Bonjour Souen, tu es DA chez Marcel, quel a été ton parcours ?
J’ai suivi une scolarité chaotique à Toulouse: absentéisme record, exclusions ou autre conseil de discipline. Après avoir terminé mes exercices d’éducation civique, je passais mes heures de colle à dessiner, ce qui m’a aidé à obtenir un Bac littéraire option Art Plastique.
Une fois diplômée, j’ai voulu intégrer une école supérieure d’Art Appliqués publique : je n’avais pas les moyens de payer une école privée et je ne voulais pas faire de crédit. J’ai d’abord cherché sur Toulouse, puis j’ai élargi mes recherches sur toute la France : au vu de mon dossier, ma candidature était automatiquement refusée. J’ai fini par être admise à St luc de Tournai en Belgique en section publicité: la seule école supérieure publique qui voulait bien de moi, la seule aussi qui ne regardait pas les dossiers scolaires.

C’est là que j’ai commencé à bosser : les cours essentiellement pratiques m’intéressaient et les professeurs m’encourageaient, ce qui faisait une nette différence avec mon cursus général. Une autre différence : le climat belge. Venant de Toulouse et habituée à traîner dehors, il faut dire que la pluie et le manque d’attractivité de la ville me poussait à rester chez moi pour travailler.

En 3ème année, j’ai dû chercher un stage : le premier et dernier de la formation. Nicolas Chauvin chez Marcel m’a pris sous sa tutelle, non pas qu’il trouvait mon dossier exceptionnel mais parce qu’il aimait mon composite fait en cocotte en papier.
Après 5 semaines de stage, Anne de Maupeou m’a proposé mon 1er contrat. Je ne suis donc pas retournée à l’école ; je n’ai donc pas eu mon diplôme et je ne l’ai pas regretté. J’ai été l’assistante de Nicolas pendant plus d’un an : il m’a beaucoup appris en direction artistique. En parallèle, Eric Jannon et Dimitri Guerassimov m’ont formé à la conception. Je me suis mise en team avec Romain Galli, un autre assistant DA et j’ai sortie mes premières campagnes. Un an plus tard, je me suis mise en team avec Martin Rocaboy et j’ai sortie d’autres campagnes.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
10 ans.

Tu travailles avec qui et sur quoi ?
Actuellement, je travaille seule sous la direction de création de Georges Mohammed-Cherif.
Je voudrais rester chez Buzzman, mais pas toute ma vie, aussi écrire des scénarios, ou des BD.

Parles nous de deux trois choses que tu as faites :
Évidemment, je suis assez contente des 2 campagnes « Les Grands Discours » pour les Éditions Points ; un long travail de direction artistique et de conception qui a été reconnu par la profession.

Il y a aussi l’opération « Putpockets », pour les Editions points. Une idée assez simple sur le brief « Comment générer du transit au stand Points pendant le Salon du livre ?». Ce projet nous avez beaucoup amusé à l’époque : nous avions casté plusieurs magiciens professionnels spécialisés dans les tricks tels que subtiliser des montres, des portefeuilles…

L’opération « Prenez Position » pour Abolition.fr/Ensemble Contre la Peine de Mort, qui fût une expérience super intéressante : surtout quand on a découvert les réactions des gens lors de l’installation…

La campagne « Les Oiseaux » pour France 24 : un film d’animation assez excitant autant pour son propos (le rôle d’une chaîne d’info internationale sur les réseaux sociaux pendant la révolution arabe) que par la direction artistique (j’ai toujours rêvé de faire un film d’animation). La campagne presse que j’ai aimé faire pour les mêmes raisons avec un plus car j’ai participé aux illustrations.

Il y a aussi «La Contrexpérience» pour Contrex ; qui fut un succès populaire avec quelques 25M de views.

Enfin, j’ai une tendresse particulière pour le projet « Velcro Posters » pour Coca-Cola, New Grip Bottle : ce fut ma première campagne.

Enfin, il y a la campagne INTERMARCHE – SUGARDETOX réalisé en 2016. Avec la création d’une gamme de crèmes dessert au chocolat en portions individuelles avec un taux de sucre dégressif pot après pot. Ce programme en 6 étapes permet de s’habituer progressivement au goût moins sucré : les plus gourmands pourront ainsi commencer avec un dessert ayant 5 % de sucre en moins, puis 10 %, et ainsi de suite jusqu’à atteindre – 50 % de sucre pour les plus courageux. Une campagne de promotion 360° aussi bien à la télévision, radio, affichage et presse.

Tu as gagné beaucoup de prix (Lions à Cannes, Clios , Young Guns, ADC, Andy, Eurobest, Epica, Club des DA) C’est important ? Quelle ta position vis à vis des récompenses publicitaires ?
Je mentirais si je disais que les prix n’étaient pas importants: ça permet d’accéder à des briefs plus intéressants, ça permet de se faire remarquer, ça permet d’être plus libre… Personnellement, ça m’a aussi permis de prendre un peu confiance en moi. Après, ce n’est pas tant une volonté de gagner des trophées pour gagner de trophées (surtout au vu du design peu esthétique de la plupart des statuettes), c’est plutôt une histoire de faire du travail de qualité.
Et ça va de soi qu’il faut bosser pour faire de la qualité. A mon échelle: ne pas s’arrêter aux 1ère idées, faire des essais de DA, briefer, débriefer encore et encore jusqu’à ce que ton illustrateur/photographe/retoucheur/monteur/etc te déteste. Et bien sûr, à l’échelle collective car une belle campagne reste le fruit d’un travail d’équipe: entre autres DC, commerciaux, achat d’art, TV prod, etc…

Tu as hésité a faire de la pub ?
Oui, j’aurais aussi bien pu m’orienter vers le stylisme, la photographie, la sculpture, la peinture… Je ne sais pas si ça aurait marché pour moi dans ces domaines mais ils m’attiraient tout autant voir plus que la pub.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des centres d’intérêts ?
Oui, j’aime bien voyager.
Après 2 tentatives de Tour du Monde avortées à cause de mon travail, je suis partie en juin 2015 dans le Nord de l’Asie, et j’ai fais la Chine, Moscou, le Japon, les Philippines et le Tibet.
J’ai d’ailleurs une petite anecdote, quand j’étais en Chine, alors que j’étais au milieu d’une assiette de nouille un concepteur rédacteur m’a proposé de venir travailler avec lui en France.
Sinon au quotidien, quand j’ai le temps, j’aime bien faire des expos, faire de la peinture, du dessin…

Ma page instagram d’illus : https://www.instagram.com/peopleihavemetillustration/


Tu as annulé 2 tour du monde ? c’est un métier trop chronophage ?

Je ne sais pas si on peut définir ce métier comme chronophage: j’imagine que cela dépend des créatifs et du rapport qu’ils ont avec leur profession. Me concernant, je suis passionnée par mon métier et comme toute passion j’y consacre énormément de temps (merde, ça ressemble à un sujet de ‘confession intime’…). J’ai annulé à 2 reprises ce projet car j’ai eu des opportunités professionnelles que je ne pouvais refuser en tant que jeune AD qui n’avait pas fait grand chose…

Aujourd’hui, c’est chose faite, j’ai réussi à faire mon voyage tant attendu. Et je pense prendre le temps tous les sept ans d’en refaire un autre. Mon prochain voyage serait surement l’Amérique latine.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
La campagne Sugar Detox, car elle m’était fin à trois ans sans prix.
Et toujours les Grands Discours ma première campagne.
Mais aussi le jour, on l’on a accepté que mon chien vienne à l’agence. Aujourd’hui c’est un peu la mascotte de Buzzman.

et le pire ?
Les déceptions : certains retours client; les tests; les compétitions; les festivals, aussi l’insatisfaction personnelle, on voudrait toujours faire plus. Enfin le fait de trouver des concessions entre les budgets et le timing parfois trop court.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ? Ce que tu pensais pas faire un jour ?
Faire une pub avec un strip teaser pour Contrex, « mon partenaire minceur ».

Quelle sont historiquement, les pubs qui t’ont le plus marquées ?

Whopper Sacrifice

UNICEF USA: UNICEF’s Tap Project

Buenos Aires Independent Film Festival: Bon Jovis

Clarence ad for Buenos Aires Independent Film Festival

Levi’s Odyssey

The Independent – litany

Bud Light Real Men of Genius

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ?
Ayant appris à ses côtés, je dois dire que Anne de Maupeou est un peu ma référence…
Mais aussi Nicolas Swanigrapht et Tim Volker.

Avec qui aimerais tu travailler (créas réal photographes illustrateurs…) ?
Dans l’absolu, il y en a plein mais pour en citer quelques-uns : Jonathan Glazer , Spike Jones et Ringan Ledwidge pour les réals, Erwin Olaf et Guido Mocafico pour les photographes. Enfin, La Boca pour les illustrateurs.

Tu vois quoi comme changement entre tes débuts et maintenant ?
Le nombre de catégorie à Cannes a été multiplié par 2.
Et puis avant les DA faisait principalement l’esthétique et le CR cherchait le concept ; aujourd’hui ça n’est plus du tout le cas. 
Et enfin, avec le digital et le productising on peut toucher pratiquement tout le monde avant c’était plus difficile.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Plus de bannières, moins de quarts de page?

Que dirais tu as un team de stagiaire qui veut percer dans le milieu publicitaire ?
Je leur dirais de tout faire pour bien s’entourer, intégrer de très bonnes agences où il y a de très bons DC et de très bons teams seniors qui pourront leur filer des conseils avisés. Chercher des idées sur différents médias (print, TV, digitale, ambient,…)

Se démarquer de leurs congénères en:
– Ne faisant pas une énième campagne print pour des préservatifs ou pour de la super glue.
– Se présentant de manière créatif. Voir son composite, son site,… comme des briefs en soi.

Apprendre à parler anglais.
Vite.

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