
Bonjour Sébastien Rouvière, tu as étudié en France mais ton premier poste de CR est au Pérou, pourquoi ?
C’est une longue histoire un peu difficile à résumer mais j’essaierai de faire plus court pour les prochaines questions…
J’ai fait mes études en France, mais mon parcours est un peu atypique. En sortant du lycée en 2009, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Et comme beaucoup de gens avec un Bac S qui ne savent pas trop quoi faire et qui ne sont pas mauvais en lettres et en maths, je me suis orienté vers une école de commerce pour ne pas trop fermer de portes. J’avais toujours fait beaucoup de musique et j’avais envie de travailler dans un secteur créatif. L’hémisphère droit de mon cerveau me disait de me faire plaisir mais l’hémisphère gauche avait bien peur de la précarité…
En deuxième année à l’ESSCA, j’ai découvert le job de concepteur-rédacteur en regardant 99 Francs et (n’en déplaise à Beigbeder…) ça a mis fin au débat dans mon cerveau et j’ai décidé de m’orienter là-dessus. Je suis devenu un nerd de la pub, je passais mon temps sur Ads of the World, j’ai lu toutes les interviews “C’est qui les Créas” (big up Greg de 2011). J’ai regardé le taf de toutes les agences à Paris, j’ai téléchargé photoshop illégalement, et j’ai commencé à me faire un book tout seul comme un grand. J’ai été aux journées agences ouvertes pour montrer tout ça à des créas et j’ai décroché mon premier stage chez Euro RSCG C&O (aka Havas Paris) en pensant que c’était Euro RSCG (aka BETC).
En ce qui concerne le Pérou, tout a commencé avec un semestre à l’étranger que je devais faire dans le cadre de mes études. L’Amérique Latine m’intéressait culturellement et publicitairement parlant. Le Brésil et l’Argentine faisaient un boulot incroyable. C’était la grande époque Del Campo, de Nazca, de Ponce, etc. Du coup, quand j’ai été accepté dans une université au Pérou, j’ai fait escale en Argentine sur le chemin pour frapper à la porte de pas mal d’agences dans l’espoir de me tester mon Bulats niveau C1 et voir si je pouvais être rédac dans une langue étrangère. J’ai fini par me faire prendre en stage chez FCB Mayo à Lima.
Un des meilleurs publicitaires péruviens tout juste rapatrié venait d’en reprendre les rênes, d’embaucher beaucoup de talents et de pas mal gagner à Cannes. Le stage s’est renouvelé, j’ai rencontré ma femme (cœur avec les doigts), puis je me suis fait embaucher. J’y suis resté deux ans en tout avant de bouger chez Geometry (aka VML maintenant, si je ne m’abuse) à Lima aussi. Et puis j’ai décidé de rentrer en Europe pour un mix de raisons professionnelles et personnelles dont on parlera dans la réponse suivante…
3 ans et demi après tu arrives chez Conseil pour 2 ans, pourquoi ?
L’avantage du Pérou, c’est que c’est une économie plus dynamique que la France. Il y avait plus de briefs, plus de prods, plus souvent. Il y avait moins de budget et du coup moins de pression et de politique côté client. Ça obligeait à être plus débrouillard et ça m’a permis de me faire un bon portfolio de junior à défaut d’avoir un bon portfolio d’étudiant. J’ai présenté au client très tôt aussi et été sur beaucoup de prods et de tournages assez rapidement. Ça a été super formateur.
Le revers de la médaille, c’est que tout était low-budget. Et après trois ans à faire ça, je me suis dit que rentrer en France et bosser pour des plus gros clients et des plus grosses productions ferait de moi un créatif plus complet. Sur le plan personnel, j’avais aussi un peu besoin de rentrer en Europe. J’adorais le Pérou, mais j’étais un peu fatigué du choc culturel et de la vie là-bas. J’avais aussi envie que ma femme connaisse la France et on était à un moment de notre vie où c’était logique pour nous deux d’y aller.
Du coup, j’ai filé ma dem’ et j’ai commencé à contacter des agences entre l’Espagne et la France. Je suis allé faire des entretiens et rencontrer des gens à Madrid, à Paris et à Cannes. Pas mal de gens ont pris le temps de me réponder ou de me rencontrer pour un café (big up Fred & Farid, Emmanuel Lalleve, Stéphane Gaubert, Matthieu Elkaim, et ceux que j’oublie). Ce n’était pas forcément le bon timing, ou je n’avais pas forcément le bon profil. Deux directeurs de création de Publicis Madrid m’ont mis en contact avec Marcelo et je lui ai écrit un email en espagnol.
On s’est rencontrés, on s’est bien entendus (je crois), et il m’a embauché et mis en team avec Corentin Salignat (“Oui !”). Une team de rédac’. On ne saura jamais s’il l’a fait exprès ou pas. Mais c’était très bien comme ça. On avait la même envie, les mêmes goûts, les mêmes obsessions.
Après plusieurs années chez Conseil, on négocie un détachement à Milan chez Publicis (aka LePub Milan) et je décide d’y rester. J’avais envie de bosser sur d’autres choses, de repartir à l’étranger, j’avais toujours eu envie de vivre en Italie aussi donc c’était un beau hasard.
2 mois avant le Covid tu deviens ACD chez DAVID Madrid, pourquoi ?
J’aimerais bien te dire que j’ai des contacts épidémiologistes en Chine qui m’ont filé des infos exclusives mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est vraiment passé, c’est que j’ai reçu un email d’André Toledo. Il avait vu mon taf pour Diesel et mon nom sur des crédits et a vite compris que c’était moi le rédac français dont il avait entendu parler quand il bossait encore au Pérou. J’avais toujours aimé son boulot, et celui de LOLA Madrid. On s’est parlé, il m’a dit qu’ils ouvraient DAVID Madrid et qu’ils voulaient m’embaucher pour gérer une partie du budget Burger King France qu’ils avaient gagné. C’était l’occasion de bosser pour des gens et une agence que j’admirais beaucoup. J’avais fait suffisamment de campagnes dont j’étais fier à Publicis Milan pour ne pas regretter de partir. Et aller en Espagne, c’était l’occasion pour ma femme de bosser dans sa langue maternelle du coup on a décidé de déménager, encore une fois.
3 ans après, tu pars à DAVID NY, pourquoi ?
Parce que l’opportunité était trop bonne pour être refusée. On avait construit un truc génial à Madrid, l’agence avait beaucoup grandi et évolué, il y avait énormément de talent, on produisait beaucoup, on gagnait beaucoup à Cannes aussi… Mais un beau jour Pancho et André m’ont dit qu’ils voulaient ouvrir une agence à New York et qu’ils voulaient que je parte aider à l’ouvrir comme on l’avait fait à Madrid trois ans avant. Je savais que la prochaine étape logique dans ma carrière serait probablement un pays anglo-saxon. Donc je pensais déjà un peu à Londres et aux États-Unis. Et puis, comme c’était un transfert, mon visa de travail permettait à ma femme de travailler (une belle exception dans le casse-tête des visas et du sponsoring aux US) du coup ça rendait les choses d’autant plus faciles. Et puis, aller bosser aux États-Unis dans une structure et avec un boss que je connaissais, c’était un peu l’occasion de faire le grand plongeon dans une pataugeoire.
Début 2026 tu deviens Group Creative Director et pourtant tu quittes DAVID N-Y pour TBWA Media Arts Lab en juillet 2026, pourquoi ?
Parce que l’opportunité était très difficile à refuser (encore une fois). Bosser pour Apple, c’est un rêve pour un créa. J’ai déjà eu la chance de bosser pour des belles marques comme Renault, Diesel, Heineken, Burger King, Supercell, IKEA… mais Apple, pour moi, c’est encore un cran au-dessus en termes de créativité, d’échelle et de constance. C’est super motivant et un peu flippant à la fois.
Et puis, après six très belles années chez DAVID, à Madrid et à New York — beaucoup d’évolutions, de belles campagnes, et plein de leçons, j’avais envie de changer d’environnement pour continuer à apprendre et à me challenger. Bouger dans une nouvelle agence, c’est toujours un peu l’occasion de faire de l’espionnage industriel et de voir pourquoi et comment ils font mieux que les autres. C’était mon expérience en début de carrière quand j’ai pas mal bougé. Et Media Arts Lab sera l’occasion de découvrir une culture et des méthodes de travail complètement différentes. La suite au prochain déménagement !
Question Bonus : Tu as refusé des jobs que tu as regrettés ensuite ?
Tu as raté des entretiens d’embauche ?
Si j’avais eu une moyenne un tout petit peu meilleure en école, j’aurais été une place au-dessus dans le classement, j’aurais eu mon premier choix d’université et je n’aurais jamais été au Pérou et jamais rencontré ma femme. Donc je joue pas trop avec les “si”.
Il y a un univers parallèle où j’aurais pu rentrer en France et continuer à bosser avec Marco Venturelli après mon expérience avec lui à Milan. Un autre où je serais resté à Milan plus longtemps et où j’aurais peut-être fait Shutter Ads avec mon ancien DA. Un autre où je serais resté à Madrid plus longtemps. Un autre où je serais peut-être parti en Nouvelle-Zélande au lieu de New-York si Simon Vicars m’avait appelé deux mois plus tôt. Et surtout un univers parallèle où la finale 2022 ne tombe pas en plein milieu d’un tournage et où Aurélien Tchouameni tire son pénalty si fort qu’il pète la main d’Emiliano Martinez.
Mais globalement non, je n’ai pas vraiment de regrets. Tout a été assez fluide. Et j’ai la chance d’avoir souvent été au bon endroit au bon moment. Sauf pendant la finale de 2022…
Pour voir son travail www.sebastienrouviere.com

Merci !