Bonjour Philippe, tu es DA chez Publicis, quel a été ton parcours ?
J’ai fait 3 ans d’études dans une école de graphisme, ensuite des stages pour au final me faire engager au début des années 2000 comme assistant.

Tu as hésité à faire de la publicité ?
Pas trop en fait, depuis tout petit je dessinais et j’aimais bien raconter des histoires, et j’adorais regarder les pubs à la télé presque autant que les films qui suivaient.
De toute façon je ne me voyais pas bosser toute la journée dans un bureau gris avec un costume gris, et vu que les études et moi n’étions pas trop copains, le choix s’imposa assez vite.

Depuis combien d’années travailles-tu dans ce milieu ?
Je bosse depuis plus de 10 ans maintenant.

Avec qui et sur quoi travailles-tu  ?
Je travaille avec Patrice Lucet depuis plus d’un an et demi chez Publicis Conseil, on bosse sur Renault, Orange, et Stihl-Viking, etc.
Ce qui est bien dans ce genre de grosse structure c’est que lorsque l’un de tes projets passe tu as les moyens de tes ambitions, chose que je n’avais pas dans mon agence précédente. Avec de plus petits budgets, et des marques beaucoup moins connues à l’international.

Vous vous êtes rencontré comment avec Patrice ?
On ne se connaissait pas du tout mais je savais qu’il cherchait un DA et je lui ai envoyé un petit mail pour me vendre (sans aucune équivoque je précise). Dans la demi-heure il m’appelait, et au bout de 30 secondes je lui balançais une vanne sur le fait qu’il allait le soir même au concert d’ACDC.
Ça partait déjà sur une bonne base, pas musicalement en tout cas.

Avec quel rédac as-tu travaillé dans le passé ?
J’ai bossé avec Jean-Noël Guy pendant 4 ans chez Scher-Lafarge, et plus de 2 ans avec Nicolas Poillot, un directeur artistique comme moi chez H (une super expérience). C’était bien de mêler nos deux univers complètement différents, en plus on est devenu vachement potes, c’est un mec super talentueux qui est en train de faire un super boulot avec son collectif de photographes JSBJ.
De toute façon je ne veux travailler qu’avec des gens sympas, je garde un souvenir mitigé de mon premier rédac avec qui je ne m’entendais pas forcément super bien. On fait un métier difficile et stressant donc autant bosser dans la bonne humeur, et de ce côté là avec Patrice on s’est bien trouvé.

Parle-nous de ce que tu es content d’avoir fait :
Je suis super content d’avoir fait 2 campagnes d’affichage pour la carte Imagine’R et surtout la première avec Grems c’était chouette de voir tous les murs du métro tapissés avec cette campagne, c’est bien dans ce métier de pouvoir concilier quelquefois une démarche arty avec la publicité et en plus qui t’oblige à une vraie réflexion en terme de direction artistique.

Je suis aussi super content d’avoir fait dernièrement un film Orange avec Antoine Bardou-Jacquet (un réalisateur avec qui je voulais bosser depuis très longtemps) et surtout de faire un film en costumes d’époques et avec des scènes de batailles. On avait vraiment l’impression de tourner un long métrage et du coup plus du tout une publicité, on était même frustrés de ne pas pouvoir au final en faire un vrai film de cinéma.
Je me rappellerai toujours le 1er jour du tournage quand on a vu dans la plaine tous les figurants costumés en hussards du 19e siècle, avec Patrice on était comme des gosses.

Tu fais quelques chose en parallèle de ton métier ?
Ce qui est difficile avec ce métier c’est qu’il a tendance à prendre beaucoup de place dans ta vie, on ne peut pas rentrer chez soi et le laisser au bureau. J’essaye de me préserver mais ce n’est pas évident.
Pour m’aérer la tête j’aime bien courir ou faire de la boxe.
Sinon ma grande passion c’est le design américain de la seconde moitié du 20eme siècle , j’en collectionne mais à une petite échelle.

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
C’est cette année, quand Rob Schwartz, le directeur de création de TBWA /CHIAT/DAY, à cité notre film JECHANGE.FR comme l’un de ses films préférés de l’année et avec une réelle chance de lions à cannes (dommage on a juste été shorlisté). Mais ça fait quand même super plaisir quand le boss d’une des 5 meilleures agences au monde trouve que votre modeste travail est bien.

Et le pire ?
Ça va je n’ai pas de traumatisme dans ce métier, ça reste quand même un métier super ludique et honnêtement il y a vraiment pire.
S’il faut retenir un truc négatif  et là je ne vais pas être trop original, c’est la grosse déception quand une de nos campagnes n’est pas retenue.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Ce n’est pas trop original, mais c’est le dédain qu’ont certains clients pour les agences, on a l’impression qu’il savent mieux faire de la publicité que toi, c’est à ce demander pourquoi ils font appel à nous.

Ce que tu ne pensais pas faire un jour ?
je suis cinéphile, et un de mes réalisateurs préféré est Olivier Assayas. Depuis toujours je suis fan de son cinéma et bien avant Carlos.
On l’a interrogé dernièrement sur un film, et nous avons passé une heure avec lui, et je n’ai pas été déçu. Ce type est d’une intelligence et d’une modestie rare, donc ce qui est quand même fabuleux avec ce métier c’est qu’il te permet rencontrer des gens que tu admires.

Quelle sont les pub qui t’ont le plus marquées ?
Même si je suis DA, j’aime beaucoup les campagnes de mots, je suis toujours bluffé par les campagnes intelligentes où tu te dis que tu n’es vraiment pas grand chose par rapport aux créatifs qui les ont trouvées.
C’est pour ça que j’ai une affection particulière pour la campagne pour la chaine de télé américaine ABC, elle est d’une simplicité exemplaire et tellement juste.

Il y a aussi l’annonce Nike : Mickael jordan – Isaac Newton, elle a presque 20 ans mais elle est toujours aussi bien, pour moi on n’a jamais fait mieux en print.

Et en film, l’Odyssey de Jonathan Glazer pour Levis , une vrai claque visuelle
Le cog de Honda, un véritable ovni.
Et pour finir le Replay de Gatorade, un petit chef-d’œuvre que seul les américains savent faire.

As-tu des modèles de créatifs dans la publicité ? Des gens qui t’inspirent ? Pourquoi ?
Il y a énormément de gens pour qui j’ai du respect dans ce métier, John Hegarty pour tout ce qu’il a apporté. David Droga qui est un vrai visionnaire et qui est en train de faire changer le métier. Sans oublier Jeremy Craigen.
En France je pense à Remi Babinet qui sait construire sur le long terme de vraies marques et Gabriel Gaultier qui a une vraie démarche sincère dans ce métier et qui n’en démord jamais. Et pour finir je dirais que je respecte infiniment tous ceux qui arrivent à durer en se remettant sans cesse en question.

Avec quels créatifs aimerais-tu travailler ?
C’est une question difficile, il y en a tellement. Il faut juste que la personne soit investie et passionnée.
Mais si je devais juste citer deux noms ce serait Jonathan Glazer pour les films et Alex Soth pour la photographie.

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais où ?
Je trouve qu’actuellement en France on est un peu plombé par la législation, qu’on ne s’amuse pas beaucoup et que l’on s’interdit beaucoup de choses.
Donc j’essayerais d’aller en Australie, ou l’on voit par la qualité de leurs travaux qu’ils n’ont pas du tout la même approche que nous, c’est beaucoup plus spontané, on sent une manière vraiment différente d’appréhender les sujets.
Bref ça ne se prend pas au sérieux et en plus c’est vachement bien, et ma foi le cadre de vie n’est pas mal non plus.

Tu vois quoi comme différence entre tes débuts et maintenant ?
La disparition du minitel.

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
J’ai l’impression que les créatifs vont de plus en plus se diriger vers du storytelling et fabriquer du contenu pour les marques.

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