Bonjour Babette, tu es rédac/DC quel a été ton parcours ?
Côté études, plutôt fantaisiste : École Normale Sup, Psychologie à la fac, Stylisme de mode, dessin, PNL et linguistique. Côté agences, j’ai eu un parcours encore plus biscornu. Deux grandes américaines et un groupe italien à Milan (Mc Cann Erickson, Masius Mc Manus et ODG). Puis, départ pour Paris et retour à la case départ. J’ai quitté l’Italie DC et je suis redevenue CR en France. Bref, j’ai fait ma carrière à l’envers. Mais je me suis vite rattrapée. J’ai redémarré par des free et après un passage par la case Delacroix-Gervasi, j’ai fait le tour complet du groupe EuroRSCG : Ecom, Belier, Eurocom, EuroRCSG, Synergies. Puis, j’ai lancé ma propre agence, « A Contrario », la première agence virtuelle en France. Une super idée à l’époque. Mais les annonceurs n’étaient pas prêts pour une telle révolution. Ils se disaient intellectuellement emballés, mais ils n’osaient pas s’engager sérieusement. Ils ne me proposaient que des coups ponctuels. J’ai donc décidé de la transformer en Avanti, une agence qui ressemblait à toutes les autres. Qui, bien évidemment, a super bien marché. De vrais contrats, y compris trois gros budgets RATP. Bref, le bonheur parfait pendant quelques années.

Et puis, la grosse connerie : j’ai donné des parts à mon associé qui est passé de 1% à 49%, histoire de le motiver à la développer davantage. Quelques mois plus tard, nous avions davantage de clients, mais plus du tout d’harmonie. Après une classique bagarre de couple, nous avons divorcé. J’ai eu des propositions, mais, après avoir gouté à la liberté, je ne me voyais pas réintégrer en agence. Et encore moins de reprendre un associé. J’ai écrit un roman, je suis devenue free, j’ai prospecté des petits clients en Italie et en France, j’ai enseigné la Com à l’IUT, fait des interventions, été jury à Sup de Pub et dans d’autres d’écoles, etc
Depuis je suis DC virtuelle.

Depuis combien d’années travailles-tu dans le milieu de la publicité ?
Beaucoup trop.

Tu as hésité à faire de la pub ? Qu’est ce qui t’as donné envie d’en faire ?
J’écrivais, je peignais, je dansais, je jouais au théâtre, et j’étudiais la psychologie. Pourquoi hésiter à faire les mêmes choses pour du fric ?

Tu travailles avec qui et sur quoi maintenant ?
Je travaille avec mon réseau de supercréatifs sur une grosse prospection. Mais chut ! Si on la gagne, elle sera signée par une grande agence.

Parles-nous de deux trois choses que tu as faites en pub qui t’ont marquée.
Ma carotte n’étant pas la gloire, mais la passion, ce qui m’a marqué dans la pub, ce sont les moments forts. Ou les rencontres. Donc pas deux-trois, mais des milliers. Comme quand j’ai tourné avec Vittorio Taviani à Rome. J’étais toute petite créative et lui un immense réalisateur. C’est là que j’ai appris que plus on est grand et plus on est humble. Ou la première rencontre avec il « maestro » Federico Fellini, qui, méprisant la pub, a refusé de tourner notre spot. Mais qui s’est laissé séduire quelques années après en reconnaissant qu’un spot de pub c’est un genre à part entière. Le jour où j’ai rencontré Philippe Michel, chez lui, avec mon DA. Il a été tellement aimable et positif, que, troublée, j’ai renversé ma tasse de café sur sa nappe blanche immaculée. Et aussi le soir où Jean-Paul Baudecroux s’est levé excité, maquettes à la main, pour les montrer à Max Guazzini. Bingo, les trois films et les quatre annonces acceptés ! Ca faisait plusieurs fois que l’agence se faisait jeter par le Client et, en reprenant le bébé, j’avais fait du hors piste. La fois où j’ai fait gagner à l’agence le budget Bauer, en concevant des communiqués radio pendant que tout le monde s’était cassé en week-end.

Plus récemment, le lancement de Macadam, un magazine pour les SDF pour lequel j’ai travaillé jour et nuit, à l’œil, sans budget, avec des délais de malades et juste avec un DA. Je me suis clonée en multipliant les bras et les casquettes jusqu’à épuisement. Mais quel plaisir de voir les ventes s’envoler et de pouvoir donner un sens à mon travail ! Je pourrais rajouter la rencontre avec Benoît Devarrieux, aussi fêlé que bourré de talent. Ou dernièrement celle avec Nicolas Bordas, le PDG au double hémisphère, le gourou visionnaire qui s’implique autant dans le virtuel que dans le réel. J’ai la tête remplie de moments magiques. Mais aussi de moments très durs. Comme la fusion d’Ecom avec Bélier, la première de cette série qui a laissé des cadavres sur la route qui va de Neully à Puteaux, de Puteaux à Levallois, à Suresnes, etc. Ou le moment où j’ai fermé mon agence et j’ai pleuré comme si je venais de tuer moi-même mon bébé. Et mon deuxième homicide, quand j’ai pris la décision de tourner la page et d’arrêter mon projet du Jour Sans Pub, au quel je m’étais consacrée corps et âme pendant 3 ans. Mais bon, des années plus tard, j’ai eu le bonheur de voir que je ne m’étais pas trompée.

Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier ?
Je peins, j’écris, je me partage entre a France et l’Italie. Et je vis.
J’ai deux blogs : lejoursanspub et puisquemoije. J’anime aussi un groupe sur Facebook avec la fidèle Olivia Van Hoegarden.
Mais mon projet le plus prenant et le plus chronophage (3 ans demi déjà) c’est « le kit de survie du publicitaire » qui sera publié en avril 2012 chez Eyrolles.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Les réunions en France. C’est le seul pays où on passe autant de temps à perdre du temps.

Le truc que tu pensais pas faire un jour ?
Passer une journée entière à faire un casting de fromages.

Quelle sont les pub qui t’ont le plus marquées ?
Difficile de faire un choix. Allez, comme ça me vient : En print, les légendaires : Lewis,  Volkswagen, The Economist, Mamie Nova et les chipies Kookaï à l’époque de Philippe Michel, la saga Eurostar de Leg. Et la cultissime Myriam.
Maintenant les spots : l’humour dans la série « happiness » d’Amlet,

http://www.youtube.com/watch?v=oC5JYFOMz18

L’impertinence de Perrier dans les années 80,

L’émotion du superbe spot de la femme et le lion de JP Goude en 1989,

La drôlerie de » Eyebrow dance » pour Cadbury Dairy Milk,

L’intelligence psychologique de » Heineken-frigo »,

L’idée de « Lost generation », un vrai régal pour un rédacteur,

L’idée superbe de Tipp-Ex « A hunter shoots a bear! »

Mais aussi la saga Evian, le zizi graffiti de TB pour Aides, les logos a gogo de Logorama, etc.

Tu as grandi avec quelle génération de créatifs ?
La génération où tout était encore possible.
Dans le groupe, je n’ai croisé que des gens touchés par la grace divine : Xibé, Valérie Chidovsky, Pascal Grégoire, Christophe Coffre, Nicolas Taubes, Jean-Claude Davallan, Patrice Dumas, et bien d’autres encore. Certains parmi eux sont devenus free, comme Alain Terzian, d’autres sont devenus chanteurs et  auteurs-compositeur comme Vincent Pambaguian, d’autre réalisaters comme Antoinette Beatson et Damien Perret . Et aussi peintres, photographes, scénaristes, écrivains. Comme quoi, si tous les chemins menent à la pub, l’envers est aussi vrai.

Tu as des modèles de créatifs ?
Je n’ai pas de modèles, mais des gens que j’apprécie. Là aussi, la liste est longue. Je vais citer les premiers qui me traversent l’esprit, sans trop réfléchir. Les visionnaires et les rebelles : Bill Bernbach, John Hegarty, David Droga, Devarrieux première version, et Gabriel Gautier. Et aussi les images de Vervroegen et la plume de Valérie Chidlovsky. Le duo Dominique Marchand et Jean-Michel Alirol, toujours excellents, quoi qu’ils fassent.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
Si j’étais maline, je me ferais engager par BETC, DDB, TBWA, etc. et je travaillerai uniquement dans le but de gagner des prix. Je ferais partie d’une « famille » et je resterai très tard le soir pour tisser des vrais liens devant une bière. En réalité, je suis un électron libre qui n’obéit à aucune règle. Donc, je répèterais exactement le même scénario.

Si tu devais donner un conseil à un team de stagiaire pour percer dans le métier tu leur dirais quoi ?
D’attendre la sortie de mon bouquin ;-)
(« le kit de survie du publicitaire« )

Tu vois quoi comme changement depuis tes débuts ? Et tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Aujourd’hui il y a moins de fric, les consommateurs sont devenus plus critiques, les agence frileuses et les annonceurs trouillards. Les années d’or de la pub, ceux que j’ai vécus, sont derrière. Tout a changé et ça va encore changer. Alors, on remet les pendules à zéro, on décloisonne les métiers, on se transforme en Shiva et on invente le futur. La pub a tout à réinventer. Je trouve que c’est un challenge passionnant pour les nouvelles générations tant qu’elles continuent de croire à la force de la créa et des idées.