Bonjour Pierre-Arnaud, tu es Rédac Free-lance quel a été ton parcours ?
J’ai fait la grande école de la vie, RSCG Campus lancée par Jacques Séguela qui venait nous raconter une histoire pourrie qui ne faisait marrer que lui tous les mois. Une belle idée en soi car tous nos profs bossaient en agence et nous parlaient de cas et de budgets réels.

Au bout de deux ans, Campus a fusionné avec Sup de Pub. Je me retrouve donc, dingue, avec un Master en communication et en Marketing. Un Bac +5… en trois ans.

Ah oui, j’ai aussi un diplôme en marketing et communication de la Nottingham trent University. Ca fait classe. Très sympa Nottingham, la ville avec le plus fort taux de criminalité d’Angleterre depuis que Robin des Bois est parti.

Depuis combien d’années travailles tu dans le milieu de la publicité ?
Ouh là ? Tu comptes les stages ? Mes premiers étaient chez DDB où j’ai appris le métier plusieurs étés de suite dans le bureau de Holden et Noël puis dans celui de Sophie Duponchel et Bernard Naville. à la fin des années 80. J’y ai aussi appris à jouer au mini ping-pong et à faire des batailles d’eau sur plusieurs étages.

Sinon, je suis entré en stage chez Euro RSCG Kolebka Huard en 1994, agence qui a fusionné avec Euro RSCG Fichard D’Allens Roussel et Coutureau pour devenir Euro RSCG Grégoire Blachère Huart et Roussel. Simple. Au bout de 10 mois, Pascal Grégoire m’a proposé de m’engager comme rédacteur junior. Donc, pas loin d’une vingtaine d’années à naviguer en eaux troubles.

Ensuite, Lintas puis Ammirati Puris Lintas puis Lowe Lintas puis Lowe Alice puis Lowe. Et Bates ensuite. 8 agences en 3.

Tu as de la famille des contacts proches qui travaillaient dans ce milieu avant d’y entrer ?
Ma belle-mère Elisabeth Coutureau qui est désormais chez TBWA Corporate. Et tous ses collègues de l’époque (Eric Tong Cuong, Christophe Lambert, Marie-Catherine Dupuy) que je voyais bosser avec elle, le soir à la maison, à inventer le planning stratégique à la française

Tu as hésité a faire de la pub ? Qu’est ce qui t’as donné envie d’en faire ?
C’était soit la pub, soit devenir chef en restaurant. Mais je me suis vite rendu compte qu’aller à Rungis à 5′ du, euh, très peu pour moi.

Ce qui m’a donné envie ? La pub Manpower avec la musique de Phil Collins et les nuages et les mecs avec des casques en argent. Et l’idée de raconter des petites histoires, des tranches de vie en quelques secondes. Et Fruité avec Michel Platini, aussi.

Tu travailles avec qui et sur quoi en Free?
Avec pas mal d’agences parisiennes, des petites, des grosses. Je bosse sur des films, de la presse, de la radio (j’adore la radio), du viral, du buzz, un peu de tout. Si besoin… pagman@free.fr

Parles nous de deux trois choses que tu as faites en pub qui t’ont marquées
Mon premier prix en radio, un Coup de Cœur Coup de Pub Strat RTL. J’avais l’impression d’avoir un Lion d’Or. Que je n’ai jamais eu mais ça va, j’arrive à vivre quand même.

Une semaine de tournage en Italie sur un Riva sublime pour les Escargots Lanvin. Bosser avec Pascal Chaumeil et essayer de faire de la bonne pub, même sur Signal. Et les tournages Sveltesse en Afrique du Sud avec Christian Raibaut quand il choisissait les vins.

Tu fais quelque chose en parallèle de la pub ?
J’ai un blog « Après la Pub » où je parle au quotidien d’art, de photo, de bordel, d’amis, de pâté (important le pâté) et un peu de pub.

Je suis aussi chef des mots de PopCorn, Mag&Zine réalisé avec Jean-Loup Seuret, ex DA chez BETC et Guillaume Derville, agent de photographe. Et je m’occupe du blog de PopCorn aussi

Et depuis peu, je suis galeriste car on vient de lancer SHAG (Seriously Hazardous Art Gallery) avec Guillaume Gamain, ex de la Young et de Dufresne et Corrigan. C’est une galerie et un site d’art en mode aléatoire, tourné vers les nouveaux talents artistiques du net. On vient de faire notre toute première expo le 29 juin et ça a cartonné donc je suis très content (et assez fier). La prochaine sera à la rentrée.

Je suis aussi chroniqueur dans la nouvelle formule du magazine Technikart où je tiens une rubrique mensuelle intitulée « C’est quoi ce Bordel ? » qui est une version papier de l’article-phare de mon blog « C’est vendredi, c’est le Bordel »

Dans ton métier quel est ton meilleur souvenir ?
Les tournages, les photos, la dernière étape de la création avant de voir une idée écrite deux mois avant sur un cahier sortir à la télé, en affichage ou dans la presse. Le pied total.

Et le pire ?
Qu’un client lâche 100 000 euros pour faire des photos sublimes avec Leon Steele… pour ne jamais les sortir.

Le truc qui t’a fait le plus halluciner ?
Le nombre de baudruches payés bien plus que moi pour brasser de l’air et faire des strats à deux balles avec l’air le plus sérieux du monde. La façon dont des tests peuvent orienter la création chez un client qui refuse de prendre le moindre risque pour couvrir son cul.

Ce que tu pensais pas faire un jour ?
Bosser sur une competition pour Aventis, genre de Monsanto en presque pire. On m’a obligé. Mais je ne voulais pas. Et faire la campagne pour les 35 heures en en faisant 90 par semaine.

Quelle sont les pub qui t’ont le plus marquées? Celle que tu aurais aimé faire ?
Les pub Hamlet, la pub Tango avec l’anglais barré sur la falaise

http://www.youtube.com/watch?v=fGjizZCXetk.

Toute la campagne VW originelle de Bill Bernbach avec Think Small, Ugly etc…
Et la campagne de Publicis pour l’ouverture du PMU aux autres sports. Arriver à changer l’image clope au bec/casquette/André Pousse » du PMU en 3 spots, alors là, bravo. »

Si tu commençais la pub aujourd’hui, tu irais ou ?
Chez Buzzman, il a tout compris à l’évolution de la pub.
Chez Droga aussi (bon, ok, on me l’a soufflé).

Tu penses que le milieu va évoluer de quelle manière ?
S’il continue à s’enfermer dans ses certitudes, nulle part. S’il s’ouvre enfin à d’autres domaines, sort des sentiers battus… un peu plus loin.

Pourquoi tu rentres pas en CDI dans un agence ?
Parce que je n’ai pas le temps avec tous ces boulots bénévoles et gratuits.

Tu as grandi avec quelle génération de créatif ?
Ceux qui m’ont marqué, Georges Kolebka pour la plume, Stéphane Xiberras, Pierre-Yves Demarck, Patrice Dumas, Jean-Loup Seuret et Patrick Samama pour le Baby-Foot. Et Bernbarch et Philippe Michel pour tout le reste.

C’est quoi tes références d’artistes, ceux qui t’inspirent, tes exemples à suivre ?
Poliakoff, de Staël, Viera da Silva, Akinao Saito (il est à la SHAG), Murakami, Thomas Fougeyrol et pour les exemples à suivre, j’ai déjà du mal à me suivre moi-même alors…

C’est quoi ton implication dans la pub maintenant, quelques freelance pour payer le loyer ? ou tu prends encore du plaisir à faire de la créas ?
Je vis de mes Frees, pas encore de « SHAG » et probablement jamais d’ »Après la Pub » où je refuse d’avoir de la pub sur le blog.
J’adore toujours autant bosser sur un brief, avoir (si possible) une bonne idée et la voir réalisée quelques semaines/mois après. C’est ce qui fait l’intérêt de ce métier. L’avantage du Free-lance, c’est d’avoir moins de pression qu’en agence, d’être plus distancié, donc d’avoir plus de liberté de pensée.

La pub, ça représente combien de temps dans une journée ?
La pub représente entre 0 heures et 18 heures de travail par jour (quand j’ai des Frees). L’idéal serait d’en avoir un par semaine qui me laisse un peu de temps pour le reste mais ce n’est pas toujours le cas.

Tu as des modèles de créatifs dans la publicité ? des gens qui t’inspirent ? pourquoi ?
Non. Pas dans la pub, parce que c’est bien la pub mais ça ne vaut pas l’art, l’écriture. Ça reste de l’éphémère.
La publicité n’a pas vocation à durer. Personne ne se souviendra de Séguela dans 20 ans. Et tant mieux car il ne faut pas confondre pub et culture. La pub est une sous-culture qui se nourrit des autres cultures mais qui ne crée pas grand-chose au final. Elle ne fait que recycler des moments présents, des tendances, des idées pour leur impact momentané et pour aider à vendre des caisses de produits dont le public n’a généralement pas fondamentalement besoin. La pub est un moyen d’expression génial pour esprits créatifs mais pour construire vraiment quelque chose, il faut s’en extraire.