques puis, plus rien. Juste l’envie de ne pas devenir les suits que j’avais au dessus de moi. Donc, plutôt que de faire le Dirdecli dans une autre agence, je me suis fait lourder, avant de passer un été en slip à peaufiner un très mauvais dossier de créatif, plein de campagnes Tabasco et Dark Dog, réalisé en collages et découpages, sans logos ni slogans (j’ignorais alors qu’on appelait ça signatures).

C’est Stéphane Xiberras qui a eu la mansuétude de poser un regard nostalgique sur les merdiques exactions d’un ancien commercial. Enfin, surtout parce que Pascale, sa femme, avec qui je travaillais chez Conseil, le lui avait demandé. Du coup, il m’a proposé un stage chez BETC.

En tant qu’ancien commercial, ancien Publicis, stagiaire à 28 ans, je pensais qu’on allait me jeter des pierres, mais en fait non. Du coup, j’y suis encore. Après avoir un peu tourné avec des DA, je travaille aujourd’hui avec Christophe Vino, principalement, et avec Marie-Eve Schoettl, une amie blonde. Sur Canal+, Decathlon, Peugeot, La Poste, Be… Avec Christophe, on a fait cette année le film Décathlon du petit footballeur, Prix du Public au Grand prix Strat, et un autre film en POV tourné au Chili, c’était cool.

Et puis aussi des bêtises sur Canal+ avec Jean Dujardin en voix off et une campagne Peugeot avec les gens de chez Pixar. Avec Marie-Eve, on s’est marré à faire une chouette campagne La Poste en bande dessinée pour le print et dessin animé image par image en télé, le tout avec Lewis Trondheim. Et on s’est éclaté à organiser la soirée Mad Men de Noël, pour laquelle on a réalisé avec l’aide de plein de gens de l’agence un magazine ultra poilant, misogyne et décadent.

Sinon, parce que la pub ne prend finalement que 10 heures par jour (hors bières, s’entend, sinon faut compter 13 heures), je trouve le temps de faire de la musique. De la basse et de la batterie. En groupe avec Smack (le samedi soir au Réservoir, mais aussi depuis deux ans au Betc Live) on fait des reprises des eighties. Ca c’est pour s’amuser. Et en duo avec les Beautiful Brothers (ie : mon beau-frère et moi) on fait de la musique de spectacles (Anne Roumanoff et Kev Adams, des humoristes) et bientôt de comédies musicales pour enfants (Tchoupi, un pingouin). Ça c’est pour gagner de l’argent. Pour l’instant, on n’a pas encore fait de bar mitzvas. Mais on y pense (toujours pour l’argent).

Sinon, parce qu’il me reste quand même trois heures par jour (si on prend une base de 4h30 de sommeil), j’écris pour la télé. En toute simplicité, on a créé avec quelques amis une série, pour laquelle j’écris encore régulièrement, qui passe sur M6, tous les soirs de 20h05 à 20h35. Ça s’appelle SODA. Je suis aussi logiquement démangé par des velléités de cinéma. Mais on verra ça pour l’update du site en 2012.

http://www.dailymotion.com/video/xjvbpx_generique-soda_shortfilms

Ce que tu fais en parallèle (musique, scenario) ça peut remplacer la pub ?
La musique, sans doute pas. Je ne suis pas assez bon compositeur pour en faire mon métier. Cela dit, on n’est jamais à l’abri de trouver un tube interplanétaire, mais je le cherche encore. En revanche, scénariste, c’est une option envisageable. Pas facile, mais caressable. Ca ressemble pas mal à la pub, comme métier. En plus dur. Mais pour l’instant, ça reste une activité nocturne.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Sans hésiter, mon Lion d’Or pour la campagne Belvita. Ah, on me dit que non, en fait. Bon alors peut-être banalement des souvenirs de tournages, genre bloquer des rues à Downtown LA, ou d’aller chez Pixar à San Fransisco, ou encore tourner à 3000 mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes. Mais je me dis qu’une hôtesse de l’air pourrait en dire autant. Alors peut-être la fois où j’ai enchainé six comètes impériales au babyfoot. C’est le genre de moment qui n’arrive qu’une fois dans une carrière.

Ce que tu pensais pas faire un jour ?
Filmer des types déguisés en épis de blé dans une cuisine madrilène. Check.

Quelle sont les pubs qui t’ont le plus marquées ?
Il y en a deux. Elles ne sont pas toutes neuves, mais elles m’ont donné envie de faire de la pub. La première, c’est “the power of flowers” d’Interflora. Simplissime, implacable, hilarant. Pas un mot, et juste l’impression que les mecs ont résumé en trente secondes un truc aussi banal et universel que “c’est quand même sympa d’offrir des fleurs à une fille”. La seconde, c’est le film Levi’s Odyssey, avec le couple qui court à travers les murs. là, c’est pour la réalisation autant que pour l’idée. Illustrer « Freedom to move” avec une exécution aussi poétique, portée par une musique qui coupe plus le souffle qu’un paquet de clopes et une volée d’escaliers, ça donne un film qui est presque trop beau pour être de la pub. Ça j’aime.

Celle que tu aurais aimé faire ?
Indéniablement la pub Axe avec le mec sur la plage et le million de filles en bikinis qui courent vers lui. En tant que comédien, s’entend.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? des gens qui t’inspirent ? pourquoi ?
A part Stéphane Xiberras et Rémi Babinet ? Non, je vois pas.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
Je ne commencerais pas la pub aujourd’hui. No Sir.

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?
Quand j’ai commencé chez Publicis il y a 13 ans (13 ans ? fuck), j’avais le droit de fumer à mon bureau.

Et tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Internetblablablaintégréblablabladigitalblablacyberblablablafindelapubtraditionnelle…