Bonjour Olivier tu es CR/DC chez BETC Paris, quel a été ton parcours ?
J’ai passé un bac économie (un Bac B comme on l’appelait à l’époque) où je me suis plutôt ennuyé. Après le Bac, j’ai essayé la Fac pendant quelques mois et je me suis vite aperçu que ce n’était pas pour moi. J’ai alors passé un BTS communication et actions publicitaires où j’ai gouté à la pub. L’approche était plutôt marketing et commerce avec un tout petit peu de création. C’est ce qui m’a attiré le plus.

A la fin du BTS, je me suis inscris à Sup de Création (l’école n’avait que 2 ans à l’époque) vers 1995. A cette époque, il n’y avait même pas encore d’ordinateurs dans l’école et je ne crois pas me souvenir qu’Internet existait. C’était le début du téléphone mobile pour tous. Bon j’arrête ça fait vieux con… ;-) Mais au bout d’un an, à la fin de mon premier stage chez Devarrieuxvillaret avec Laurent Piérard, nous avons eu rapidement une proposition d’embauche. L’agence n’existait alors que depuis 2 mois. J’y suis resté 5 ans à peu près. De stagiaire à Rédac, à CR junior confirmé (j’y ai pendant cette période, travaillé avec David Ariyel, directeur artistique, belge, sorti de Saint Luc Tournai).

Pour évoluer, nous quittons l’agence qui nous a connu tout petits et nous allons chez Leagas Delaney Paris Centre. Nous y restons 1 an et demi à peu près.
Je rencontre ensuite Hugues Pinguet avec qui on a fait quelques free-lances et avec qui ça colle tout de suite en terme de conception. Nous nous sommes mis à démarcher les agences tout les deux. On a fait 6 mois de free lance puis DDB nous a engagé pour bosser sur des budgets sur lesquels on a finalement jamais bossé ;-) On était hyper motivés, prêts à y passer toutes nos nuits et nos week-ends. On a tout de suite essayé de bosser sur VW, en prenant les briefs du vendredi soir que personne ne voulait et en déposant une pile de maquettes le lundi matin sur le bureau du DC. On prenait tout ce que les seniors laissaient, c’est à cette époque que nous avons réussi à sortir une campagne VW pour l’ESP (correcteur électronique de trajectoires) qui a eu quelques prix et des shortlists à Cannes.

C’est cette campagne qui nous a donné un peu de visibilité et de crédibilité. On est passé team confirmé à ce moment là. En interne chez DDB on était identifié comme une bonne équipe, les commerciaux voulaient bosser avec nous, ce qui est généralement bon signe ;-) enfin j’espère…
Puis, avec Hugues, on bosse sur les Championnats du Monde d’Athlétisme.
Lion d’Argent à Cannes pour le film. Énorme souvenir ! Premier Lion, ça fait quelque chose d’inoubliable. Un grande claque.

Puis le budget VW est transféré de DDB à .V. On nous propose de suivre le budget. On accepte volontiers. Nous étions très curieux et très motivés pour aller bosser pour Christian Vince. Un mythe. On arrive alors avec le statut de créatifs séniors chez .V.

Chez .V. on a vécu une première année exceptionnelle (on a sorti 21 films la première année) avec beaucoup de prix (entre autres pour les «Prix Ridicules» de VW et la campagne Golf Wembley).

Seconde année moins dorée pour nous chez .V. L’agence voulait se consolider et rentrer de gros budgets.
On commence à s’ennuyer un peu alors on regarde ce qu’il se passe ailleurs. On rencontre alors Stéphane Xiberras de BETC.
Super belle rencontre. Humainement ça le fait tout de suite et créativement on est sur la même longueur d’ondes. Avec Hugues on voulait monter en puissance. Prendre des plus gros sujets, avoir plus de moyens pour nos projets, monter sur des créations de niveau international.
Fin 2005, on arrive chez BETC. On fait un Lion de bronze au bout de 3 mois sur Peugeot (GPS Road signs – Navteq On Board), ce qui rassure pas mal.

On bosse sur la prospection Loto que l’on gagne. On fait un gros film Veolia.
Puis on bosse sur Canal+ (notamment avec la campagne des 20 ans des Guignols). Du Peugeot également, et pleins de pitches…

Et on bosse sur eBay, compétition que l’on rentre et on fait la campagne de l’achat d’espace vendu aux enchères. Consécration, on attrape un Yellow Pencil au D&AD. On était comme des dingues. Par contre rien à Cannes.
Comme quoi…

Puis, les choses évoluent dans mon esprit. J’ai envie d’autre chose. Le besoin d’avancer. Envie de goûter à un autre métier. Stéphane me laisse ma chance et je passe DC chez BETC. Grosse, grosse, grosse pression. Ce qui m’intéressait le plus c’était le travail de groupe. Faire bosser des plus jeunes les aider les faire évoluer, partager des idées. Se battre pour des idées qui ne sont pas forcément les miennes je trouve ça hyper motivant. La mutation n’a pas été simple. Surtout quand on passe DC dans une agence qui vous a connu simple créatif, surtout vis-à-vis des camarades. Bref, dur au début. Mais au bout de quelques mois, je crois que tout le monde a eu confiance. Les juniors, comme les séniors. Aujourd’hui je bosse avec tout le monde, sans apriori. J’aime partager, échanger, avec tous les créatifs. Honnêtement c’est un boulot exaltant, et enrichissant. Quoi de mieux que d’apprendre des autres ?

Il y a des prix que tu désires ?
Je n’ai jamais eu de Lion d’Or. Que de l’argent pour l’instant. Le Gold à Cannes ça reste la grosse référence (ndlr : il a tout de même 9 Lions). Je pense qu’il faut viser le Black Pencil ou le Grand Prix à Cannes, c’est le summum. Je ne les aurais sans doute jamais mais rien que d’essayer, ça force à être meilleur.
Après, je ne cherche pas à faire des prix pour faire des prix mais plutôt à développer des projets et des idées qui soient innovantes, étonnantes, parfois utiles, quelques fois reconnus. Les prix iront avec.
C’est d’abord du travail, pas un concours.

C’est quoi tes meilleurs souvenirs ?
Le premier Lion. Un truc dingue. Les coups de fil le soir même. D’abord des rumeurs. Puis les larmes, la joie. L’aboutissement de beaucoup de travail.

Et le pire souvenir ?
M’être fait sortir de réunion par le patron de la marque VW (chez DDB) qui m’a dit que j’étais habillé comme un jardinier.

Et ce que tu pensais ne pas faire ?
Mettre un jour des chemises.

Tu as des passions ?
Oui la publicité, je le dis parce que pour faire ce métier, il faut être passionné, je passe plus de temps avec la pub qu’avec n’importe qui d’autre. Ma femme peut en être témoin…

Et le skate alors ?
Il y a 10 ans un pote m’a ramené une planche de longboard de San Diego, une des premières. Depuis je suis accro.
J’ai aussi fait 10 ans de karting de 10 à 20 ans.
Et j’ai joué 4 ans Outside Linebaker en défense dans une équipe de foot US.

Quels sont les pubs qui t’ont le plus marquées ?
Beware things made in October pour FOX SPORTS, The TAP WATER Project pour UNICEF de Droga, Gatorade Replay l’année dernière.
Et beaucoup d’autres (des films Guiness et des films Johnny Walker… surtout le plan séquence sur l’histoire de Johnny Walker) et aussi des films NIKE qui disait « Et si on traitait tous les sportifs comme on traite les skateboarders ?”)

Avec qui aimerais tu travailler un jour ?
J’ai une grande admiration pour Ivan Zacharias, Daniel Kleinman et Ringan Ledwidge.
Sans oublier Spike Jones (je me souviens d’un film Adidas ‘Hello Tomorrow’ fantastique)

Et je suis bouche bée devant le travail de David Fincher

Tu as des modèles de créatif dans la pub ?
Je suis impressionné par Droga et Bogusky, la manière de penser qu’ont ces mecs, de se dire que le terrain est beaucoup plus grand qu’on le pense. Une bonne idée ça peut venir de n’importe où, des RP, de l’événementiel, d’un objet…
Ce sont eux qui ont inventé la catégorie Titanium. Ils ont fait et font avancer ce métier.