Bonjour Olivier, tu es redac chez DDB, tu es passé par quoi pour en arriver là aujourd’hui ?
Après un DUT Communication option publicité, j’ai fait quelques stages (BETC, BDDP, Synergie et EURO RSCG GBHR) et finalement, ai été embauché chez Grey (en 1996). Puis, je suis passé chez Alice, qui à cause de différentes fusions est devenue Lowe Lintas Alice, puis Lowe Alice et enfin Lowe. Et depuis novembre 2004 je suis chez DDB.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Je suis embauché depuis 1996 mais je travaille depuis 1995. J’ai eu la chance de faire des stages où je bossais pour de vrai en étant payé pour de faux.

Tu travailles avec qui et sur quoi chez DDB ?
Avec Mathieu Névians. On bosse principalement sur les prospections. Donc quand elles rentrent, cela nous donne d’autres terrains de jeux : AGF (Maintenant Allianz), MINI, FFF, entre autres, ou sur des budgets classiques de l’agence : L’équipe, Bouygues Telecom et/ou J&B, etc…

Parle-nous de deux trois choses que tu as faites en pub dont tu es content.
La toute première campagne primée, la première année de ma carrière : Vizir avec les Simpsons. Sinon, il y a aussi Leclerc, même si on n’a jamais rien gagné, des films pour Calvé (le nom européen d’Amora) et le Répertoire de Mathieu pour Bouygues Telecom.

Mais l’émotion la plus forte, c’est lorsqu’un jour, ma mère me racontait qu’il y avait une pub à la télé qui la faisait beaucoup rire; une pub dont j’étais l’auteur. C’était « le facteur » pour Club Internet. Ce fut un moment vraiment agréable de voir ma mère se marrer en me racontant une pub que j’avais conçue.

Tu as hésité à faire de la pub ?
Non. J’ai toujours voulu en faire. C’est la pub avec le tabouret qui chante et danse le flamenco pour Préparation H qui me faisait tordre de rire… J’avais 6 ans. Et lorsqu’ensuite, ma mère m’a expliqué ce que sont les hémorroïdes : re-crise de rire.

Tu fais quelques chose en parallèle de ton métier, une passion ?
Oui, je suis intervenant à l’ECV (Ecole de Communication Visuelle) où j’essaie de donner un peu de « culture » publicitaire aux jeunes pousses. Mais mes passions sont aussi ailleurs.

C’est quoi ces autres passions ?
Passion est un trop grand mot. Mais je suis assez fan de vins, cigares et foot. Un vrai mec à l’ancienne.

Tu penses quoi des nouvelles générations de l’ECV ?
Techniquement, certains étudiants sont assez bluffants. En revanche, en ce qui concerne une culture publicitaire, pourtant indispensable, c’est assez effrayant. J’ai l’impression qu’aujourd’hui en agences, les étudiants entrent sans connaître la direction de création, les créatifs ou même les campagnes. Pas seulement les étudiants de l’ECV, bien entendu, et c’est assez déconcertant. Je me demande si un étudiant en mode qui entre chez Chanel ne connaît ni Lagerfeld, ni Christian Dior ou la marinière de Jean Paul Gaultier ??? Ça veut dire qu’aujourd’hui, les étudiants pubs ne sont pas passionnés par leur futur métier.

Ton premier stage, tu l’as obtenu comment ?
Pour valider mon DUT, je devais faire un stage. Je suis entré chez BETC. A l’époque, j’avais montré le dossier à Alain Picard et Richard Zimmerman.

Tu as toujours travaillé avec Matthieu Nevians, tu l’as rencontré comment ? Sinon avec quel DA as-tu fricoté ?
En fait, j’ai travaillé avec Mathieu chez BETC, lors de mon premier stage et 10 ans après, on s’est remis ensemble. Pour ce stage, il y a 10 ans, il était déjà chez BETC en stage et le trafic nous a fait bossé ensemble. Pur hasard donc. Sinon, j’ai travaillé avec Mathias Gaillard, Caroline Nammour et Laurent Chéhère.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Gagner un Lion à Cannes. C’est quand même l’aboutissement d’un très long travail. Sans parler de la fête qui suit. C’est mémorable.

Et le pire ?
Sur un tournage, le client nous demande de virer les figurants qui se trouvent en arrière plan, parce que trop gros et laids. Donc, je me dirige vers le 1er assistant, qui arrête le shoot. tout le monde voit que je lui parle, le réal nous rejoint et me demande ce qu’il se passe, pourquoi on arrête le plan. J’explique. Le 1er assistant se dirige vers « les gros » et les installent au fond du plan, cachés par les autres. La scène se déroule devant plus de 150 figurants, plus l’équipe technique, grosso modo 200 personnes. Tout le monde comprend donc ce que je viens de demander. Le 1er revient pour me dire qu’en 30 ans de carrière, c’est la chose la plus humiliante qu’on lui ait demandé de faire. Et moi donc.

Quel est le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Ce n’est pas une anecdote qui me concerne mais à laquelle j’ai assisté. Ça se passe chez Grey, dans le bureau du trafic. Un rédac avait fait un film pour slim fast. Tournage aux US pour la France. Seulement voilà, le son se faisant à NY, la prod demande à ce qu’il soit là, puisque personne ne parle français là-bas. Donc, chez Grey, les commerciaux demandent à ce qu’il parte à NY en urgence pour le mix. Le trafic refuse, parce que trop de boulot à Paris. Grosse compet’. Le ton monte, ça hurle. Une voix s’élève parmi les gens présents, et en plaisantant je dis : « puisqu’il faut qu’il soit rentré vite, vous n’avez qu’à l’envoyer en Concorde. Il sera de retour super vite. »
Les commerciaux sortent du bureau. Je discute avec la trafic et le rédac. On se marre en repensant à la scène. 10 minutes plus tard, le téléphone sonne. Un commercial : C’est bon, on lui a pris un billet sur le Concorde. Il part dans 3 heures. Et voilà, comment ce mec s’est retrouvé à faire un aller Paris-NY en Concorde et retour en première (il n’y avait plus de place dans le Concorde pour le retour).

Quelle est, historiquement, la pub qui t’a le plus marqué ?
Pas une pub, mais l’ensemble de la campagne Guinness « Good things come to those wait ». Message hyper simple, mais quelles exécutions ! Surfers, noitulove, snails, the dreamer… Je tuerais pour faire ne serait-ce qu’un de ces films.

Celle que tu aurais aimé faire ?
Surfers de Guinness, justement. Rien que la voix-off : Tic follow toc follow tic… Putain, c’est bon!

Tu as des modèles de créas dans la publicité ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
Pas vraiment des modèles mais beaucoup de respect pour leurs travaux. Surtout des teams qui bossent sur des sujets pas évidents et qui arrivent à en faire de beaux objets. Tag Heuer de Nöe/Holden, Virgin Megastore de Babinet/Pollet Villard ou plus récemment, Sony et Cadburry de Juan Cabral. Parce que ces campagnes restent des références publicitaires, au-delà de leurs secteurs.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais où ?
BBH, Fallon, Crispin ou en Argntine. Ils sont quand même assez dingues là-bas.

Tu penses que le milieu va évoluer ? De quelle manière ?
C’est certain. Maintenant comment, j’en sais rien. Le digital, c’est très bien, mais l’écart entre ce que l’on voit à Cannes et ce qu’on fait est encore trop grand. Il faut que tout le monde bosse.

Et si tu pouvais recommencer, tu referais les même choix ?
Non. Je pense qu’après BETC, pour mon premier stage, j’aurais tenté l’étranger. TBWA Chiat Day, Fallon, BBH… Histoire de travailler dans une culture où le client a un profond respect pour la création publicitaire.

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