Bonjour Patrice tu es redac chez Publicis tu es passé par quoi  ?
Mon parcours, c’est deux années de fac d’anglais foirées, puis un IUT de pub, et ensuite Sup de Création à Roubaix comme pas mal de créatifs. Ensuite, j’ai commencé chez BDDP&Fils, je suis passé quelques mois chez feu Bates, je suis revenu chez BDDP&FILS.
J’ai ensuite suivi Altmann chez Conseil pendant 3 ans, que j’ai quitté un an pour aller chez CLM. Avant de revenir une nouvelle fois bosser avec Altmann à Publicis.
Puis en 2012 je retourne chez CLM avec Philippe Boucheron.

Comment as tu réussi à rentrer chez BBDP&fils la première fois
En montrant mon dossier. J’ai commencé en CDD de 3 mois, comme rédac volant, puis en CDI. C’était une agence qui donnait une chance aux jeunes créatifs, et leur faisait confiance très rapidement. On se marrait bien.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la publicité ?
11 ans.

Tu travailles avec qui et sur quoi chez Publicis ?
Je travaille avec Philippe Boucheron , mon nouveau DA depuis un an et demi.. On travaille principalement sur Renault, Orange, Stihl, etc.

Avant Philippe avec quel autres DA as-tu fricoté ?
J’ai d’abord travaillé avec Volker Gehr, puis avec Charles Guillemant.

Parles nous de deux trois choses que tu es content d’avoir faites
Dans tous mes boulots, je garde une tendresse particulière pour la campagne BMW X3, qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui m’avait permis à l’époque de franchir un pallier.

Sinon, dans les sujets plus récents, j’ai adoré faire notre dernier film Orange « Hussards », parce que je voulais bosser avec Bardou-Jacquet depuis des années. Et puis c’est un vrai film historique, avec costumes, chevaux, cascadeurs, artificiers… gros kiff donc.
Y a aussi le petit film Jechange.fr, dans un registre moins hollywoodien, mais plus grinçant.

Tu fais quelques chose en parallèle de ton métier ?
Je suis un dj frustré, un dj de salon. Donc je cherche des perles, des petits trésors. Je creuse, je découvre, je classe, et je continue et je continue. Je suis capable de passer ma vie à faire ça. Tomber sur un sous-sol rempli de vinyls comme DJ Shadow dans Scratch, c’est un peu mon fantasme.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Y en a beaucoup. Les potes. Les rencontres. Les conneries. Pour faire mon vieux con, on rigole moins maintenant, on s’emmerde un peu.
Sinon, les prix évidemment. Les premiers, qui soulagent: « finalement, je suis peut-être un peu fait pour ce métier. » Et puis quand on t’annonce que t’as gagné un gros gros truc, et que tu marches 10 cm au dessus du sol pendant 3 jours.

Et le pire ?
Chaque fois qu’un chouette projet te claque entre les mains. On connait tous ça mais impossible de s’y habituer. Mais à part toutes ces petites désillusions, j’ai pas vraiment de souvenir très dur, je suis du genre optimiste.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Un paquet de réunions surréalistes avec des clients tous gris en costumes gris qui pensent en gris. Des cafards. Et le nombre de commerciaux qui sont dans les agences par hasard, sans passion et sans conviction.

Ce que tu pensais pas faire un jour ?
Bosser pour un grand pétrolier et devoir vendre du bonheur et du sourire, juste quand le groupe est empêtré dans des polémiques sur ses liens avec des dictatures, sur ses pollutions inavouées… ça fait mal au cul et t’as un goût amer dans la bouche. Ou l’inverse.

Quelle sont, historiquement, les pubs qui t’ont le plus marquées ?
Le premier exemple qui me vient en tête c’est une campagne d’accroches d’une rare intelligence pour la chaine américaine ABC et la télé en général : « Without a tv, how would you know where to put the sofa ? » « Before TV, 2 world wars. After, zero. » « If TV’s so bad for you, why is there one in every hospital room ? ». C’était en typo noir sur fond jaune ABC. Simple et implacable.

Celles que tu aurais aimé faire ?
Y en a tellement… Le Honda « Hate something, change something » m’avait mis une grosse claque à l’époque. C’était le retour de l’animation, c’était simple, frais, ça paraissait tellement fun. Tout ça en dehors des codes classiques de la bagnole.

J’aurais adoré faire également le grand film Budlight Institute. C’était drôle et ambitieux, une grande blague grandiloquente. J’en ai encore la chair de poule quand je le regarde. Peut-être parce que c’est pour de la bière, j’avoue.

L’année dernière, j’ai pris ma grosse claque avec le Gatorade Replay.

Cette année, c’est le Nike « write the future » qui me fait halluciner. Normal quoi.

J’adore aussi le format .wwf que Jung Von Matt a créé pour remplacer le .pdf.

Et puis le Santa’s forgotten letters pour Coca : un peu sirupeux je le conçois, mais c’est quand même une très belle idée (par Ogilvy Brésil).


Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? des gens qui t’inspirent ? pourquoi ?

Dans l’ensemble, les gens qui durent dans ce métier, qui savent se réinventer. Pas les one shot.
Sinon, Hegarty. On l’a rencontré à Cannes, ce type est un monument et pourtant il ne se la raconte pas. Il est humble, malicieux, la grande classe quoi. Droga aussi pour son audace, sa volonté d’emmener ce métier plus loin, de le transformer.
En enfin, parce qu’heureusement y a pas que la pub dans la vie, j’admire ceux qui se donnent un destin hors du commun, comme l’exploratrice Alexandra David-Néel, ou Andy Kaufman par exemple.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
Pas en France si j’avais le choix. Là où je pourrais m’amuser le plus possible, et expérimenter plus de choses.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
Faudrait qu’on puisse retrouver le rôle de conseil qui s’est perdu (En France en tout cas). Se faire un peu plus plaisir aussi.
Et puis, à mon avis, de la même manière que nos idées ne s’arrêtent plus au print et au film en aval depuis longtemps, elles pourront être utiles plus en amont chez les clients. La créativité a sa place dans tous les domaines.
Prendre un brief, c’est bien, anticiper et avoir une vision pour la marque avant la marque c’est mieux : Trouver de nouveaux territoires ? Proposer de nouveaux produits ? Mettre son nez dans la R&D ? Bref, moins subir ses clients et ne pas se contenter d’exécuter. Evidemment, je ne vais pas aller proposer des plans de voiture que j’ai dessiné avec mon petit crayon à Renault ; mais je pense que si un annonceur est intelligent, on peut lui prouver qu’on peut lui être utile différemment. C’est une évolution possible.
Ok, ok, c’est un peu utopique mais sans un minimum de naïveté, faut pas faire ce métier.

Ce qui va être intéressant dans le boulot en ce moment, c’est qu’on n’a jamais eu autant de bonnes raisons d’être curieux et d’apprendre : il faut aussi maintenant être planner, scénariste (dans le sens de storyteller), RP…

Voilà, pour résumer, je dirais donc que l’avenir c’est le minitel.

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