
Bonjour, quels ont été vos parcours ?
Marianne (en bleu sur la photo, la CR)
Hello ! Après le bac j’ai d’abord erré une petite année sur les bancs de la fac d’histoire de l’art de Lyon en attendant de retenter les concours d’école d’archi que j’avais raté à la fin du lycée. Au final c’était rigolo de faire des maisons dans les Sims mais moins dans la vie donc changement de projet, je me suis inscrite à l’ISCOM pour faire de la communication globale.
J’ai découvert le métier de rédac dès la première année lors d’un stage chez Jésus et donc je me suis spécialisée pendant 4 ans en faisant tous mes stages en agence à Paris en tant que rédac. J’ai été embauchée à la fin de mes études chez Marcel, j’y suis restée presque 6 ans et là ça fait 4 ans et demi que je suis chez BETC et un an qu’on bosse ensemble avec Marie.
Marie (en vert sur la photo, la DA):
J’ai fait une école de communication globale à Toulouse, donc rien qui ne me destinait au métier de directrice artistique. C’est dans mes études que j’ai entendu parler de ce métier. J’ai donc fait plusieurs stages en agences, en gardant en tête l’idée de faire après mon école de com une école de graphisme.
J’ai été prise en stage de fin d’études par Jérôme Gonfond chez Leo Burnett en 2015, et ensuite tout s’est enchainé. J’ai ensuite passé 1 an chez Wunderman, puis 3 ans chez TBWA avec Ben et Faustin jusqu’en 2020, où j’ai quitté l’agence pour tenter ma chance au Japon. Tu l’auras compris, j’ai eu le nez creux, et COVID oblige j’ai enterré ce projet et commencé à faire du free. Ça a bien marché, mais après 3 ans de free, en 2023, BETC m’a appelé et j’ai rejoint le hub de Nicolas Lautier.
Depuis un an, je travaille avec Marianne, grâce à Romain Ducos, qui me tuerait si je ne précisais pas que c’est grâce à lui que nous nous sommes mises ensemble. Merci Romain. Romain Ducos.
Depuis combien d’années travailles-tu dans la pub ?
Marianne : On est en avril 2026, ça fait pile 10 ans.
Marie : J’ai commencé en 2015 donc ça fait 11 ans.
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en faire ?
Marianne :
Je pense que c’est ce stage chez Jésus, avec cette rock star de Gabriel Gaultier. J’ai passé deux mois à l’agence lorsqu’elle venait d’ouvrir, je ne servais à rien mais ça m’a paru tellement amusant, fou, mégalo comme métier. Il y avait à la fois des jeunes qui apprenaient et des piliers de la pub, mais tous avaient l’air de chercher à se marrer le plus possible donc ça a été irrésistible. Donc voilà ça et les pub Miel Pops aussi.
Marie :
Pareil de mon côté, c’est mon stage de fin d’études chez Leo Burnett. C’est Jérôme Gonfond qui m’a embauché, il m’a donné le gout de la pub et m’a tout appris en DA. Il régnait dans cette agence une émulation de créatifs talentueux qui bouillonnait partout dans les couloirs, ça faisait envie. Je pense que je suis tombée dans la bonne agence, avec les bons créatifs au bon moment pour avoir la meilleure vitrine du métier.
Et puis ce qui m’a fait rester c’est ce format de boulot un peu particulier, à mi chemin entre l’employé engoncé dans son costard cravate à remplir des tableurs infinis et le chanteur mégalo qui enchaine les tournées et qui ne peut plus gouter à un quotidien ordinaire. La vie de bureau tranquille mais sympatoche.
As-tu hésité à faire de la pub, tu aurais fait quoi à la place ?
Marianne :
À 10 ans j’aurais dit dresseuse de chevaux pour le cinéma, à 18 ans j’aurais dit architecte et y’a deux ans j’aurais dit prothésiste ongulaire.
Marie :
Mes parents m’ont poussé vers la com car rien ne me donnait vraiment envie. Je ne connaissais pas ce métier 3 ans avant de le faire. Et pourtant je pense que si je n’avais pas fait ça, j’aurai fini dans un métier solitaire, entourée de milliers de livres, dans une salle mal éclairée avec 3 cm de poussière sur chaque épaule.
Tu es ‘fan’ de quoi ?
Marianne :
Avec Marie on fait partie de la stigmatisée team Grand Galop donc oui, les chevaux, ma passion. Et puis sinon beaucoup de loisirs créatifs/manuels pour ma part, nail art, dessin, peinture, couture… Mais j’avoue je suis du genre à changer de passion tous les 4 matins. Dernièrement c’est les voitures par exemple. Je suis fan de Céline Dion aussi, et oui, j’ai mes places pour les concerts à la Défense Arena !
Marie : Justin Bieber et Bring Me The Horizon, le Japon et le Gers, les jeux vidéos et le sport. Les livres, de la biographie de Britney Spears ou Louis XV à Harry Potter en passant par A l’Est d’Eden. J’aime tous les livres.
J’ai un spectre d’intérêts assez large qui peut parfois m’emmener dans des endroits sombres. J’adore les classements. Je fais un don mensuel à Wikipedia (et je vous invite à faire de même !)
Parlez-nous des campagnes que vous avez faites
Marie et Marianne :
Ensemble on a un portfolio tout frais, on travaille officiellement en team depuis Juin 2025 donc nos campagnes commencent à sortir seulement maintenant.
Il y a cette campagne de prints pour Bouygues Telecom qui annonce l’arrivée en exclusivité de Back Market dans ses boutiques. Trop cool d’avoir des campagnes avec un plan média d’affichage aussi gros, les gens et nos proches peuvent vraiment les voir, ça fait plaisir.



Toujours dans la thématique double annonceur, là on vient de sortir des films pour Canal+ pour parler d’une offre avec Apple Music. Le petit secret c’est que les noms des crédits dans les films, ce sont des allias de nos noms ! Par exemple Rosalie Bigfields, c’est le double de Marianne qui fait du cinéma (Rosalie c’est mon deuxième prénom et Bigfields pour Desgrandchamps) et Tom Devizy c’est celui de Marie (ses parents l’auraient appelé Tom si elle avait été un garçon et Devizy c’est le nom de sa mère)
Marianne :
À peine un mois après être arrivée chez BETC, j’étais embarquée par Olivier Apers à Lille pour une compétition Decathlon qu’on gagnait. Trois mois plus tard, on filait en Afrique du Sud pour shooter avec Pierre de We Are From LA (He Is From LA du coup), c’était ma première prod chère avec 4/5 jours de shoot, plein de locations, des caméras embarquées sur des buggys et des drônes à 1000 à l’heure, trop bonne expérience :
Sinon chez Marcel il y a ces films pour Heetch que j’ai trop aimé faire. Je faisais tout le temps du Meetic et du Banque Populaire à l’époque et pouvoir m’essayer sur un nouveau registre plus comédie, j’avais adoré :
Marie :
Puisque Marianne a parlé de films, je vais montrer des prints.
La première campagne c’est une campagne SNCF que j’ai fait chez TBWA. A l’époque on n’avait pas eu le brief on était deg, mais deux collègues sympatiques ont accepté de nous le filer en douce. On a toqué au bureau des DCs et quelques jours après, on a vendu quelque chose. C’était hyper intéressant de travailler sur cette campagne, on avait comme grosse inspiration Moebius et on a réussi à embarquer le client avec nous. En 3 semaines, la campagne était faite.








Sinon une autre campagne print, illustration toujours pour Burns&Smiles, une association qui aide les grands brulés à se réinsérer dans la vie. On a travaillé avec 2 illustrateurs très talentueux et on a eu la chance d’avoir un client qui était ok pour pousser un peu le gore, il croyait fort à son message et il voulait vraiment interpeller les gens.
Et puis j’ai fait la typo.






Tu fais quelque chose en parallèle de ton métier, des projets ?
Marianne :
Vous me stressez là, je suis en train de scanner ma vie à la recherche d’un projet dont parler. Non en vrai, l’année dernière je me suis prise de passion pour le nail art, j’ai ouvert un compte insta dédié, j’ai même un tiktok qui a fait 500k vues (!) et puis depuis la page dort. Je ne suis pas la personne la plus constante et disciplinée que le monde ait connu.
D’ailleurs sur ce point, Marie l’est beaucoup plus que moi donc ça fait du bien !
Marie :
Je fais de la typographie, et j’essaie d’ailleurs au maximum d’en faire dans le travail, de toujours trouver une opportunité de placer deux ou trois lettres dans une campagne.
















Dans la dernière campagne CANAL, j’ai aussi designé les titres des films.
J’ai aussi fait des assiettes pour Leclerc, dans un campagne qui lutte contre la précarité étudiante :




Quel est ton meilleur, et pire, souvenir ?
Marianne :
Le meilleur c’est le jour où ma mère a accompagné ma classe de maternelle au Parc des Oiseaux. Ah on parlait du pro ?! J’ai l’impression d’être tellement au début de ma carrière que j’espère que le meilleur souvenir est encore à venir. En ce qui concerne le pire, c’est toutes les phases de frustration où on oublie que c’est « juste » notre travail et qu’on s’en mine le moral.
Marie :
Pire souvenir, probablement le passage dans une agence avec un DC qui m’a traumatisé. Des mois compliqués à travailler très tard et se faire maltraiter. Meilleur souvenir, quand il a voulu me virer, et que je me suis fait embaucher ailleurs. Le pire m’aura permis d’obtenir très vite un master II détection de trous de balle.
C’est qui ta génération de créas, ceux avec qui tu grandis ?
Marie :
Étrangement j’ai pas trop eu de confrères créatifs de ma génération. J’ai beaucoup croisé de créas en commençant, et la plupart ont très vite arrêté la pub.
Du coup j’ai plutôt évolué avec des créatifs de la génération du dessus, ce qui est une chance quand tu apprends : Lucie Vallotton & Vincent Cusenier, Léna Monceau & Julia Deshayes, Seb Guinet & Joss Pacreau, Morgane Alexandre, Seb Cuypers, Antoine Gauquelin, Nicolas Roncerel & Jérémy Armand, Sacha Stojkovic, Mehdi Hamzaoui : ils m’ont pas tous appris des choses professionnelles, mais ils m’ont tous appris qu’on pouvait être talentueux et sympas. Ça reste une leçon importante.
Marianne :
Je suis de la génération début/milieu des années 90, mais ce qui est trop cool en agence comme dit Marie c’est que tu grandis avec des gens qui n’ont pas forcément ton âge.
Pour situer, j’ai fait mon stage de première année chez Jésus quand Victor Chevalier venait d’y être embauché à la fin de ses études, je suis arrivée chez Marcel en même temps que le boss des boss Corentin Salignat et à cette époque, Fabrice Plazole était encore commercial, Anne de Maupeou était encore Directrice de la création. Et #metoo pub n’arriverait que deux ans plus tard.
Quand je suis arrivée chez BETC, Chrystel Jung finissait ses derniers projets en tant que créa avant de passer DC et je retrouvais Nicolas Richard 6 ans après s’être rencontré chez Grey Paris en 2015.
Quelles sont les pubs que tu préfères, tes classiques ?
Marianne :
Alors moi cette question, c’est ma terreur nocturne, j’ai l’impression de repasser le bac. Il suffit que j’y pense et c’est comme si j’avais jamais vu de pub de ma vie c’est un cauchemar. Mais promis je vais faire un effort.
Je vais la jouer patriote un peu mais évidemment chez BETC il y a l’Ours de Canal+ :
On n’est pas chez BETC si on n’aime pas les films avec des gens qui dansent donc forcément ce chef d’œuvre Citroën :
De Gabriel Gaultier, Londres au rabais pour l’Eurostar :


Dans les grands classiques internationaux il y a Braids de H2oh! :
Coup de foudre à l’école pour The Wind comme tout le monde mais tellement magique la première fois :
À l’école aussi, fan de ça :
il y a ce film pour Amazon :
Celui-ci trop bien :
Et quand l’interview va sortir et je vais me dire « ah mais putain bien sûr j’aurais dû citer ça en fait ! »
Marie :
Je vais rien apprendre à personne, mais énorme banger que la pub loto « Françoise ». Tout y est. Traiter le support télé presque comme une activation en 2002 c’est du génie, et puis le jeu d’acteur :
En print la campagne Trillion Dollar Campaign. C’est du print, c’est une activation, c’est impactant, c’est beau, et ça n’a pas prit une ride :
Sinon plus récente, la dernière campagne de Buzzman pour Motrio. Super parce que l’humour a été pris au sérieux :
Tu as des modèles, des gens qui t’inspirent ?
Marianne :
J’admire ceux qui arrivent à sortir du going canon qu’on verra tous, pas que dans le milieu de la pub. Là récemment bravo pour « Puget, sel, poivre, », la campagne elle a deux jours et demi elle est déjà iconique et les gens vont la voir pour de vrai, bravo.
J’admire ceux qui adorent ça et qui sont positifs, simples, justes, enthousiastes, à la limite du naïf parfois. C’est eux qui rendent ça motivant et agréable (Gaëtan du Peloux étant le chef de file de ce mouvement).
J’ai beaucoup de respect et de reconnaissance pour ceux qui prennent le temps de croire en nous, de s’adapter aux créatifs et à leur psychologie, ceux qui veulent transmettre et faire évoluer plutôt que signer (Olivier Apers étant le chef de file de celui-là).
Et de manière générale, les gens qui m’inspirent c’est tous les gens qui nous font hurler de rire quand ils racontent leurs histoires et ça, chanceuse que je suis, il y en a plein partout en agence de pub et dans ma vie.
Marie :
Même réponse. Au global les gens qui travaillent, les gens sympas peu importe leur position, les gens drôles. De toute façon si t’es quelqu’un de bien t’es forcément inspirant.
Un conseil pour bien démarrer dans ce métier ?
Marianne : Faites un p’tit tour en thérapie mais pas trop quand même, les traumas ça donne de bonnes idées.
Marie : Sois résiliant, travaille, sois sympa, reste humble (surtout), fais des compromis dans le travail mais pas sur qui tu es, écoute les autres, et sois patient. En vrai ça marche aussi pour un futur gastro-entérologue, ce sont des conseils dans la vie généralisée !













